Tribune 

Grands travaux de rénovation mentale contre le sexisme

A quelques jours de la journée internationale contre la violence faite aux femmes, Najat Vallaud-Belkacem a posé la question du sexisme. La ministre des Droits des femmes a initié la conférence « le sexisme, c’est pas mon genre » organisée pendant le festival Mode d’emploi. L’ex-élue à la Ville de Lyon, pour marquer le coup, a tenu à chaperonner deux heures d’interventions visant à mettre à mal les stéréotypes.

Les magasines féminins, les livres éducatifs sur le corps humain, la musique classique, les tâches ménagères, l’égalité professionnelle ou les violences faites aux femmes ont été autant de sujets abordés lors de cette conférence inspirée par les TED talks. Ce concept américain propose de faire circuler des idées « novatrices et positives pour la société, en invitant des personnalités très variées cherchant à convaincre le public lors de conférences.

A papa les muscles, à maman les hormones

« Nous avons sur-investi les différences entre les sexes et le produit de ce sur-investissement, c’est les stéréotypes »

Un propos tenu par Brigitte Grésy, première intervenante de la soirée. Selon elle, les stéréotypes sexistes sont partout et ils ont des conséquences désastreuses sur la cohabitation entre les genres. Christine Detrez, professeure à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, a démontré leur présence dans les livres pour enfants sur le corps humain. Les exemples ont provoqué autant l’hilarité qu’ils ont affligé l’auditoire. Ils sont tellement intégrés par chacun qu’on en oublie même de les voir. Ils s’infiltrent jusque dans cet imaginaire de la fécondation qui représente la femme par l’ovule immobile qui attend de se faire féconder par le spermatozoïde le plus rapide, le plus violent, le plus fort qui saura gagner la partie.


Les représentations sexuées dans les… par GENRIMAGES

Des magazines féminins… mais pas féministes

Dans les revues destinées aux femmes le stéréotype se fait moins subtil. C’est ce que regrette Gregory Lassus-Débat, fondateur de la revue Causette, pour qui « la presse féminine diffuse une image conservatrice de la femme car il y a tout un business derrière » :

« Jouir, séduire et dépenser. Voilà les trois préoccupations principales de la femme moderne pour le magasine féminin. »

Des hommes » victimes d’un plancher de verre »

Dans le monde de l’entreprise les stéréotypes ont la vie rude, et la parité est loin d’être acquise.

« Elles sont brillantes, travailleuses, perfectionnistes et avec elle c’est les soldes toute l’année. Y’a moins 30% sur toute la collection ».

Dans son sketch la comédienne Blandine Métayer a décidé de dénoncer par l’humour les inégalités dont sont victimes les femmes au travail.

« Si vous n’êtes pas d’accord avec eux avant 40 ans c’est les règles, après 40 ans c’est la ménopause. Forcément c’est hormonal ! »

Mais derrière le rendu comique qu’a apporté la comédienne à ces situations, ce sont des facteurs de discriminations bien réels qui ont résonné.


blandine Métayer, Je suis top par theatre10heures

Des discriminations que les hommes doivent être les premiers à combattre. C’est en tout cas l’idée qu’a défendue Antoine de Gabrielli, fondateur de l’association Mercredi c Papa, autour de ce projet qui veut remettre en cause les préjugés du rôle de l’homme dans l’entreprise et dans la famille, et proposer une meilleure répartition des temps professionnel et personnel.

« Il existe un bénéfice pour l’homme à l’égalité professionnelle, c’est l’épanouissement personnel » a-t-il expliqué.

Pour lui les stéréotypes qui s’appliquent aux femmes en créent d’autres pour les hommes. Ils sont victimes d’un plancher de verre, ils n’ont pas le droit d’être faible. Le système actuel est donc perdant pour tous.

La famille, premier lieu des luttes de sexe

Les stéréotypes prennent leur source au sein même du cocon familial. « C’est dans le huis clos des familles que s’organisent les inégalités entre hommes et femmes », a déclaré Francine Raymond, réalisatrice du web documentaire Qui va Garder les enfants ? Elle a pu observer que le partage des tâches ménagères est toujours le lieu de grandes inégalités desquelles découlent des injustices encore plus grandes.

La conférence a lancé également des messages d’espoir et a surtout encouragé au changement. Le témoignage de Claire Gibault, chef d’orchestre, un métier essentiellement masculin, donnerait quelques raisons d’espérer. Et si Lindsey Nefesh-Clarke, fondatrice de W4, ONG qui s’appuie sur une plateforme Internet pour promouvoir les femmes défavorisées, elle a conclu en dressant un bilan accablant sur les violences faites aux femmes et a lancé un appel poignant à se mobiliser.

Elle a préféré, conformément à l’esprit de la soirée, terminer sur les solutions qui s’offrent à nous en insistant sur le rôle des technologies digitales pour sauver des vies. Permettre à toutes ces femmes en difficulté d’être connectées représente une avancée importante, pour les sortir de leur isolement, pour leur permettre de s’informer et de demander de l’aide, selon Lindsey Nefesh-Clarke.

Par Amandine Le Blanc, étudiante en master de journalisme à Sciences-Po Lyon, sur le blog Villavoice.fr.

 

 

 

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