La Grenobloise
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Jonathan, le look de "petit con" pour effacer le handicap

Dans le cadre du mois de l’accessibilité qui se tient à Grenoble du 15 septembre au 15 octobre, le groupe d’entraide mutuel d’Échirolles a ouvert ses portes au public fin septembre. L’occasion pour l’un de ses adhérents, Jonathan Mouri, traumatisé crânien depuis 2007, de parler d’un handicap aux symptômes invisibles.

Il est facile de reconnaître Jonathan Mouri. Démarche claudicante, look débraillé et cigarette glissée derrière l’oreille, il contraste quelque peu avec les autres adhérents du groupe d’entraide mutuel (GEM) d’Échirolles. Enthousiaste, ce jeune homme de 25 ans perd souvent le fil de sa pensée et a du mal à articuler. Mais « ce n’est pas grave ». Il offre un spectacle étonnant, dans lequel ses mots et ses mains agitées se mêlent. « On dirait un italien n’est-ce-pas? », lance-t-il.

Cette gaieté, « Jo » la conserve tout au long de son récit. Même quand il évoque sa vie « d’avant », et l’accident qui l’a rendu infirme à 80%. Avant justement, Jonathan était un jeune fêtard qui aimait brûler la chandelle par les deux bouts.

« Jusqu’à mon accident de voiture en 2007, j’ai consommé beaucoup de produits, et, sans m’en rendre compte, je passais à côté de ma vie ».

Ensuite, tout s’est enchaîné très vite. Coma, amnésie, fauteuil roulant, rééducation, il a compris sur le tard que sa vie ne serait plus jamais la même. Le déclic a eu lieu le jour de ses 20 ans.

« Ce jour-là, on m’avait apporté en cachette une bougie plantée dans un pot de Danette. Et le pire dans l’histoire, c’est que j’étais très heureux sur le moment. C’était la première fois depuis mon accident de voiture que je pouvais manger autre chose que de la nourriture pour bébé. Mais maintenant que je repense à ce jour, fêter ses 20 ans avec un pot de yaourt, c’est misérable. C’est l’évènement le plus traumatisant de toute ma vie ».

Amour de la poésie et look rock’n roll

De son accident, Jonathan ne garde finalement que peu de souvenirs, sinon le sentiment qu’il aura été une « chance », d’une certaine manière.

« J’ai pu sortir de la sphère infernale de la drogue sans m’en rendre compte. Comme j’avais totalement oublié mon addiction, je n’ai jamais ressenti de manque. Mon sevrage a été des plus simples. »

Restent les séquelles physiques, et le désir de retrouver son indépendance.

Dans cette optique, il réapprend à vivre seul et tente de se construire une nouvelle vie. Nouveaux amis, nouvel appartement. Aujourd’hui, l’une des seules choses qu’il conserve de sa « première vie », c’est son amour pour la poésie, et son look de « petit con ». Une apparence qui lui permet de se protéger du « regard condescendant » des gens.

« À cause de mon look de marginal, on m’a toujours regardé avec méfiance, et du jour au lendemain, on s’est mis à me considérer comme une pauvre petite chose. On me prenait en pitié. Mais je n’ai pas besoin de pitié. C’est pour éviter cela que j’ai ré-adopté cette allure rock’n roll. Les gens me voient d’abord comme un mauvais garçon. En plus, mon articulation approximative laisse penser que je suis ivre. Ce n’est peut-être pas très valorisant, mais au moins, ils ne pensent  pas que je sois une personne handicapée, même si je n’ai pas honte de l’être. Et de mon côté, cela me permet de me reprendre en main seul, et de regagner mon indépendance ».

Il a rejoint le GEM d’Échirolles et y fait des « rencontres intéressantes » :

« La semaine dernière par exemple, j’ai appris à cuisiner un gratin. Cela peut paraître anodin, mais j’étais tellement fier. »

Vivant avec 800 euros mensuels versés par l’allocation pour adulte handicapé, ses mots se font plus indécis lorsqu’il aborde son avenir professionnel.

« Je voudrais travailler dans le domaine associatif. J’aime me rendre utile, apporter ma pierre à l’édifice, même si maintenant, je ne peux plus transporter que des petits graviers. Tant que cela me préserve de la solitude, et que je suis entouré de personnes, je peux tout faire. Je suis très bavard vous savez. Mais ça, vous vous en êtes sûrement déjà rendu compte ».

Par Amandine Bourgoin

 

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