Cultures 

C’est bien beau d’être artiste #13 : Philippe Prohom

actualisé le 28/01/2015 à 16h09

Arm aber sexy, le slogan de la ville de Berlin (pauvre mais sexy), lui irait comme un gant. Pauvre, on n’a pas vérifié : c’est seulement que Philippe Prohom a claqué la porte d’une major il y a plusieurs années pour emprunter une route plus escarpée. Le song writer sort un nouvel album, justement intitulé Un Monde pour soi, bâti sur son solide savoir-faire de mélodiste, haut de gamme. Une occasion de l’inviter, avec beaucoup de plaisir, à se lancer dans notre entretien « Orgueil et Préjugés ».

Philippe Prohom – Crédit photo : Lynn SK

 

« J’admire autant la personne qui fait des tours Eiffel en allumettes, que le mec qui chie dans une poubelle en disant que c’est de l’art contemporain »

Votre premier geste artistique ?

L’écriture d’abord ; des lettres à personne, exprimant globalement ma déception face au manque d’humanité chez l’être humain ; aucun intérêt à la relecture, des années plus tard. Côté musique c’est une rencontre avec un orgue électronique chez une cousine. À partir de là, deux constats :

1 – La basse, ça joue tout seul : la rythmique et l’accompagnement quand j’appuie sur une touche à gauche du clavier, donc il est possible d’avoir un rendu avec un seul doigt (j’en aurai la confirmation avec Depeche Mode quelques années plus tard). Et ça m’évitera donc de me faire saigner les doigts sur une guitare.

2- Je m’ennuie ferme après avoir joué « au clair de la lune » en version rock, puis disco, puis bossa, puis valse et j’en viens donc à composer ma première mélodie, sans le savoir. Moi ce qui me plaît, c’est faire mon truc et pas faire des reprises (mais ce n’est que bien plus tard qu’on m’apprendra que non, ce n’est pas donné à tout le monde d’inventer une mélodie). À partir de là je me ferai offrir un orgue électronique et je continuerai à composer des mélodies.

Le déclencheur pour la scène passera par le travail de clown. En effet, que peut-il y avoir de pire que d’avoir un nez rouge sur le nez, essayer de faire rire et se prendre un four monumental ? Rien. À partir de là je sais que je peux monter sur une scène, chanter mes propres chansons et que ça sera toujours de la rigolade à côté d’une impro clown ratée.

« Sur une de mes chansons et sur un malentendu digestif, j’ai été obligé de vomir. Je me suis débrouillé pour tout garder dans la bouche »

Quelle pratique artistique trouvez-vous intolérable ?

Aucune. J’admire autant la personne qui fait des tours Eiffel en allumettes, que le mec qui chie dans une poubelle en disant que c’est de l’art contemporain. J’admire aussi l’escroc total qui fait son business sur deux notes (David Guetta pour la musique par exemple) ou pompe tout le monde à son profit (Daft Punk ou encore Thierry Guetta pour le street art. Décidément, ce nom de famille…).

Je m’incline aussi devant les grands succès populaires, quand bien même je ne les comprends pas. L’art de plaire au plus grand nombre est aussi un art que je respecte.

Quelle est pour vous la plus grosse arnaque artistique ?

Je n’en ai aucune idée… Si ça se trouve Patrick Bruel, Lorie, Radiohead ou Mireille Matthieu aiment sincèrement ce qu’il font ! Alors comment savoir où est l’arnaque ?

Votre pire souvenir pendant un concert ?

Quand tu joues au bar des PTT à Bourges, tu es dans une alcôve, t’as 100 personnes devant toi serrées comme des sardines et même pas en rêve tu sors de là. Sur une de mes chansons et sur un malentendu digestif, j’ai été obligé de vomir. Je me suis débrouillé pour tout garder dans la bouche afin d’éviter la catastrophe et me suis arrangé pour ravaler le tout. Comme c’était juste pendant un pont, j’ai pu boire ma bière qui traînait par là pour faire passer la chose et enfin ré-attaquer le refrain suivant à la cool. Bon appétit.

Avec lequel de vos parents pensez-vous avoir un problème ?

Je ne sais plus, c’était en 1972, mais à cette époque les chameaux n’existaient pas, donc c’est difficile pour moi d’évaluer la différence entre une émission.

A quelle personnalité politique pourriez-vous dédier une de vos chansons ?

« Grossier » pour J.-F. Coppé, histoire de rester dans l’actualité… À moins que ce ne soit pour Christine Boutin ? Arf… Non, vraiment, difficile et pas trop envie de leur dédier quoi que ce soit.

Le dernier produit culturel consommé/acheté/emprunté ?

On m’a prêté « The walking dead » en DVD. Un produit globalement sympa pour perdre son temps. Quand je le regarde j’imagine les scénaristes nous pondre des évènements pour être sûrs qu’on ne lâchera pas l’affaire. Bien gaulé le truc. C’est la première série que je regarde (à part quelques épisodes de « Rome ») et ça me conforte dans l’idée que c’est du produit culturel destiné à nous faire oublier la médiocrité émotionnelle dans laquelle on essaye de nous faire vivre. Un produit, c’est ça. Un truc dispensable de plus.

« J’ai la chance de n’avoir jamais eu de grands besoins et je ne m’en suis jamais créés quand j’ai gagné de l’argent à une époque »

Avez-vous déjà sacrifié votre art pour de l’argent ?

Non. Je n‘ai jamais fait d’efforts dans ce sens. Ni quand on m’a demandé de ressortir un remix d’un single pour accéder à une grosse radio ; ni quand on m’a proposé d’écrire pour des interprètes que je trouvais à chier. Je ne sais pas si c’est par désintérêt ou par paresse, mais en tous cas je ne l’ai pas fait et je crois bien que je ne m’en porte pas plus mal.

Le projet du nouvel album c’est :
 1/ se refaire une santé financière
, 2/ montrer que vous êtes (toujours) en vie, 3/ prouver à un plan drague que vous êtes artiste contemporain ?

J’imagine que j’ai fait ça pour la drogue, l’argent et les filles, oui, comme d’habitude. Très bonne question !

Et sinon, vous comptez faire un vrai métier, un jour ?

Quand j’étais en 6ème, au cours d’anglais on nous a demandé d’écrire ce que l’on voulait faire plus tard. J’ai été le seul à répondre que je voulais « être heureux et m’amuser ». Je me suis donc tout de suite rendu compte qu’il y avait une place pour chacun dans notre société et que je ne prendrais pas celle de mon voisin qui voulait (comme son autre voisin) un job, une maison, une femme et un chien.

Bon, maintenant j’ai fait plus de 6 ans en entreprise avant d’être intermittent et j’ai adoré ça. J’ai appris plein de trucs. Je crois que dans l’absolu je pourrais faire plein de choses, je m’intéresse vite du moment qu’il y a du rapport humain. La dernière fois que je me suis dit que j’allais arrêter la musique, j’ai regretté d’être trop vieux pour être flic, alors je me suis dit que je pourrais être taxi. Et puis finalement non.

J’ai la chance de n’avoir jamais eu de grands besoins et je ne m’en suis jamais créés quand j’ai gagné de l’argent à une époque. Donc au final je vis avec peu et s’il faut retourner à l’usine pour gagner le minimum, je sais que je pourrai le faire sans que cela soit forcément un drame ; je m’adapte vite. Mais ce n’est pas l’objectif de départ !

Donc la réponse est non : je ne compte pas faire un vrai métier un jour !

 


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