Société 

Rhônexpress : pourquoi se rendre à l’aéroport de Lyon coûte-t-il si cher ?

actualisé le 21/05/2014 à 14h37

Le 1er janvier, il faudra débourser non plus 14 mais 15 euros pour se rendre à l’aéroport de Lyon Saint-Exupéry. Rhônexpress est la navette la plus chère de France. Et certainement l’une des plus chères d’Europe.

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Le tram-train Rhônexpress photographié en mars 2010.©Philippe Juste/Maxppp

Inaugurée en août 2010, la navette Rhônexpress permet de se rendre en trente minutes à l’aéroport Lyon Saint-Exupéry de la gare Part-Dieu, via un tram-train qui utilise pour une part les voies du tram T3 des Transports en Commun Lyonnais (TCL). C’est une concession du Département du Rhône confiée à l’entreprise Rhônexpress, filiale notamment du géant du béton, Vinci.
Dès sa mise en service, son prix a fait bondir les voyageurs qui ont pu regretter le bus qui était en circulation jusque là. Autant dire que la dernière augmentation des tarifs va faire encore beaucoup parler.

 

1/ Des frais supplémentaires de maintenance

C’est lors de la dernière séance publique du conseil général du Rhône, le 21 décembre, que le président Michel Mercier (UDI) a fait voter les nouveaux tarifs 2013.
Pour un aller simple, il en coûtera donc 15 euros. Soit une hausse de 7,1%, au lieu des 2,8% annuels prévus par le contrat liant la société Rhônexpress au Département du Rhône.
Dans son rapport, le président du conseil général a expliqué que cette forte augmentation est la conséquence de la mise en place d’une rame supplémentaire qui coûte la somme de 350 000 euros par an. Cette rame supplémentaire étant due à la difficile cohabitation du Rhônexpress et du tram T3 des TCL, qui partagent la même ligne jusqu’à Meyzieu. Ainsi l’explique le rapport des services départementaux :

« le Rhônexpress fonctionne avec une rame de plus que prévu dans le contrat initial, en raison du dépassement du temps de trajet sur la partie commune des voies (…). Cette rame supplémentaire génère des frais de maintenance non prévus dans l’équilibre général du contrat ».

Cette hausse a été qualifiée d’« inacceptable » par Béatrice Vessilier, la conseillère générale Europe-Ecologie / Les Verts (EELV) de Villeurbanne. Avec les conseillers généraux communistes, les élus écolos du Département ont voté contre cette nouvelle augmentation des tarifs, qui a été adoptée avec les voix du PS et de la toute la droite (UMP et UDI).

Les élus EELV ont notamment expliqué que Vinci, dont la filiale exploite Rhônexpress, bénéficie d’un contrat de concession très favorable et peut donc faire un effort financier.

 

2/ Un investissement très avantageux pour la société Rhônexpress

Pour justifier cette nouvelle augmentation tarifaire comme les tarifs élevés, Michel Mercier invoque toujours le fait qu’il s’agit d’une société privée qui supporte l’investissement et donc les principaux coûts. Ce qui est faux. Rhônexpress représente un investissement global d’environ 120 millions d’euros que le Rhône paye au prix fort.

Selon les termes du contrat de concession, la société Rhônexpress a à sa charge uniquement l’acquisition du matériel roulant (26 millions d’euros). Mais la société ne fait qu’avancer une partie de l’investissement (50,55%, soit 32 millions) que le conseil général rembourse chaque année à hauteur de 3,5 millions d’euros par an.
Moralité, comme le soulignait la Chambre régionale des comptes de Rhône-Alpes, dans un avis du 5 juillet 2007 (voir le pdf) « le délégataire (la société Rhônexpress, ndlr) ne supporte aucune charge d’investissement ».

http://www.rue89lyon.fr/wp-content/uploads/2012/12/Rhonexpress-CRC-RhoneAlpes-Juill07-pdf.pdf

3/ Un monopole de trente ans injustifié

En conclusion de ce même avis 5 juillet 2007, la Chambre régionale des comptes affirme que l’effort financier consenti par Rhônexpress ne justifie pas une concession de trente ans pendant laquelle aucun autre mode de transport public ne peut venir concurrencer le tram-train :

« Si le délégataire prend en compte le risque d’exploitation du service, il ne supporte aucune charge d’investissement, la durée du contrat fixée à trente ans n’est pas justifiée par les prestations demandées au délégataire ».

Les usagers rhôdaniens du Rhônexpress sont ainsi doublement pénalisés :

  • Ils ne peuvent pas prendre un bus ou un train pour faire le trajet Lyon-aéroport, contrairement à ce qui se pratique dans d’autres villes européennes.
  • Ils payent deux fois le service : en s’acquittant de leurs impôts et achetant très cher un ticket Rhônexpress.

 

4/ Des prix « dans la moyenne basse européenne »

Malgré un prix de 26 euros (à partir du 1er janvier 2013) pour un billet aller-retour, contre 15,90 euros l’ancienne navette Satobus, le président de la société Rhônexpress, Yves Périllat, justifiait les prix par un alignement sur les prix européens. En juin dernier, lors d’une conférence de presse sur les deux ans de Rhônexpress, il réagissait à une enquête interne selon laquelle 69% des usagers jugeaient le prix trop cher :

« Les tarifs se situent dans la moyenne basse au niveau européen ».

Cette façon de justifier des prix d’un service public (car il s’agit bien d’une délégation de service public) est curieuse. D’autant plus qu’une rapide collecte des tarifs des navettes aéroportuaires des principales villes françaises et de quelques villes européennes montre que le Rhônexpress se situe plutôt dans la fourchette haute européenne.

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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