Cultures 

Maxime Gianni, designer exposé à Saint-Etienne : « je ne suis pas misogyne »

actualisé le 29/09/2014 à 23h33

Tribune / Suite à l’article intitulé « Faîtes votre IVG vous-même », paru le 15 mars dernier, sur l’exposition qui nous a le plus enthousiasmés à la Biennale du design de Saint-Etienne, le designer Maxime Gianni, auteur de plusieurs objets très frappants, dont une « avorteuse », nous explique sa démarche critique et artistique. Bien loin d’être misogyne…

Objet signé Maxime Gianni, exposé à la biennale internationale du design de Saint-Etienne, 2013. Crédit : Christophe Chelmis/Rue89Lyon

Espèce d’objet !

Je suis sorti de l’école des Beaux-Arts de Marseille en 2007, avec l’idée qu’aujourd’hui, le design est un domaine d’expression aussi libre que l’art, la preuve en est dans cette biennale internationale de design de St Etienne où nous sont présentés de nombreux projets d’artistes.

Ce rapprochement avec l‘art apporte toujours autant au design, lui donnant son essence, le libérant parfois des contraintes commerciales, faisant de lui un domaine d’expérimentation, d’innovation. C’est ce que j’essaie d’appuyer auprès de mes étudiants en les aidant tant à pratiquer le design, qu’à affirmer et exploiter leur personnalité, leurs intuitions, afin qu’ils arrivent à trouver une cohérence entre leur personne et leur pratique, une cohérence entre eux et leur rôle dans notre société.

C’est dans cette idée, que j’ai voulu prendre une place hybride, avec l’envie de développer une démarche, produisant un design à finalité artistique. Ainsi, il est de ma position d’artiste de partager mon regard sur le monde, il est de ma méthode de designer de le matérialiser en objet fonctionnel. C’est mon choix et mon boulot.

Des manques à combler

Signe de notre grande intelligence, nous créons un objet spécifique pour accompagner chacune de nos actions, nous créons même des objets qui créent des actions. Mieux encore, nous créons des objets qui créent du savoir. Je suis fasciné par cette inventivité.
Et en tant que designer, c’est au travers d’objets que j’interroge les autres.

En imaginant le design d’un tir bouchon, je réfléchis au problème que pose le fait de déboucher une bouteille, ainsi je donne à réfléchir sur l’action au travers de l’objet. Lorsque je fais le design d’un accessoire de mode servant à se faire vomir, je réfléchis au problème de l’anorexie et je donne à réfléchir sur l’action au travers de l’objet. Je trouve qu’il est plus intéressant de réfléchir sur l’anorexie.

Car dans ce grand monde qu’est celui des objets au travers duquel nous pouvons lire presque tous nos faits et gestes, il semble qu’il y ait des manques. Comme une volonté de ne pas faire d’outils servant à certaines de nos actions. Je cherche à combler ces manques, à faire en sorte que ces oublis soient aussi représentés parmi ces traces que nous laissons.

Une sorte d’archéologie par anticipation. C’est aux travers des objets qu’ils retrouvent que les archéologues déduisent le mode de vie de civilisations disparues. Je fais l’inverse. Je cherche dans nos comportements ceux pour lesquels il n’existe pas d’objet, et qui induisent des actions, ce qui me permet d’en imaginer l’outil. Ces comportements sont d’autant plus importants pour moi, lorsqu’ils ont pour origine des idées, des considérations ou des valeurs qui rentrent en contradiction avec notre bien-être, voire notre vie. Ils sont plus pertinentes par rapport à notre histoire, ils font de mon objet un support de réflexion sur notre culture.

Un objet horrible ?

Par exemple, en abordant le thème de l’avortement avec ma pièce « Projet IVG » (outil permettant de pratiquer soi-même des IVG). Je fabrique et donne à voir un objet prenant en compte certaines considérations nous imposant ce comportement et remplaçant les aiguilles à tricoter ou d’autres objets qui ont servi à cette pratique pendant longtemps clandestine. C’est l’outil spécialisé de cette action, le témoignage matériel d’une réalité occultée, celle que nous avons laissé vivre à beaucoup de femmes pendant si longtemps.

Et il semble que tout le monde s’accorde à dire que cet objet est horrible, choquant, qu’il représente un danger, qu’il est misogyne. C’est à se demander pourquoi il y a eu un tel débat sur ce sujet. Je ne peux contrôler ce que devient mon travail dans les yeux des autres. Mais il faut parfois mettre le doigt là où nos aspirations d’être intelligent rencontre notre connerie d’humain.

J’ai déjà abordé d’autres thèmes et il en reste encore beaucoup, surtout que l’actualité en révèle sans cesse. Il est vrai que la misogynie est un thème intéressant que je pourrais tout à fait traiter dans mon travail en réalisant un objet la servant. Et je remercie monsieur Rodolphe Dogniaux (co-commissaire de l’exposition) et madame Dalya Daoud (auteure de l’article paru sur Rue89Lyon) de me souffler si gentiment cette idée.

Par Maxime Gianni

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