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"Le désastre programmé du Lyon-Turin"

La partie de votre article sur « les notav français » s’appuie sur le témoignage de trois membres de la « coordination des associations et collectifs contre le Lyon-turin », qui ont sans doute le mérite d’être très disponibles et d’aimer avoir leur nom publié dans un media. Je me permets de vous rappeler que l’opposition française au Lyon-Turin compte également le collectif (ou comité, pour faire plus italien) No Tav-Savoie, qui existe depuis un an, a un blog et même une adresse email.

Ses membres n’ont certes ni barbe grise ni titres d’élus à faire valoir, mais ont cependant beaucoup de choses à dire contre le désastre programmé que constitue le Lyon-Turin.
Ce chantier est malheureusement bien plus qu’une « entourloupe » sur les chiffres de son coût, ou la énième illustration des collusions d’intérêts dans ce genre de méga-projets.

Comme vous pourrez le lire sur notre blog, le Lyon-Turin c’est aussi : 15 ans de travaux, c’est-à-dire de circulation de camions chargés de déblais (360 par jour en moyenne) pour certains avec de l’amiante, l’équivalent de 12 pyramide de Kéops de déblais à stocker côté français, l’assèchement de versants entiers (sources drainées par les tunnels), le bétonnage irrémédiable de terres agricoles.
Les premiers travaux (descenderies de reconnaissance en maurienne) et les procédures d’Enquête d’Utilité Publique ont déjà démontré le mépris total du maitre d’oeuvre RFF pour les populations habitant sur le futur tracé.
Les « élites » qui ont décidé depuis longtemps de faire ce projet s’assoient ostensiblement sur tous les rapports défavorables, même émanant d’institutions étatiques (Autorité Environnementale, Cour des Comptes…), et encore plus sur les indignations citoyennes sagement exprimées lors de la dernière enquête publique de l’hiver 2012.

Un désastre donc, mais pour quoi ? Pour continuer à faire passer plus de marchandises (d’ailleurs inexistantes aujourd’hui d’après les statistiques officielles, mais passons, ce projet n’est pas vraiment fait pour être utile ou rentable, encore moins pour « mettre les camions sur les trains » la bonne blague, mais pour fabriquer ex nihilo sales boulots pour quelques ouvriers, et mega profits pour les groupes de BTP) toujours plus vite, dans des trains roulant au nucléaire et pas particulièrement silencieux, pour que la concurrence entre les peuples et l’épuisement des ressources continue de plus belle, et prolonger de quelques années de plus l’illusion absurde de la Croissance, pour faire de l’acharnement thérapeutique sur notre projet de société qui a bien prouvé, qui prouve chaque jour un peu plus, combien il est mortifère pour les humain.e.s et ce qui les entoure.

« le Lyon-Turin c’est une vision », disait hier encore un de ses promoteurs.
C’est effectivement une vision, une illusion, une croyance dans le Mythe de la croissance matérielle infinie dans un monde fini, qui nie sur son passage destructeur toute possibilité d’une économie locale, décente, à taille humaine.

L’enjeu du Lyon-Turin va donc bien au-delà de son inutilité économique prouvée, de son coût pharaonique (les dernières estimations réalistes sont actuellement à 30 milliards au total, que nous paierons toutes et tous en regardant fermer écoles, hopitaux, lignes non rentables et autres désuets services sociaux) et de ses nuisances durables dans les vallées alpines.

Est-ce qu’on veut vraiment saccager la montagne pour continuer d’y faire passer ces foutus containers (qui contiennent quoi, d’ailleurs??), et faire gagner une petite heure aux business-men pressés entre Lyon et Turin ??

Ou est-ce qu’on arrête le délire et qu’on s’ouvre d’autres possibilités de vie ??

Les italien.ne.s en lutte du mouvement NoTav se posent ces bonnes questions-là, et leur lutte constitue déjà une piste de réponse, en tout cas quelque chose d’un peu plus enviable et joyeux que de regarder passer les marchandises dans un corridor industriel.

Le collectif notav-savoie va en tout cas continuer à porter ces questions politiques sur la place publique, et particulièrement auprès des habitant.e.s concerné.e.s par le tracé, sur les 200kms entre avant-pays savoyard, nord-Grésivaudan et Maurienne.

A bientôt j’espère,

Thibault pour notav-savoie

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