Société 

Lyon, nouvelle base pour les "frères" Mormons de Mitt Romney

(Dans nos archives, article publié le 9 janvier 2012.) L’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours s’est récemment faite connaître en France avec Mitt Romney, candidat à la présidentielle américaine et ancien missionnaire mormon dans l’hexagone. Avec le rapatriement du siège de la mission de Genève en juin 2012 à Lyon, la ville deviendra le centre opérationnel de coordination des missions de la moitié Sud de la France et dans la Suisse Francophone.

Denis-Pierre Cuche, évêque de la paroisse mormone d’Ecully, est plutôt satisfait:

« Toutes les six semaines, nous pourrons accueillir une dizaine de nouveaux missionnaires à l’aéroport Saint-Exupéry ».

Avec une cinquantaine de nouveaux convertis chaque année, l’église mormone lyonnaise a le vent en poupe : 1200 à 1300 membres sont présents sur les trois paroisses de Gerland, Villeurbanne et Ecully. Pourquoi cet engouement ?  Les Mormons surfent sur la vague de personnalités célèbres comme Mitt Romney, ou Stephenie Meyer, l’auteure de la série à succès Twilight. L’heure où les Mormons étaient assimilés aux Amish, ces barbus au style de vie très austère, s’estompe peu à peu.

L’église n’est pas désignée comme une secte par la Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires, pour « absence de victime déclarée ». Alors que l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victime de sectes (Unadfi) pointe des aspects d’emprise comme « l’endoctrinement des enfants et des adolescents ou le prosélytisme intense » (« Les Mormons » du Bulletin de Liaison et d’Etude des Sectes n°76). Elle a même obtenu depuis 2009 la reconnaissance comme association cultuelle au sens de la loi de 1905. Grâce à cela, elle est exonérée d’impôts et peut recevoir des subventions de la part de l’État pour des actions cultuelles et éducatives. « Nous sortons de notre anonymat pour être davantage visible, comme les Protestants, les Catholiques ou les Musulmans », souligne Denis-Pierre Cuche.

L’église lyonnaise organise ainsi régulièrement des événements « ouverts à tous ». En plus de la célèbre bibliothèque généalogique de la paroisse d’Ecully, elle met en place des concerts pour la Fête de la musique, des pièces de théâtre… « Environ 20 % de personnes non mormones y participent », explique Denis-Pierre Cuche. L’Institut de Religion propose aussi des cours d’anglais et de français gratuits ouverts aux jeunes. Une manière de les enrôler ? Pour Marie Drilhon, membre du bureau de l’Unadfi, « les professeurs possèdent rarement une formation pédagogique dans ces domaines ».

 

Les duos prosélytes

Entourée de fresques de la vie de Jésus-Christ et du « Livre de Mormon », une quinzaine de jeunes garçons et de jeunes filles de tous horizons suivent ce mercredi les explications d’un missionnaire anglo-saxon traduites par une élève. Toutes les semaines, ce cours de Nouveau Testament est dispensé à l’Institut de Religion. Ici, beaucoup de participants ne viennent pas de famille mormone, comme ces deux chinoises d’obédience bouddhiste venues par « curiosité », ou comme Vincent, converti depuis six ans et régulièrement présent en raison du côté « respectueux et humain de ce cours ». Paye-t-il la dime, qui correspond à 10% des revenus du Mormon ?

« Non, car je ne travaille pas et je suis non imposable », explique-t-il.

De leur côté, quatorze missionnaires parcourent les routes à Lyon. Comme Elder Guttin (« Elder » signifiant « frère » en Mormon), le Lillois, et Elder Soarès le Portugais, arrivés il y a sept semaines. En duo, ils réalisent, comme tous les jeunes hommes missionnaires de plus de 19 ans, une mission de deux ans. Sourire avenant, coiffure impeccable, costume sombre et chemise blanche, ils discutent avec les passants à Bellecour, vers l’hôtel de Ville, à Villeurbanne. Elder Guttin explique :

« La meilleure façon de les aborder, c’est d’être naturel ».

Si les nouveaux convertis sont touchés par leur disponibilité, les réactions sont parfois bien différentes. Marie Drilhon précise :

« Aux Etats-Unis, les pouvoirs temporels et spirituels ne sont pas toujours bien distingués. Alors qu’en France, la notion de laïcité est très importante. Les missionnaires y sont très bien formés, surtout depuis le suicide de l’un d’eux en 2003 à Cherbourg. Il aurait voulu s’écarter de cette église contre l’avis de sa mère mormone. Et les missionnaires sont moins exaltés que les Témoins de Jéhovah. A la différence des Mormons, ces derniers sont convaincus de la fin imminente du monde et n’hésitent pas à faire du porte à porte régulièrement pour « sauver » leurs contemporains. »

 

 

L’église lyonnaise semble avoir de beaux jours devant elle. Pour s’agrandir, elle a acheté un terrain de 1700 m2 à côté de la paroisse d’Ecully, pour 400 000 euros et projette de construire un Institut de Religion dans le 8è arrondissement. Grâce au 10 % du revenu de certains de ses membres payé à la paroisse, la dîme. « Nous nous sommes fait aider au niveau national pour payer le terrain à Ecully, car nous n’y serions pas arrivés tout seuls », précise Denis-Pierre Cuche. Selon lui, les relations avec Pierre-Yves Marguin, le représentant des cultes de la ville de Lyon, sont également « cordiales ».

« Gérard Collomb est très respectueux envers les religions », précise-t-il.

Au plan national, la construction d’un temple mormon au Chesnay dans les Yvelines est au programme. Même si quatre recours gracieux contre ce projet de construction ont été déposés. Certains habitants craignent de devenir une ville mormone comme Salt Lake City avec un porte-à-porte prosélyte embarrassant.

Les membres de cette église se réfèrent à la Bible et au « Livre de Mormon ». Ce dernier raconte la vie de prophètes d’origine juive sur le continent américain de 600 ans avant Jésus-Christ à l’an 421 après Jésus-Christ. Le livre aurait été révélé à l’américain Joseph Smith en 1823 par un ange nommé Moroni. Parmi les règles suivies par les quelques 35 000 fidèles en France, 6 millions aux États-Unis et 14 millions dans le monde, l’interdiction de l’alcool, du café et du tabac. Mais aussi le baptême des morts, ou la croyance en l’instauration prochaine d’une « Nouvelle Jérusalem » dans le Missouri aux Etats-Unis.

 

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