Société 

Convention des Identitaires : "Lyon pourrait être une base en France"

Réunis à Orange, les identitaires ont voulu célébrer ce week-end leur dixième année d’existence. Deux semaines après l’assaut de la mosquée de Poitiers, les très jeunes identitaires lyonnais de Rebeyne passent pour les premiers de la classe dans ce groupuscule d’extrême droite. Reportage.

Pour se rendre à Orange, les identitaires du groupe Rebeyne (« révolte » en parler lyonnais) a affrété un car depuis Lyon, avec une trentaine de membres. Dans la salle de conférences, aux côtés des drapeaux flamands, catalans ou niçois, les étendards lyonnais ont été déployés. Les cris « Traboule, Traboule ! », du nom de leur local à Lyon, ont résonné au balcon.

Et les intervenants se sont succédé. Mario Borghezio, eurodéputé anti-euro de la Ligue du Nord italienne, ouvertement raciste. Renaud Camus, écrivain très présent à l’extrême droite. Christian Vanneste, l’ancien député du Nord, exclu de l’UMP pour ses propos sur la déportation des homosexuels.

Damien Rieu, un lyonnais estampillé porte-parole du mouvement Génération identitaire, est resté très présent dans les débats : rencontre avec des jeunes identitaires autrichiens ou italiens, conférence de presse, table ronde sur l’islamisme…

Il est le visage que veut avoir devant les caméras ce groupuscule d’extrême droite : dynamique et présentable dans la forme. Il est aussi l’auteur d’une vidéo qui tourne sur Internet depuis un mois, « Déclaration de guerre ». « On l’a fait avec les moyens du bord. Une caméra HD et un voile noir. Et elle a été reprise dans plusieurs langues », se félicite-t-il.

Sollicité par tous les journalistes pendant cette convention à Orange, Damien Rieu est Lyonnais. À 23 ans, cet étudiant en master de communication est un membre actif de Rebeyne. Depuis deux mois, il est aussi l’un des porte-parole de Génération identitaire, le nouveau mouvement jeunesse du Bloc identitaire, lancé en fanfare il y a deux semaines à Poitiers.

« On ne s’attendait pas à un tel buzz. On l’espérait, mais depuis Poitiers, c’est l’hystérie totale. La secrétaire est submergée de demandes d’adhésions », raconte-t-il.

Petit rappel des faits : le 20 octobre, 73 personnes envahissent le toit du chantier de la mosquée de Poitiers « pour rendre hommage à Charles Martel ». Manuel Valls, Jean-Marc Ayrault et les associations antiracistes condamnent aussitôt l’acte, certains appelant même à la dissolution des jeunes identitaires. Un coup de pub pour un mouvement composé de seulement 300 membres. L’action était dans les tuyaux depuis l’été.

« On a préparé le coup à Lyon », confie Damien Rieu non sans fierté.

« On est les dynamiteurs »

Philippe Vardon, responsable de Nissa Rebela (le groupe niçois, donc), décrit une stratégie géographique :

« Les identitaires reposent sur trois places fortes : Nice, Lyon et Paris. Nous avons également des implantations à Lille, Bordeaux et Cannes. Notons qu’à Nice, nous avons un ancrage électoral et nous représentons un quart des militants du Bloc identitaire. »

Arnaud Delrieux, 22 ans, président de Génération identitaire et cadre dans une entreprise de logistique lyonnaise décrit Lyon comme une place forte, une sorte de bombe à retardement :

« Si les Niçois sont plus nombreux et que nous respectons cette base historique, la jeunesse à Lyon est importante. On est les dynamiteurs. »

Sur les 2 000 adhérents du Bloc identitaire en France, près de la moitié ont moins de 30 ans. Une nouvelle génération de militants d’extrême droite, rompus à l’exercice de la communication et aux réseaux sociaux. Sur les huit membres dirigeants du mouvement national Génération identitaire, trois sont Lyonnais. Et l’un des quatre interpellés de Poitiers, membre de Rebeyne, a interdiction de quitter le département du Rhône. Le journal Libération a d’ailleurs révélé que certains de ces militants étaient surveillés pour activisme d’extrême droite : ils sont même dotés d’une fiche «S» pour Sûreté de l’Etat, à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI).

Membre fondateur de 28 ans et chargé du développement des « Maisons de l’identité en France », Pierre Robesson verse dans l’analyse  :

« A Lyon, on a une génération de quatre-cinq potes de 22 ans qui portent Génération identitaire. C’est une histoire de cycles. Il y a eu les Niçois en 2002, les Parisiens en 2009, aujourd’hui, c’est Rebeyne qui est mis en avant. »

Damien Rieu tire aussi la couverture à Lyon :

« Lyon pourrait être une base pour les jeunes identitaires en France. Géographiquement, c’est stratégique : pile au milieu entre Nice et Paris… »

 

« C’est à Lyon que nous sommes devenus ce que nous sommes »

Dix ans après la création du Bloc identitaire à Nice, mouvement régionaliste, européen et islamophobe d’extrême droite, Lyon tend à jouer un rôle de plus en plus important. Dès 2002, les jeunes identitaires organisent leur premier meeting à Lyon, à l’Hôtel Charlemagne. Les « historiques » des identitaires se souviennent même de Lyon comme « le point de départ d’une grande aventure ». A la tribune du Palais des Princes d’Orange, devant plusieurs centaines de personnes, un cadre des identitaires s’est lancé dans un discours nostalgique :

« Je veux revenir sur les faits de la place des Jacobins (dans le 2è arrondissement de Lyon, ndlr) en 2004, pour la manifestation contre l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. C’est à Lyon que nous sommes devenus ce que nous sommes. Nous sommes dans un bar en train de boire quelques mousses. 200 mecs d’extrême gauche arrivent masqués. Nous sommes une quarantaine. On gagne et nous allons même soigner les blessés du camp d’en face. Il se trouvait qu’on avait dans l’équipe un infirmier et un psychologue… »

En 2009, les jeunes identitaires créent Rebeyne (« révolte » en parler lyonnais) à Lyon. Ils seront à l’origine du plus gros coup des identitaires sur la toile, quand ils envahissent le Quick halal de Villeurbanne en 2010. La vidéo sera visionnée plus de 500 000 fois sur Dailymotion. En 2011, ils récidivent avec un « rassemblement pour la liberté » en lieu et place de « la marche des cochons » interdite. A la suite de ce rassemblement dans le Vieux Lyon, des slogans islamophobes, des saluts nazis et le saccage de deux restaurants kebabs sont perpétrés précédant des actes de délinquance sur les pentes de la Croix-Rousse dans la soirée.

Non à Gabriac mais oui au FN

Composé d’une cinquantaine de membres actifs, Rebeyne est très présent sur les réseaux sociaux. Comme Nice (Nissa Rebela), Paris (Projet Apache) et Bordeaux (l’Echoppe), les Lyonnais disposent de leur local, La Traboule. « On a 80m² dans le Vieux Lyon. Nous sommes un bar associatif, mais aussi une association culturelle et sportive », explique Pierre Robesson.

« Nous avons 200 adhérents et nous faisons le tri. Il y a un entretien qualitatif pour rentrer à la Traboule », précise Damien Rieu, qui nie toutes violences dans le Vieux-Lyon. Pourtant, plusieurs plaintes ont été déposées au parquet de Lyon.

Il nie également tout contact avec Alexandre Gabriac, élu à la région Rhône-Alpes exclu du FN pour avoir fait un salut nazi, et aujourd’hui leader des Jeunesses nationalistes, spécialiste des coups de force. Pour Damien Rieu :

« Ce sont des gens avec 50 ans de retard. Je veux dire, ils ont un aigle comme symbole ! Oui, Gabriac est déjà venu à la Traboule pour la marche du 8 Décembre. Mais je peux vous assurez qu’il ne viendra plus. »

Les liens avec le Front national, eux, existeraient. Fabrice Robert, président du Bloc identitaire a appelé ce week-end à rejoindre des listes d’union pour les municipales, en particulier le rassemblement bleu marine. Si Marine Le Pen a juré repousser tout rapprochement, un militant de Rebeyne nous certifiait ce week-end que le FN du Rhône avait essayé de contacter le mouvement, en vue des élections municipales de 2014, car le parti peinerait à trouver des candidats, notamment pour composer la liste de Givors (commune communiste du Rhône).

 

 

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L'AUTEUR
Mathieu Martiniere
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