Appartement 16
  • 16:19
  • 10 octobre 2012
  • par Laurent Burlet

Eau du Grand Lyon : la gauche de Collomb rentre dans le rang

474 visites | 7 commentaires

A peine le président PS du Grand Lyon a-t-il annoncé le renouvellement d’une gestion de l’eau déléguée au privé, que ses alliés de gauche rangeaient leur poing au fond de la poche, abandonnant leur combat politique pour le passage à une régie publique.

Eau-Lyon-Gauche-Collomb

La gestion de l’eau est l’un des dossiers politiques les plus chauds de l’agglomération lyonnaises. Notamment parce que Veolia (ex-Compagnie Générale des Eaux) gère depuis 30 ans la ressource, pratiquant les prix parmi les plus élevés de France. Et parce qu’au moment où ce contrat prend fin, la majorité de Gérard Collomb est divisée sur le sujet. Ses alliés de gauche ont lancé il y a un an avec des syndicats et associations* une vaste campagne avec pétitions et réunions publiques, pour le passage à une régie publique, sur le modèle d’autres villes telles que Grenoble et Paris.
Deux ans avant les municipales, les communistes (PCF), la gauche alternative (GAEC) et les écolos (EELV) signifiaient leur refus de voir des pans entiers de services publics confiés au privé. A l’image du renouvellement contesté du marché de la collecte des déchets.
Mais une fois de plus, il a suffi que Gérard Collomb siffle la fin de la partie, pour que ses alliés les plus proches rentrent dans le rang. Le président du Grand Lyon a annoncé lundi devant la presse, ce qui n’était pas un secret, à savoir son choix de reconduire une gestion déléguée au privé. Le tout, couplé à une promesse de baisse du prix de l’eau de 20%. Cette position sera votée le 12 novembre en conseil communautaire. En réaction, mardi, les groupes PCF et GAEC se “félicitaient des avancées” sur le dossier. Seuls le groupe EELV a mal pris l’affaire en estimant, avec un jeu de mots choisi, que c’était “la goutte d’eau qui fait déborder le vase”.

Les communistes et la gauche alternative passent au privé

Les premiers à réagir par voie de communiqué de presse aux propos de Gérard Collomb furent les communistes. Mécontents d’un article paru dans Le Progrès (papier), où il était écrit que le groupe communiste “s’est opposé au maintien du principe de délégation”, les principales figures du PCF à la communauté urbaine ont corrigé, saluant au passage “les avancées obtenues”, notamment la baisse du tarif de 20%.

Faut-il alors comprendre que les communistes sont favorables au principe de déléguer au privé la gestion de l’eau ? Nous avons contacté le responsable du groupe au Grand Lyon, Willy Plazzi, pour une explication de texte.
Il affirme que le groupe “continue de travailler pour aller vers une régie”, d’ici le vote du 12 novembre. Tout en sachant qu’il ne reste pas beaucoup de marge de négociation pour les communistes puisque Gérard Collomb a annoncé que seule la durée de la délégation de service public (huit ou dix ans) était encore à l’étude.
Le groupe GAEC partage la posture des communistes. Joint par téléphone, Yves Fournel, le responsable du groupe et adjoint à la petite enfance à la mairie de Lyon, résume la posture :

“Si la durée de la délégation est de huit ans, on votera pour”.

Il justifie ainsi son changement de position  :

“la prochaine majorité issue des élections municipales de 2014 pourra préparer un passage en régie.”

Pour lui, les arguments techniques présentés en groupe de travail aboutissent à la conclusion qu’une régie en 2015 n’était pas possible :

  • Un problème juridique et de ressources humaines pour reprendre le personnel de Veolia
  • L’incapacité actuelle des services du Grand Lyon à intégrer cette nouvelle charge de travail.

Carte-Petition-Eau-Lyon

La carte postale-pétition édité par le collectif pour un retour en régie dont font toujours partie le GAEC et le PCF

“Qu’ils assument leurs convictions !”

L’animateur du collectif pour le passage en régie, le syndicaliste (FSU), Jean-Michel Drevon, se montre extrêmement remonté contre l'”attitude anti-démocratique” de Collomb qui “décide tout seul” mais est au moins aussi agacé par les arguments avancés par les groupes GAEC et PCF, toujours intégré dans le “collectif pour le retour en régie”.
Tout d’abord, Jean-Michel Drevon affirme qu’une baisse de 15% aurait pu être obtenu en régie et que c’est un “minimum” au regard du contrat “léonin” qui a été signé avec Veolia. Ensuite, il estime qu'”il n’y a aucun obstacle, ni problème technique au passage en régie. Seule la volonté politique fait défaut” :

“On paye déjà les « 371 salariés actuels » de Veolia et au prix fort actuellement. Autre mensonge de Collomb : de par la loi, dans le cadre d’une régie, ce ne seraient pas des « fonctionnaires » mais des salariés de droit privé”.

Enfin, il ne croit pas aux promesses de Gérard Collomb qui affirme que le contrat prochain serait mis à profit pour préparer un éventuel passage en régie ou une “mixité de fonctionnement” (régie/privé) :

“Il a l’art de promettre la lune pour demain à ses « amis », à condition qu’ils votent, aujourd’hui, pour ce qu’il a décidé d’imposer. Et il parait que cela marche !”

Il enfonce le clou :

“Que le GAEC et le PCF assument leur position, en votant en fonction de leurs convictions et non en fonction de la chance que leur vote a d’être majoritaire”.

Il compte leur “mettre la pression” dès samedi, avec les “4 heures pour le retour à une régie publique de l’eau”. La date avait été choisie avant l’annonce de Gérard Collomb. Nul doute que la table ronde où interviendront les élus GAEC et PCF du Grand Lyon risque d’être mouvementée.

Tour de chauffe avant les municipales

Cela devient une habitude. EELV, le troisième groupe politique à défendre la régie publique de l’eau, va montrer ses divisions au grand jour. Le responsable du groupe, Paul Coste, le concède. Les quatre vice-présidents écolos et Alain Giordano (le maire du 9e arrondissement) vont “être obligés” de s’abstenir sur la reconduction de la délégation de service public.
Les autres devraient voter contre. Paul Coste :

“Contrairement à ce qu’a écrit Le Progrès, nous sommes les seuls à être très clairement pour le retour en régie. Tous les arguments développés par Collomb me font tomber de ma chaise”.
L’élue communautaire du 1er arrondissement Emeline Beaume, qui considère également “choquant” le fait que Collomb s’adresse d’abord aux journalistes avant les élus, analyse ces différents positionnements comme un “tour de chauffe” avant les municipales de 2014 :

“On va voir qui sont les plus courageux, à gauche, vis-à-vis de Gérard Collomb. Lesquels sont les plus dépendants du maire de Lyon. On verra alors ceux qui sont prêts à partir, à Lyon, de leur côté ou avec les socialistes lors des municipales de 2014”.

Parmi ceux tentés par une liste autonome à la gauche de Collomb, on trouve la maire socialiste du premier Nathalie Perrin-Gilbert qui, “au mieux” va s’abstenir sur la délibération. Elle s’en est expliqué sur son compte Twitter :

“La question de la gestion de l’eau pose celle de notre conception de l’intérêt général collectif. Il ne m’a pas semblé que les entreprises avaient fait leur preuve à Lyon de leur capacité à renoncer à leur profit pour gérer ce bien commun dans le meilleur intérêt de chacun-e des habitants-usagers-citoyens du Grand Lyon”.

Une troisième élue du premier arrondissement, la communiste Nawel Bab-Hamed explique que, “dans les conditions actuelles du débat, [elle] ne peut voter pour”. Elle précise :

“Je ne peux pas argumenter auprès des citoyens un vote pour une délégation de service public”.

*Organisations membres du collectif pour un retour en régie publique : CGT69, UGICT Grand Lyon, FSU69, Solidaires69, ACER, ATTAC, CNL, CGL, CSF, LDH, MFPF, Cidefe, COVRA, Initiative Citoyenne Vaulx-en-velin, GAEC, EELV, PCF, PG, Les Alternatifs, GU, FASE, NPA.

> Article modifié le 10 octobre à 18h suite aux tweets de Nathalie Perrin-Gilbert


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7 Commentaires postés

  1. Un cas d’école pour le Front de Gauche, et singulièrement pour le PCF. Au delà de ses déclarations radicales, le Front de Gauche est-il capable de maintenir son indépendance face à la gestion libérale pleinement assumée par le PS (d’une municipalité dans le cas présent) ? Ou bien “passera t-il sous la table” face aux exigences du PS, en mettant en sourdine son programme, chaque fois que la survie de ses élus, de ses alliances… sera en cause? De son comportement dépend la crédibilité de sa radicalité affichée !

  2. et alors là c’est pas un havard ni meme un hamelin qui va etre capable de nous faire bouger le barron…

  3. De source sûre: ce n’est pas la position politique de la fédération du Rhône du PCF, ni celle des communistes de Lyon, alors soit ces élus communistes ont pris leurs libertés vis à vis des positions de leur parti soit la retranscription de leurs propos n’est pas tout à fait exacte. Si le journaliste a bien fait son travail, il doit savoir que le président du groupe communiste a mal fait le sien en ne représentant pas fidèlement la position des différents élus, si le président du groupe a bien fait son travail, c’est le journaliste qui n’a pas relayé l’information de façon exacte, où se situe la faute, je ne le sais pas, je préfère n’y voir aucune malice d’un côté comme de l’autre.
    D’autre part Nawel Bab-Hamed est loin d’être la seule élue communiste communautaire à s’opposer farouchement à la Délégation de Service Public.

    Quoi qu’il arrive la position du PCF et du front de Gauche est le retour à la régie publique et le refus de la DSP dans les délais nécessaires pour mettre en place un service de qualité (bien moins que 8 ans cela va de soi).

    • Que c’est compliqué, la position du FdG! Les uns disent ceci, mais la position c’est celà, les autres pensent celà… Non! La vérité, c’est que le PCF n’est pas sorti de la contradiction suivante: être ou ne pas être dans l’opposition au PS, alors que celui ci, applique sa politique sociale libérale, gère loyalement la boutique, et même un peu plus… Ce qui est vrai à Lyon, l’est d’ailleurs dans d’autres municipalités (parfois le PCF reconduit la gestion de l’eau dans le privé, alors qu’il dirige la municipalité), dans les régions… Tant que ses rapports au PS n’auront pas été clarifiés, sa crédibilité en souffrira: c’est que tout le monde n’a pas oublié le désastre de “la Gauche plurielle”, quand ils étaient ministres.

    • @avanti. Nous n’avons pas pu confirmer ce que vous affirmez concernant les positions politiques de la fédération du Rhône et des communistes de Lyon. Quant au président du groupe communiste, il a cosigné un communiqué de presse avec le vice-président du Grand Lyon Gérard Claisse et Rolland Jacquet. Les trois s’exprimaient au nom du “groupe communiste” (cité 3 fois dans le communiqué).
      Mais si vous avez des noms de communistes communautaires qui “s’opposent farouchement à la délégation de service public” (pour reprendre votre expression), n’hésitez pas à nous les suggérer.

      • “le groupe « continue de travailler pour aller vers une régie »” je reprends mot pour mot votre texte, question, trouvez-vous que ce propos illustre un ralliement à la DSP voulue par Collomb?
        Ou bien nous ne partageons pas une signification identique des mots de la langue française, ou bien vous essayez de tordre vers une conclusion partisane des paroles qui portent un autre sens?
        Vous devriez avoir à ce jour un communiqué de presse de la fédération du PCF qui clarifie les choses. J’espère que vous en ferez état de la même manière.
        Dans certaines sphères on est facilement perméable à certains partis-pris, celui de cet article s’accorde étrangement avec la violente attaque qu’une élue d’EELV a mené à l’encontre du PCF et du Front de Gauche assez récemment, j’espère juste qu’il s’agit d’une coïncidence.
        Maintenant si vous désirez avoir la position politique du PCF sur certaines questions, je crois que le numéro de la fédé du PCF est dans les pages blanches.

        Je vous laisse faire votre travail de journaliste et d’investigation, que vous faites, je n’en doute pas, d’excellente manière, d’autant que j’apprécie votre publication, que je sois d’accord avec le fond ou que je ne le sois pas n’est pas important, il me paraissait en l’occurrence que la vérité avait été quelque peu “replâtrée” dans cet article.

  4. A écouter le président de la communauté urbaine, les élus n’avaient pas d’autres choix. “Intégrer 371 personnes (qui aujourd’hui travaillent chez Veolia, Ndlr), ça ne se fait pas en claquant des doigts. Et puis une fois que vous les embauchez, ce sont des fonctionnaires, c’est pour la vie”, a-t-il développé. “Telles que les choses nous ont été présentées, c’est vrai que c’était compliqué, notamment parce que tous les personnels ne travaillent pas à 100% sur le contrat lyonnais”, reconnait Paul Coste (Europe Ecologie les Verts), pourtant favorable au passage en régie.