Politique 

Eau du Grand Lyon : Collomb ne fait pas plier sa gauche

Sans surprise, le Grand Lyon, présidé par Gérard Collomb (PS), a adopté ce lundi le renouvellement de la gestion de l’eau par le privé. Mais sans les voix de communistes et des écolos, pourtant membres de la majorité. Favorables au passage à une régie publique, ils ont voté contre leur patron.

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Gérard Collomb à la Confluence (Lyon 2e), le 5 septembre 2011. Crédit : Philippe Juste/Maxppp

Il est extrêmement rare de voir du public assister aux débats du Grand Lyon. Une manif devant les portes du siège de la communauté urbaine est encore plus exotique.
Ce lundi soir, ils étaient une centaine devant le siège de la communauté urbaine et une trentaine à l’intérieur, à s’être déplacés à l’appel du collectif pour le passage à une régie publique de l’eau*.
C’est pourtant sans difficulté que la délibération renouvelant une gestion privée de l’eau a été adoptée. Même si le président (PS) du Grand Lyon n’a pas pu compter sur les groupes écolos et communistes.

Certes, Gérard Collomb n’avait pas besoin de leurs voix pour faire passer la mesure. Sans même recourir aux voix de la droite (qui a toutefois voté pour), il pouvait déjà s’appuyer sur les voix des « petits » maires de l’Ouest (réunis au sein du groupe Synergie) et des centristes. Et bien sûr sur ses 50 élus socialistes.

Un signe politique à un an et demi des municipales

Quelques mois avant les municipales, une majorité d’élus communistes (PCF) et écologistes (EELV) qui vote contre le leader de leur majorité est un acte politique d’importance. D’autant qu’il s’agit de l’eau, l’un des dossiers les plus chauds du mandat. Parce que Veolia (ex-Compagnie Générale des Eaux) gère depuis 30 ans la ressource, pratiquant les prix parmi les plus élevés de France.

A Lyon, peut-être plus qu’ailleurs, militer pour la régie publique, donc contre les géants de l’eau, Veolia ou Suez, est apparu comme allant de soi quand on est à gauche. A tel point que PS, PCF, EELV et les alternatifs du GAEC ont rejoint, il y a un an, syndicats et associations de gauche dans le collectif qui mène campagne pour le passage à une régie publique, comme l’ont fait notamment les villes de Grenoble et de Paris.

Assez rapidement, le PS a quitté ce collectif. Gérard Collomb s’étant prononcé à plusieurs reprises en faveur de la délégation de service public. Sont restés les écolos, les communistes et les alternatifs pour militer pour le passage à une régie publique.

Collomb n’a pas convaincu les communistes

Le 8 octobre le président du Grand Lyon avait annoncé en conférence de presse que la gestion de l’eau serait encore confiée au privé. A cette date là, on pensait la messe dite : Europe Ecologie/Les Verts (EELV) avait clairement annoncé qu’ils voteraient contre la délibération.

Mais Collomb pouvait compter sur le soutien des alternatifs des alternatifs du GAEC et des principaux élus communistes du Grand Lyon, dont le responsable du groupe, Willy Plazzi, qui s’étaient même fendu d’un communiqué de presse annonçant qu’une délégation de service public pouvait convenir. Un mois plus tard, lors du vote, le même Willy Plazzi et une majorité de communiste ont voté contre. Comment en est-on arrivé là ?

Tout d’abord, Gérard Collomb n’a pas convaincu. Les communistes auraient voté, comme les écologistes, pour une contrat court de quatre ou six ans assorti d’un engagement à un passage en régie. Ils ont même déposé un amendement dans ce sens. Mais le président du Grand Lyon est resté sur ses positions originelles qu’il a présentées sous forme de deux délibérations :

  • Une « autorité organisatrice de l’eau » va être mise en place, « capable de définir un cahier des charges et surtout de le faire respecter ».
  • Les investissements seront de 33 millions d’euros par an au lieu de 25 millions aujourd’hui.
  • Le contrat de huit à dix ans devra être accompagné d’une baisse significative du prix de l’eau d’au moins 20%. Et dès 2015, la part de l’abonnement passera de 34% à 25%.

En conclusion des prises de parole, Gérard Collomb n’a pourtant pas ménagé Veolia et son contrat de 30 ans pour lequel la « collectivité perdait tout contrôle ». Il a même rappelé que « l’argent des Lyonnais avait servi a investir dans Universal ».

Par ailleurs, la délibération est accompagnée d’une formule qui se veut être un pas vers la régie :

« Il est pris acte de la perspective de mise en place, à l’issue du contrat d’une mixité de gestion fonctionnelle (la production en régie et la distribution en délégation de service public ».

Mais cette reconnaissance tardive des dérives du passé ainsi que la promesse d’une « mixité fonctionnelle » n’ont pas attendri la majorité des écologistes et les communistes. Peut-être pensait-il les convaincre par d’amicales pressions politiques?

La carte de la « solidarité de gestion »

Pour couper toute velléité de dissension dans la majorité, Gérard Collomb a mis la pression sur les membres écolos et communistes de son exécutif pléthorique (40 vice-présidents).

Le président du Grand Lyon a donc demandé la « solidarité de gestion ». En clair, soit les vice-présidents votaient ou s’abstenaient, soit ils sortaient de l’exécutif.

Le coup a fonctionné pour les vice-présidents écolos, communistes ou GAEC. A l’exception notable de Maurice Charrier. L’ex-maire de Vaulx-en-Velin, vice-président à la politique de la ville (parti de gauche – groupe GAEC), a préféré ne pas prendre part au vote. Dans un communiqué, il a dénoncé « l’attitude du président du Grand Lyon qui mène une pression inqualifiable sur les élus communautaires et les vices présidents ».

Gérard Collomb a tenté la même technique avec les responsables communistes. Mais elle a eu l’effet inverse, puisque le responsable du groupe a fini par voter contre. En revanche, Le maire de Vaulx-en-Velin, Bernard Genin, s’est finalement abstenu alors qu’il avait annoncé qu’il voterait contre.

Dans ce bras de fer, le maire de Lyon peut toutefois avoir une satisfaction : les trois élus communistes de la ville de Lyon (à l’exception de Nawel Bab-Hamed) ont voté pour.

Au final, 9 communistes sur 17 ont voté contre la gestion par le privé. Une première, même après la grève des éboueurs, l’immense majorité des communistes avaient préféré s’abstenir sur la nouvelle organisation de la collecte des déchets, alors que le PCF s’était affiché aux côtés des éboueurs grévistes.

S’agissant de l’eau, entre deux pressions, celle des militants et celle de Collomb, c’est la première qui a été finalement la plus forte, comme l’explique l’élu communiste de Villeurbanne Jacky Albrand :

« Après la présidentielle, on est obligés de se démarquer. Nationalement comme localement. Il y a eu la pression des militants, des associations et des syndicats ».

« Moi, président du Grand Lyon »

Ce dossier de l’eau a placé une frontière très nette entre les communistes et écolos collombistes et ceux qui pourraient être tentés par une liste autonome à gauche de Collomb.

Un constat s’impose, les autonomistes sont plus nombreux chez les écologistes que chez les communistes. Ils ont été six sur neuf à voter contre la délibération sur la délégation de service public de l’eau. Ces derniers jours, ce sont eux que l’on entend le plus : lettre ouverte signée par les responsables EELV au conseil municipal et au Grand Lyon doublée d’une conférence de presse.

Dans cette même ligne, l’intervention du responsable de groupe, Paul Coste, pastichant la célèbre formule de François Hollande, a visiblement énervé Gérard Collomb :

« Moi, président du Grand Lyon, j’aurais expliqué qu’avec la régie, le prix de l’eau est fixé chaque année par les élus, et que c’est une meilleure garantie pour fixer le juste prix. (…) Moi, président du Grand Lyon, j’aurais choisi la régie car les bénéfices peuvent aller directement à l’amélioration du réseau ou à la diminution des prix et non pas la rémunération des actionnaires ».

Autre enseignement, la maire du premier arrondissement, Nathalie Perrin-Gilbert, est la seule socialiste à avoir voté contre. Elle continue de creuser le sillon d’une opposition à Collomb.

Avec des communistes qui ont majoritairement voté contre lui, Gérard Collomb ne s’attendait certainement pas à avoir autant de monde sur sa route de 2014.

*membres du collectif pour le passage en régie publique : UD CGT69, UGICT Grand Lyon, FSU69, Solidaires69, ACER, ATTAC, CNL, CGL, CSF, LDH, MFPF, Cidefe, COVRA, Initiative Citoyenne Vaulx en Velin, GAEC, EELV, PCF, PG, Les Alternatifs, GU, FASE, NPA, Collectif Stop Gaz de Schiste 69 – 38.

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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