Cultures 

C'est bien beau d'être artiste : #12 Yasmina Sana

Lâchée, la Lyonne à crinière. Dotée de pas mal de classe et d’aplomb, Yasmina Sana vient de sortir son album, « Animale ordinaire ». Un titre en forme d’autoportrait qui traduit la dimension organique de sa musique transgenre: de la variétoche parce que ce n’est pas un gros mot, de la chanson française monsieur, folk moderne avec volutes orientalisantes, madame.

Elle a la voix qui sort d’un long tube historique. Ce qui valait bien une interview Orgueil et Préjugés spécialement adaptée à l’animale.

 

Rue89Lyon : Votre premier geste artistique ?

Yasmina Sana : Je ne m’en rappelle pas précisément. Petite, j’étais beaucoup dans la contemplation, les fleurs, le sable. A 5 ans, ma mère m’a inscrite a des cours de piano et a des cours de danse classique en MJC. Je n’aimais pas ça. D’ailleurs, je m’enfuyais au moment des spectacles de fin d’année… Je voulais faire du violon. J’ai enfin pu accéder a mon rêve quand deux ans après, on a déménagé et qu’il y avait une école de musique pas très loin de chez nous. J’ai pratiqué le violon alto pendant 1O ans, entre mes 7 et 17 ans avec une prof qui est devenue comme une grande sœur. Je me souviens du jour où, sur mon petit alto, elle a collé un bout de scotch rouge, un repère pour moi. J’ai pris l’instrument dans mes bras, j’ai mis un doigt sur le petit bout de scotch rouge, j’ai fait vibré la corde, et ça m’a fait rigoler. Le début de la liberté !

 

Avec lequel de vos parents pensez-vous avoir un problème ?

J’aime profondément mes parents. Plus je les vois vieillir et plus j’ai envie de rire avec eux, de les prendre dans mes bras et de les faire danser. Ma mère est une héroïne, une lionne qui ne s’est pas laissée faire face aux difficultés de la vie. J’admire le courage dont elle a fait preuve a une époque où les femmes, qui plus est, immigrées, n’avaient pas beaucoup de place. Avant de rencontrer mon père, elle avait 3 enfants a l’âge de 23 ans. Elle a essayé tant bien que mal de les élever tout en essayant de se construire en tant que femme. Pas facile.

Si j’ai eu comme tout le monde des petites prises de becs avec mes parents, je ne me sens pas en conflit. J’ai conscience qu’ils sont des gens, qu’ils ressentent des choses, qu’ils sont comme ils sont. On a souvent tendance a idéaliser nos parents, on voudrait qu’ils nous comprennent, qu’ils aient pile les mots qu’on attend, qu’ils soient d’accord avec nous. Mais souvent, on finit déçus, ou en colère. Finalement, on attend ça d’eux parce qu’on les aime et qu’on voudrait qu’ils nous aiment selon notre propre mode d’emploi. Mais voilà, ce sont des gens aussi. Souvent, il y a des clash parce que les parents voudraient que leurs enfants appliquent leur mode d’emploi à eux. Le choc des modes d’emploi !

En fait, mes parents m’ont plutôt laissée tranquille toute ma vie. J’ai fait ma route de manière indépendante. Je sais que comme tous les parents, ils veulent que je sois heureuse. Et moi aussi, je souhaite qu’ils soient heureux. J’essaie de les voir le plus souvent possible.

Quelle pratique artistique trouvez-vous intolérable ?

Je ne vois pas. Pour moi, l’art c’est l’expression de la nature des choses. Si quelque chose n’est pas de cet ordre là, alors ce n’est pas de l’art.

 Quelle est pour vous la plus grosse arnaque artistique ?

Là aussi, j’ai du mal a répondre, pour la même raison. Il y a beaucoup de tromperie dans le monde, beaucoup de choses qui sont dorées a l’or fin pour faire passer la pilule, pour l’argent. Du coup, je n’ai pas envie de parler de la plus grosse arnaque mais du plus joli coup de ces dernières années selon moi : Le travail de JR, le photographe, et en particulier autour de son projet « Women are heroes ». J’adore l’audace, presque violente mais au sens positif du terme, de son action.

Placarder des portraits de femmes partout dans le monde dans des formats démesurés, c’est géant ! Son film m’a beaucoup touchée, encore une fois, avec une violence qui m’a tapé au cœur. Après ça, il a fallu que j’expire, j’ai écrit une chanson… Cette chanson « Laissez les poupées », JR l’a écoutée, il m’a envoyé un mot pour me remercier. J’avais envie de lui dire merci pour son regard qui ouvre le nôtre sur des trucs qu’on ne voit plus tellement on s’est habitué… Le travail de JR est inspirant. Il nous rappelle la posture et la place de l’artiste : libre et ouvreur de cœurs !

Votre pire souvenir pendant un concert ?

Il n’y en a pas un en particulier mais généralement, c’est très dur d’aborder la scène quand tu es épuisé. Un jour, je devais commencer une série de concerts et j’étais crevée. Je me demandais par quel miracle j’allais pouvoir tenir debout le soir-même. Et puis le miracle a eu lieu…

Ben, mon guitariste, a assuré en trouvant une première partie d’enfer pour ce concert et en m’offrant le cadeau de deux musiciens surprises qui ont joué avec nous. Revirement de situation, je suis tombée amoureuse du trombone et j’ai passé une super belle soirée. C’est souvent dans le collectif que les petits soucis d’ordre perso s’effacent. Et avec mes musiciens, Benoît Richou, Renaud Burdin et Brice Berrerd, on est naturellement dans cette dynamique quand on joue ensemble. Et c’est vraiment une chance…

Quelle personnalité politique prendriez-vous pour faire la com’ de votre travail ?

Aung San Suu Kyi. Mais je crois qu’elle est très occupée….

Le dernier produit culturel consommé ?

Femmes qui courent avec les loups, de Clarissa Pinkola Estès. C’est la deuxième fois que je le lis et j’aime l’offrir autour de moi. Ce livre est une mine de diamants… Et puis aussi « Roi sans carosse », le dernier album d’Oxmo Puccino. J’ai découvert le titre « Artiste » un matin au volant. J’ai craqué direct.

Avez-vous déjà sacrifié votre art pour de l’argent ?

Non, pas encore.

Et sinon, vous avez un vrai métier ?

Je suis chercheuse…

 

Yasmina Sana, nouvel album « Animale ordinaire » (Musicast distribution)

Les prochains concerts :
 21 novembre LE STUDIO DE L’ERMITAGE, Paris
 30 novembre Le P’tit Bar, Albertville
 25 janvier Salle Pierre Hénon + François Gaillard, Mably
 29 mars Centre Culturel le Karavan + Billie, Chassieu

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