Politique 

Mariage gay : pour Yann Wehrling, il faut "passer à l'acte, vite"

Yann Wehrling, ancien secrétaire national des Verts, aujourd’hui porte-parole du Modem, craint un risque d’enlisement du débat à la veille du dépôt de projet de loi sur le mariage pour tous. Membre d’un parti dans lequel il constate que les « avis sont assez partagés, un peu comme dans la société », il appelle pour sa part à un vote rapide du projet de loi, pour éviter (ou faire cesser) les débordements.

Hétéroclite : Sur votre blog, vous exprimez une forme d’exaspération sur la manière dont se déroule le débat autour du «mariage pour tous»…

Yann Wehrling : Je ne suis pas contre le débat, mais je trouve qu’il tourne autour de fausses questions et qu’il y a un risque d’enlisement. On crée du doute, là ou il n’y en avait pas au départ. Je pense que le débat aurait dû être d’une autre nature.

Pour moi, la question à se poser est très simple : a-t-on le droit d’être différent ? Si on avait posé cette simple interrogation, on aurait eu 90% des Français d’accord avec ce projet de loi. En faisant dériver le débat du mariage vers l’adoption, les adversaires de l’égalité des droits agitent des chiffons rouges et jouent sur des fantasmes, comme par exemple l’idée qu’un enfant ne pourrait pas être heureux avec deux pères ou deux mères.

Or, on sait évidemment bien que les difficultés que des enfants peuvent éprouver ne sont pas liées au sexe des parents…

 

Manifestation contre le mariage et l’adoption par tous, à Lyon, le 17 novembre 2012. Par Aurélien Lamy, étudiant.

Vous évoquez le risque que le projet de loi ne soit pas adopté. Est-ce que une perspective réellement envisageable ?

Je note que les gens qui sont favorables au mariage s’embourbent dans des explications confuses et sont sur la défensive. Les opposants, eux, marquent des points. Il faudrait retrouver une forme de sérénité et de fierté dans ce combat.

Pour ce qui est de la réussite du projet de loi, j’ai un peu peur du Parlement, car je me souviens bien de ce qui s’était passé au moment du Pacs. J’espère vraiment que ce texte sera adopté rapidement. Ceux qui plaident pour un «grand débat» veulent en réalité gagner du temps et que les discussions s’enlisent.

J’ai la conviction que quand ce texte sera adopté, il y aura des mariages et les choses entreront dans les mœurs rapidement. Il faut passer à l’acte, vite !

Que pensez-vous du refus du gouvernement d’inclure la possibilité pour les couples homos d’avoir recours à la procréation médicalement assistée (PMA) ?

Ils n’ont renoncé à rien puisqu’ils ne l’ont jamais vraiment envisagé. Ce serait pourtant un aboutissement complet et cohérent. Il faut réussir à faire comprendre que dans ce débat, il n’est pas question de donner plus de droits aux couples homos, mais bien les mêmes droits qu’aux couples hétéros.

Vous venez d’une région dans laquelle beaucoup d’élus, y compris de gauche, sont hostiles au mariage et à l’adoption par les couples homos. Sentez-vous une même hésitation de la part de la population ?

J’affirme mes convictions et je rencontre beaucoup de gens. C’est vrai que la question de l’adoption fait un peu patiner le débat. Les gens se posent des questions sur la façon dont un enfant peut grandir avec des couples du même sexe.

Que pensez-vous de la position de François Bayrou, qui s’est toujours exprimé contre l’utilisation du mot «mariage» pour les couples homos ?

Je ne suis pas d’accord avec lui et je lui ai dit. Il pense en effet qu’il faut maintenir le mot mariage pour les couples hétérosexuels. Pour le reste, il est tout à fait favorable à la PMA ou la GPA, car il constate que les choses se font.

Il a rencontré des gens qui ont fait de la PMA ou de la GPA à l’étranger et il trouve ça absurde. Sur toutes les revendications LGBT, il est finalement très progressiste. C’est quelqu’un de très pragmatique, au fond. Mais je reste convaincu que, pour le mariage en mairie, le même terme doit être utilisé pour tous les couples.

Au Modem, ce projet de loi fait-il débat ?

On n’a pas fait de sondage. Les avis sont assez partagés, un peu comme dans la société. Avec peut-être une différence d’appréciation sur le mariage, qui pose moins de problème que l’adoption.

 

Propos recueillis par Gaspard Dhellemmes sur heteroclite.org.

Partager cet article