Appartement 16
  • 12:29
  • 18 octobre 2012
  • par Dalya Daoud

La Sécu veut étrangler un site comparateur des tarifs des médecins

1506 visites | 22 commentaires

Quatre mois à peine après avoir lancé un service en ligne de comparaison des tarifs des médecins, la dirigeante du site Fourmisanté a reçu une mise en demeure de la part de l’assurance maladie, lui ordonnant de cesser d’utiliser ses données, pourtant publiques. Un uppercut d’autant plus surprenant que ce comparateur a reçu un prix gouvernemental récompensant les meilleurs projets web utilisant… les données publiques.

« La ministre de la Santé Marisol Touraine a décidé de se battre contre les dépassement d’honoraires des médecins. Apparemment, les négociations n’aboutissent pas et ils ne sont pas prêts de s’arrêter. Je ne comprends pas que, dans ce contexte, on empêche une initiative comme la nôtre. »

Pour Barbara N’Gouyombo, la situation est ubuesque. En 2011, cette ingénieure qui a travaillé au Japon et en Angleterre lance de Lyon un site baptisé Fourmisanté, avec un slogan censé résumer l’objectif : « soignez-vous près de chez vous et gérez mieux votre budget santé ».

En avril 2012, elle l’agrémente d’un nouveau service : un comparateur de prix fonctionnant par géolocalisation, qui permet de savoir, par exemple, quel est le médecin ou encore le dentiste le moins cher de la ville dans laquelle on se trouve. Pour cela, elle utilise et sélectionne les données du site de l’assurance maladie, ameli-direct.fr, sur lequel elle renvoie d’ailleurs par un lien. Ces données sont publiques et, par conséquent, utilisables.

L’initiative est rapidement saluée, puisqu’elle est lauréate du concours Etalab, organisme interministériel pour la transparence des données publiques.

Une fourmi qui fait concurrence à la sécu

Elle va rapidement devoir balayer les cotillons. Un premier courrier lui est envoyé le 13 juillet 2012 par l’avocat de la Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS). Lequel organisme public s’offusque que les données présentes sur le site Ameli-Direct, « résultat d’investissement financier, matériel et humain substantiels » (ceux des services de l’Etat, donc), soient utilisées par fourmisanté.com, contrairement au Code la propriété intellectuelle.

Par ailleurs, pour la sécurité sociale, l’accord des médecins pour l’utilisation de ces informations serait nécessaire.

Barbara N’Gouyombo répond alors, par voie d’avocat, que l’utilisation des données publiques est bien autorisée, et que toutes les démarches ont été réalisées avant le lancement du comparateur auprès de la Cnil (commission national de l’informatique et des libertés).

Mais l’assurance maladie ne se démonte pas. Dans son second courrier, daté du 3 août, non seulement l’assurance maladie confirme sa position, estimant que ses données sont certes publiques mais non utilisables, mais accuse en outre fourmisanté.com d’induire l’internaute en erreur :

« A titre d’exemple, le site litigieux ne fait qu’indiquer le tarif d’une « consultation », sans opérer de distinction entre les « consultations classiques » et les « consultations approfondies », contrairement au site Ameli-Direct. »

Barbara N’Gouyombo ne voit pas le problème, ne prétendant pas donner autre chose, en effet, que le tarif d’une consultation classique, « ce pourquoi les gens se rendent souvent chez le médecin ».

Le site fourmisanté.com propose de simuler, à partir du tarif du médecin, et à partir de la part remboursée par la sécurité sociale et de celle qui le sera par la mutuelle, ce qui restera donc à payer par le patient. Et tandis que le site ameli-direct ne propose de connaître le tarif pratiqué par le médecin qu’en tapant le nom de ce dernier, fourmisanté.com fait dans la géolocalisation en fournissant une carte de France des soignants.

L’opendata, « de la communication politique »

L’assurance maladie semble donc se sentir d’une part spoliée et d’autre part en concurrence avec un site qui affiche 150 000 connexions par mois. Pour Barbara N’Gouyombo, cette posture défensive de la part de l’organisme public est en totale contradiction avec le mouvement opendata (ouverture des données publiques) encouragé par Jean-Marc Ayrault dès sa prise de fonction en tant que premier ministre.

« Le sujet de l’opendata n’est-il que de la communication politique ? Je ne comprends pas que l’assurance maladie veuille garder un monopole sur ses données. Il y a un vrai problème de transparence et d’information pour les citoyens qui, en période de récession, ont le droit de choisir leur médecin et de gérer leurs dépenses de santé. »

La directrice de cette TPE (très petite entreprise) a donc adressé des courriers à la ministre de l’Economie numérique, Fleur Pellerin, ainsi qu’à Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales, qui peine justement en ce moment à trouver un accord avec les médecins, pour qu’ils limitent leurs dépassements d’honoraires.

Désormais, le site de fourmisanté.com, qui propose d’autres services, s’ouvre sur une pétition demandant l’ouverture des données de l’assurance maladie, qui a recueilli pour l’heure 800 signatures.


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22 Commentaires postés

  1. Ouai bon.

    Il s’agit tout de même d’une société à but lucratif partenaires des assureurs privés.

    L’équipe fondatrice de la société éditrice de Fourmi-Santé est constitué d’ experts de sites internet grand public à orientation économique, d’entrepreneurs chevronnés de web tels, et d’économistes de la santé, parmi eux:

    M. Martin Genot : Web entrepreneur depuis 2007, Fondateur & Executive Co-Chairman de Inspirational Stores, DG de Photoways.com, Membre du Comité d’investissement du fonds de capital risque Network Finance
    Mme Annie Chicoye : Economiste de la santé. Enseignante et directeur executif de l’Institut du Management de la Santé à l’ESSEC

    Partenaires : Good assur, France Mutuelle, et des comparateurs d’assurances mutuelles.

    Pas vraiment des anges désintéressés…

    Pour une fois, je vais soutenir la CNAM :
    Il y en a marre de ces privés qui font du fric avec les données publiques.
    Et entre l’assurance maladie et les assurances privées, mon choix est vite fait…

    • « Il y en a marre de ces privés qui font du fric avec les données publiques. »
      Vous plaisantez ou quoi ??? L’ouverture des données publiques c’était justement ça le but : créer de l’emploi et de nouvelles entreprises en utilisant ces données de façon pertinente, pour informer les citoyens qui n’ont pas que ça à faire que de déchiffrer et utiliser des données brutes !
      L’opendata, c’est la création de nouveaux services.

      • C’est vrai qu’il y a eu un sacré lobbying pour obtenir que ces données soit systématiquement gratuites. Personellement je pense que si une entreprise fait du fric avec ces données, elle devrait payer une contrepartie à l’état : Les emplois seront créés, les citoyens informés, les investisseurs enrichis et l’état sera dédommagé : que demande le peule?

        • « …et l’état sera dédommagé… »
          L’état a déjà été dédommagé, puisque ces données ont déjà été financées par nos impôts, cotisations sociales et taxes diverses. C’est le principe même de l’open data : la donnée a été financé, elle doit pouvoir être réutilisée, y compris par les entreprises. Demander à ces mêmes entreprises de financer l’utilisation de ces données revient à tuer dans l’oeuf des services qui ne pourront pas démarrer faute d’argent…

    • Bon ben restez avec sur le site améli avec une recherche très fastidieuse et laissez les gens qui veulent avoir accès à un service différent aller sur ce site.

      Je préfère filer de l’argent à une start-up plutot qu’à des fonctionnaires qui demandent 10 emails pour régulariser une consultation mal remboursée … Vous les trouvez désintéressés quand ils vous emmerde pour économiser 3 € ?

    • C’est pas des enfants de coeur certes, mais bon, le but pour eux, ils offrent un service ( connaître les professionnels pas trop cher avec une interface plus sympathique que le fait l’assurance maladie . ) . Ils savent que si ça marche ils peuvent gagner beaucoup avec leur pub ciblée.

      Pour moi rien a dire , ça ne porte pas préjudice au professionnel , si tu as pas de clientèle tu fais des prix bas , si tu es débordé tu refuse du client / tu augmente tes prix / tu contacte les administrateur du site comme quoi tu n’accepte plus des nouveaux clients.

      Et pour le consommateur tu as tes informations, tu réfléchis sur ta mutuel ils gagnent de l’argent et toi tu es mieux assuré. Au final le système est gagnant – gagnant …

    • En France, on a un grave mais alors un énorme problème :-/ Des gens travaillent pour répondre à un besoin, entreprennent, prennent des risques et sont accusés de vouloir faire de l’argent !!
      C’est une mentalité pire que basse, pire que lamentable. Je suis entrepreneur, mon constat est navrant et flagrant , continuez donc d’enviez les gens qui créent des emplois et de la valeur et sortez vous le doigt du c.l !!! !! Continuez de penser que l’état va tout régler, et continuez de jalouser les entrepreneurs pour de mauvaises raisons … après étonnez vous que « tout le monde » se barre hors des frontières :-/ Foutu mentalités

    • En France, on est toujours jaloux et chagrin de ceux qui créent des richesses et de la valeur ajouté. .

  2. Mais il y a mieux que les applications non-officielles. J’ai cité plus haut l’exemple de Open Plan B en Allemagne, on peut aussi citer aussi la kyrielle d’API (interfaces de programmation) non-officielles qui se multiplient, à Montpellier , en Suisse , en Belgique . Ceux qui développent ces outils font en quelque sorte le boulot que les détenteurs de données ne veulent pas faire. En voulant contrôler leurs données, ils encouragent l’émergence de tels services et in fine, abandonnent encore davantage leur capacité à maîtriser l’usage qui en est fait.

  3. c’est une blague, ce site, il apporte rien,
    c’est juste une entreprise pour faire du pognon en vendant du matériel « médical » !

  4. Pour arranger tout le monde, il suffirait peut-être d’indiquer de manière plus visible la source des données, et de proposer un lien un peu moins discret vers Ameli-Direct.

    En tout cas, j’ai pas trouvé ce lien sur Fourmisanté, et je n’ai pas non plus trouvé tous les médecins de mon quartier, qui figurent pourtant sur Ameli-Direct.

    Bref, les deux parties en conflit pourraient se voir un peu plus complémentaires et moins en concurrence, et ça devrait aller mieux…

    • C’est normal que vous ne trouviez pas de lien vers le site d’ameli, vu que la partie « service comparateur de prix » n’existe plus sur le site des fourmis! On leur a demandé de l’enlever… Et apparemment ils l’on fait. J’hallucine, qu’est-ce que ça pouvait foutre à la sécu que ce service existe. C’est pourtant bien de savoir combien on va lacher chez un pédiatre avant d’y aller, j’ai eu parfois de très mauvaises surprises!

  5. Les patients sont une fois de plus les couillons dans cette affaire.Et les médecins s’enfoutent,ils ont bradés le serment Hippocrate,Comme nous sommes en bout de chaînes ,c’est nous les grands couillons qui vont payés la note et je suis sùre que certains lui disent encore merci!

  6. Les « Ronds de cuir » de « l’Insécurité sociale » lisent trop KAFKA et
    semblent plus sensibles aux injonctions du MEDEF, qu’à l’intérêt
    des malades et de leurs soignants.
    Dernière Imbécillité en date : ( quelles arrières-pensées ? )
    L’obligation faite aux médecins de mentionner les médicaments
    non substituables A LA MAIN ,ET A GAUCHE de la feuille de soins !
    Même la bureaucratie Militaire est moins ridicule… Au Fait ! Les
    Silences du Conseil de l’Ordre est assourdissant !

  7. Ah tiens, quelle coïncidence, Chicxulub apprend les démêlés de FourmiSanté dans le Canard Enchaîné du 17, et paf, le lendemain, un article sur Rue89Lyon !
    Chicxulub n’accuse personne, mais ne peut s’empêcher d’être troublé, surtout que l’information n’est pas toute neuve (connue depuis 6 semaines, cf http://www.fourmisante.com/presse.html)

    Mais Chicxulub a toujours eu mauvais esprit. D’ailleurs, il a signé la pétition.

  8. Vas y Barbara, rentre leur dans le chou a ces cons. De toute facon on finit toujours par aller voir le toubib qui nous convient, cher ou pas. En tout cas, moi, je suis pas cher et une semaine sur deux, dans ma salle d’attente, il y a les Chippendales ou des intermittentes du Crazy Horse en alternance. Parité oblige…