Politique 

Euro-métropole : comment Collomb et Queyranne se disputent la compétence économique

La communauté d’agglomération de Lyon est en passe d’absorber une partie des compétences du département du Rhône dans une « métropole d’intérêt européen ». Mais Gérard Collomb, président PS du Grand Lyon, ambitionne également d’absorber une compétence stratégique de la région Rhône-Alpes, l’économie.

C’est sans compter la résistance que lui oppose Jean-Jack Queyranne. Tout comme Gérard Collomb, avec lequel le président PS du conseil régional affiche une entente de façade, il tente de se faire entendre du ministère en charge du dossier de la décentralisation, qui doit présenter un projet de loi ce mois.

Queyranne-Collomb-2008-UneJean-Jack Queyranne (président du conseil régional de Rhône-Alpes) et Gérard Collomb (président du Grand Lyon) au club de la presse de Lyon en septembre 2008. Crédit : Philippe Juste / Maxppp.

Depuis décembre, les grandes manoeuvres ont commencé autour de l' »acte 3 de la décentralisation », dont la loi est attendue pour le printemps. Particulièrement en Rhône-Alpes et plus précisément encore à Lyon.

Début décembre, en effet, après avoir obtenu le feu vert du gouvernement, Gérard Collomb (PS) pouvait annoncer la fin du Département du Rhône dans ses contours actuels et la création d’une « métropole d’intérêt européen », encore appelée euro-métropole, qui verra le Grand Lyon absorber les compétences du Rhône.

Une annonce qui a passablement énervé le président du conseil régional de Rhône-Alpes, également socialiste, qui n’avait pas été mis dans la confidence. Jean-Jack Queyranne était d’autant plus courroucé que quelques jours plus tard, il prenait connaissance par la presse de l’avant projet de loi sur la décentralisation.

A la lecture de ce texte, il a décidé d’aller au combat, « au nom de toutes les régions », même s’il est bien seul à mener la bataille.

1/ Lettre à une ministre contre de « véritables régressions »

La ministre la Réforme de l’État et de la Décentralisation et de la Fonction publique, Marylise Lebranchu, a immédiatement précisé, dans une opération de déminage, que ce texte n’avait pas fait l’objet d’une validation politique.
Le président de Rhône-Alpes a tout de même pris sa plume pour lui faire part de sa « forte déception ».

Queyranne qualifie de « véritables régressions pour les régions » cet avant projet de loi puisque les régions se verraient grignoter leurs principales compétences. Notamment :

  • Sur le plan des transports. Le schéma régional des transports serait confié à un syndicat régional des transports et non plus aux régions.
  • Sur le plan économique. Le rôle des régions se limiterait aux « soutiens et aux aides au PME ».

2/ Une bataille sous forme de campagne de pub

Pour bien faire comprendre le message au gouvernement, Jean-Jack Queyranne rendait public son courrier une semaine après l’avoir envoyé à la ministre. Parallèlement, il faisait payer par la Région Rhône-Alpes une campagne de pub dans la presse nationale. Des pleines pages dont le titre était : « la région, premier partenaire de l’économie en Rhône-Alpes ». Deux chiffres étaient rappelés :

  • 70 millions d’euros consacrés par an au soutien des PME.
  • 90 millions d’euros pour les pôles de compétitivité depuis 2010.

C’est ce dernier chiffre qui ouvre grand l’appétit de Gérard Collomb, qui pourrait récupérer la part Grand Lyon.

Pour enfoncer encore davantage le clou, sur la page du site de la Région Rhône-Alpes qui présente Queyranne, une vidéo d’une rencontre avec la presse a été postée.
Il y explique non pas qu’il est contre l’« euro-métropole » lyonnaise mais que le développement économique repose sur le couple région/métropole :

« 50% des activités économiques sont en dehors des métropoles. Le Grand Lyon ne peut pas être fort si les autres territoires sont faibles ».

Le président du conseil régional insiste essentiellement sur la compétence économique puisque la ministre Lebranchu a déjà fait savoir qu’elle abandonnait l’idée d’un grand chamboulement de l’organisation des transports au niveau régional.

3/Pédagogie et menaces à l’égard de Collomb

Après la ministre, la deuxième partie du job consistait à remettre le président du Grand Lyon à sa place. Jean-Jack Queyranne a ainsi immédiatement réagi quand Gérard Collomb a empiété sur ses plates bandes économiques. Cela s’est déroulé la veille des vacances de Noël.

Alors que la ministre s’évertuait à expliquer que l’avant-projet de loi qui avait fuité dans la presse n’était pas d’actualité, le président de la Région découvrait un rapport présenté à la séance publique du Conseil Général du Rhône, le 21 décembre, qui faisait mention, en termes précis, de la compétence économique de la région :

« L’euro-métropole se verra dotée de toutes les compétences de la Communauté urbaine et du Département, ainsi que d’une partie des compétences de la Région, comme l’économie ».

Nouvelle colère de Queyranne. Le jour même, il rencontrait Collomb, qui ne pouvait ignorer cette mention glissée par son complice dans la construction de l’euro-métropole, l’UDI Michel Mercier.

Le président du conseil régional de Rhône-Alpes a d’abord fait preuve de pédagogie :

« Je lui ait dit que l’engagement économique de la région était de 41 millions d’euros par an pour le Grand Lyon ».

Puis il s’est fait menaçant, dans l’hypothèse où le conseil régional ne garderait, pour toute compétence économique, que l’aide aux PME :

« Le Grand Lyon aurai dû mal à faire prévaloir auprès du conseil régional le financement d’autres dossiers économiques. L’accueil ne sera pas des plus favorables quelle que soit la majorité qui siégera ».

Lors des voeux à la presse, ce mardi 15 janvier, Jean-Jack Queyranne a encore rappelé aux journalistes que « les compétences de la région ne doivent pas être démembrées ».

4/ Jeu à quatre bandes

Jean-Jack Queyranne n’a pas fait part des échanges avec la ministre qui lui aurait pourtant, selon nos informations, donné l’assurance que les régions devraient rester les « chefs de file » en matière économique.

Une manière de maintenir la pression jusqu’à la parution du projet de loi au printemps.

Pendant ce temps là, les négociations continuent également chez Gérard Collomb comme chez Michel Mercier. Ce vendredi 18 janvier, la ministre déléguée chargée de la décentralisation, Anne-Marie Escoffier, se rendra à Thizy-les-Bourgs, dans la nouvelle commune dont Michel Mercier a été élu maire le 5 janvier.

A l’ordre du jour : une présentation de sa commune née de la fusion de cinq villages du Beaujolais, en présence du préfet de la région Rhône-Alpes, préfet du Rhône, Jean-François Carenco.

Mais nul doute que le tout nouvel ex-président du conseil général du Rhône en profitera pour faire passer des messages sur la fin du « 69 » dans sa forme actuelle et la création de la métropole lyonnaise.

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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