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Skyfall : attention, chute de ciel

actualisé le 14/09/2013 à 16h06

Il y avait cent raisons d’aimer Skyfall : Daniel Craig, Javier Bardem, Daniel Craig torse nu, une construction dramatique en forme de catharsis hardcore, Daniel Craig en pleine séance de rasage collé-serré, une presse internationale quasi unanime, Daniel Craig en costard à la proue d’un bateau, Daniel Craig mal rasé et les yeux bouffis par la bière, Daniel Craig un shotgun à la main… Mais il y a aussi deux raisons majeures de s’emmerder devant ce blockbuster poussif : un script paresseux et une réalisation grotesque.

Intérieur jour. James Bond est encore une fois dévoré par sa dialectique humanisme / pragmatisme : il tend une serviette mouillée à un agent touché en plein cœur, puis se lance à la poursuite d’un gangster (prénommé Patrice, pour l’anecdote). Quelques cascades en voiture plus tard, les deux adversaires rivalisent de virilité en enfourchant des motos en plein marché d’Istanbul – moins d’un an après la monstrueuse scène de poursuite de Tintin, Sam Mendes défie donc Spielberg sur le terrain de l’action. Il la joue à sa façon : grossières incrustations de Daniel Craig sur son bolide, le sourcil légèrement relevé, montage absurde, gestion de l’espace carrément approximative… Soit. James Bond se prend une balle et tombe plusieurs dizaines de mètres plus bas, dans le fleuve situé juste en dessous, puis dans une cascade, de plusieurs dizaines de mètres elle aussi.

Générique. Le morceau d’Adèle est chou comme tout, mais c’est quand même bien qu’il ne dure pas trente secondes de plus. D’autant que les images qui l’accompagnent (tout en entremêlements a priori suggestifs) devraient être ringardes juste à temps pour la sortie du film en Bluray collector.

Ellipse. James se la donne sévère dans un endroit reculé de toute civilisation, une Heineken dans une main, une indigène forcément chaudasse dans l’autre. Pour amuser la populace locale, il fait des culs-sec avec un scorpion sur la main. Au petit matin, sa position vautrée – mais toujours classe – trahit une sorte de descente aux enfers éthyliques, stoppée net par un flash de CNN à la télé : le MI6 vient d’être la cible d’un attentat. Bond cuve aussi sec, et s’en retourne au bercail de la mère Patrie.

James foire tous les tests d’aptitude, n’écoute qu’à moitié son briefing, est à deux doigts de sortir sa bite au nouveau responsable des gadgets, histoire de lui montrer qui est le patron bordel de merde, mais 1/ le responsable en question a l’air à peine majeur 2/ le rendez-vous a lieu dans un musée, et ça ne se fait pas. Une fois ces formalités réglées, direction Shanghai. Pour nous montrer qu’on est bien à l’étranger, Sam Mendes nous sort une jolie panoplie de lumières fluo. James bute Patrice en contre-jour, le laisse tomber dans le vide, puis file à Macao sur la foi d’un jeton de casino qui trainait par là.

Ragaillardi par une séance de rasage aussi érotique que possible vu les instruments à disposition, James s’en va taquiner de la femme fatale, pour finalement et ENFIN rencontrer le bad guy, au bout d’une heure de film meublée à la va comme je te pousse et parsemée d’allusions sur le passé de James – des allusions tellement subtiles qu’on finit par les oublier avec une adorable régularité.

Introducing Javier Bardem, en mode Al Super Gay avec un complexe d’Œdipe gros comme ça pour cette vieille traînée de M (his words). Avant, il était comme James, il n’était qu’une merde, mais maintenant qu’il est méchant, il gagne plein de thune en faisant ce qu’il veut (il peut même truquer les élections en Ouganda, ça montre le niveau du mec). Javier agrippe les cuisses de James à pleines mains (superbe plan en plongée, merci Sam Mendes), et laisse échapper qu’il y a une première fois à tout. Daniel, James, les deux en même temps, tout se confond, tout se brouille, bref, James Bond regarde Al Super Gay droit dans les yeux et lance « Qui te dit que ce serait ma première fois ? ». La tension monte, Javier dessoude la James Bond Girl, les renforts arrivent et tout ce petit monde s’en va chiller dans les nouveaux locaux du MI6.

Mais Javier avait tout prévu. Un virus planqué dans son ordi bousille tout le réseau et lui permet de se faire la malle dans le métro. James se lance à sa poursuite, et Sam Mendes commet alors l’irréparable. Le plan de trop. T’es là, t’essaies de rester dans le film, franchement, t’y mets même une sacrée dose de bonne volonté vu l’intérêt du bousin, et c’est comme ça qu’on te récompense. Reprenons. Nous sommes dans une situation classique, un cas d’école pour ainsi dire : pour gagner du temps, Javier et Daniel glissent sur la rampe entre deux escalators. Et là, sans crier gare, pour illustrer la descente, Mendes place sa caméra entre les jambes de Daniel Craig.

Comment un réalisateur en vient-il à se dire « Tiens, là, ce qu’il faudrait, ce serait une vue subjective de la bite de James Bond » ? C’est un fait : Sam Mendes ne sait pas réaliser de scènes d’action. Le tempo dangereusement anti-spectaculaire des Sentiers de la Perdition ne se réveillait même pas lors des rares séquences de fusillade. Les scènes de combat précédentes de Skyfall étaient ratées, et mal montées de surcroit. Mendes galère même pour filmer Daniel Craig courir, avec les sempiternels mêmes plans de côté cassant toute dynamique par leur ridicule. Mais même en prenant tout ça en considération, ce plan conserve au mieux une aura de mystère, au pire donne l’impression que le réalisateur fait quand même un peu n’importe quoi.

Au cas où il subsisterait un doute, Skyfall se conclut par un double climax, le premier à la Maman j’ai raté l’avion (avec plein de farces cachées dans la maison, hihi), le second entrecoupé de plans (ratés) à la Mario Bava. N’importe quoi, qu’on vous dit.

Daniel Craig est sans doute le meilleur James Bond, mais là, en l’état, c’est encore dur à dire.

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L'AUTEUR
François Cau
François Cau
Expendable chez So Film.
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