Société 

Sevil Sevimli toujours assignée à résidence en Turquie

DANS NOS ARCHIVES / Soupçonnée d’appartenir à une organisation d’extrême-gauche interdite et arrêtée le 10 mai dernier en Turquie, l’étudiante lyonnaise de double nationalité franco-turque a comparu pour la 4e fois devant le tribunal de Bursa, ce mercredi. Une nouvelle audience est prévue pour le 15 février. Sévil Sevimli reste assignée à résidence en Turquie. L’étudiante risque jusqu’à 32 ans de prison. Son procès illustre les dérives des lois anti-terroristes du pays. Nous re-publions un article du 7 août dernier, au lendemain de sa remise en liberté.

 

Par Leïla Piazza et Dalya Daoud

L’étudiante franco-turque détenue depuis mai 2012 a été libérée ce lundi 6 août en fin de journée, soit trois mois plus tard. Son père, habitant à Belleville-sur-Saône (dans le Rhône), a appris la nouvelle tandis qu’il était coincé dans un embouteillage, sous le tunnel de Fourvière :

« Sevil m’a appelé, je n’arrivais pas à la croire. Je ne sais même pas comment j’ai fait pour rentrer chez moi après. Je suis vraiment heureux, » nous a-t-il déclaré au téléphone aujourd’hui.

Pour autant, cette étudiante de 20 ans, en licence d’information-communication à l’université Lyon 2, ne pourra pas sortir des frontières d’Eskisehir, la ville dans laquelle elle faisait son échange Erasmus, et dans laquelle elle a été incarcérée pendant trois mois. Un procès est en effet prévu le 26 septembre prochain. Entourée en ce moment de sa mère, de sa soeur et de son petit frère, Sevil Sevimli est « abasourdie », selon son amie d’enfance Sinem Elmas, figure du comité de soutien :

«Elle est très contente mais elle n’a pas compris ce qui lui arrivait. Les gardiens sont venus la voir avec les trois autres filles, détenues pour les mêmes raisons qu’elle, dans leur cellule. Ils leur ont dit : « prenez vos affaires, c’est bon, vous sortez « . Personne ne s’y attendait, on ne connaît pas les raisons de cette libération soudaine. »

 

Un circuit diplomatique discret ?

Sevil Sevimli a été arrêtée le 10 mai dans le Sud-Est du pays. Elle est accusée d’appartenir au Parti-Front de libération du peuple révolutionnaire (DHKP-C), une organisation d’extrême-gauche interdite. Il lui est reproché d’avoir participé au défilé du 1er mai à Istanbul et d’avoir assisté à un concert d’un groupe de gauche, Yorum, selon son avocat.

L’étudiante qui se trouvait en Turquie depuis juin 2011, dans le cadre d’un échange universitaire Erasmus, reste donc sous le coup d’un chef d’accusation grave, d’appartenance à une organisation terroriste et elle encourt donc jusqu’à douze ans de prison.

Une pétition signée par plus de 13 000 personnes, selon son comité de soutien, avait été envoyée à la ministre du Droit des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, et au ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius. Ce dernier a fini par répondre aux nombreux courriers que le comité de soutien de Sevil Sevimli était parvenu à lui transmettre, par le biais de députés notamment.

« Mais ce n’était pas un courrier de soutien. Laurent Fabius a simplement écrit qu’il s’était assuré que l’état psychologique de Sevil était bon. Il a aussi dit que les pouvoirs publics ne pourraient rien faire. Mais son courrier a mis un mois et demi à nous parvenir. Entre temps, Sevil a pris du poids, elle allait de plus en plus mal », explique Sinem Elmas.

Ces derniers temps, la santé de l’étudiante s’était dégradée. La 4 août, son comité de soutien pointait en effet du doigt son asthme et son hypothyroïdie, non soignés en détention. Un peu plus tôt déjà, sa mère, qui s’est installée près de la prison d’Eskisehir depuis la mi-juin, alertait:

« Sevil a besoin de soins. Elle est fatiguée et surtout très déprimée. Les conditions de détention sont mauvaises du point de vue hygiène. Elle a très peur ».

Si Paris a clairement refusé de tenir une position officielle concernant Sevil Sevimli, des canaux diplomatiques plus discrets auraient été empruntés depuis ce week-end, selon des personnes du comité de soutien. « Mais la seule pression médiatique a aussi pu faire son effet, » estime Aldine Furio, du site Avaaz.org qui a lancé la pétition en faveur de Sevil. Comme le rassemblement devant le Conseil de l’Europe en juillet dernier, qui a aussi pu inquiéter Ankara, désireuse d’entrer dans l’union européenne.

 

Plusieurs centaines d’étudiants détenus en Turquie

Après de nombreux articles dans la presse locale, le 29 juin, un éditorial du Monde interpellait le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan sous le titre « Quel crime a commis Sevil Sevimli, M. Erdogan ? ».

Le lundi 23 juillet, des membres du comité de soutien s’étaient rendus à Strasbourg, devant le Conseil de l’Europe pour un rassemblement symbolique demandant la libération de Sevil Sevimli. Sinem Elmas, l’amie d’enfance, affirmait alors :

« Nous voudrions obtenir le soutien officiel du Conseil de l’Europe pour faire avancer ce dossier. D’ailleurs, nous attendons aussi le soutien des autorités françaises qui, pour le moment, ne se sont pas beaucoup manifestées, alors que Sevil est française. »

Plus tôt, le 17 juin, 350 personnes étaient venues manifester place Jean Macé, dans le 7e arrondissement de Lyon. Plusieurs associations y ont participé, tout comme le président de l’université Lyon 2, Jean-Luc Mayaud, qui affirmait alors :

« Notre université est présente pour attester que le parcours de Sevil est tout à fait normal et pour appeler à sa libération immédiate. Rien ne justifie son incarcération. Tout être humain a le droit de se montrer critique ».

Cette arrestation s’inscrit dans un contexte de tensions nationales plus larges, comme l’affirmait le 17 juin un journaliste de la chaîne de télévision turque YOL TV, Dogan Düzgün :

« Les médias de notre pays en parlent, car Sevil n’est pas un cas isolé. Près de 700 étudiants sont actuellement emprisonnés en Turquie, ainsi qu’une centaine de journalistes ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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