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Lom de l'art

Vu de mon canapé, le décès de l’acteur Herbert Lom, le 27 septembre dernier, est un peu passé inaperçu. Antoine de Caunes lui a bien rendu hommage sur Tweeter mais à part quelques courtes nécros dans la presse, c’était à peu près tout. Vient alors la grande question que certains se poseront : mais qui diable est Herbert Lom ?

De méchants débuts

Lom a connu une certaine gloire en incarnant longtemps le commissaire Charles Dreyfus, malheureux supérieur de l’inspecteur Clouseau dans la série des Panthère Rose de Blake Edwards. Face à Peter Sellers, Lom parvenait souvent à lui voler la vedette lorsqu’il rentrait dans l’un de ses fameux accès de rage, après que Clouseau lui eut coincé les doigts dans un tiroir, mis le feu à son bureau ou l’eut poussé dans un lac trois fois de suite. Mais la carrière de Herbert Charles Angelo Kuchacevich Schluderpacher, son véritable nom, était déjà bien remplie lorsqu’il obtint ce rôle dans Quand l’inspecteur s’emmêle (Blake Edwards, 1964), la première aventure de Clouseau.

Né le 11 septembre 1917 à Pragues, Herbert débute à l’âge de vingt ans dans un film tchèque, Zena pod Krizem (1937) pour lequel il décide sans trop hésiter de prendre le pseudonyme de Lom (le nom le plus court disponible dans l’annuaire) en remplacement de son interminable patronyme. L’invasion nazie le fait quitter dare dare la Tchécoslovaquie en 1939 et c’est à Londres qu’il pose ses valises pour reprendre sa carrière de comédien.

Avec ce physique de bulldog aux yeux globuleux, Lom se fait une spécialité des personnages douteux, tueurs, voyous et autres dingues, et ce durant presque une décennie. Rarement en haut de l’affiche et souvent non-crédité, il obtient tout de même un rôle majeur dans Dual alibi (Alfred Travers, 1948) dans lequel il incarne deux frères jumeaux trapézistes. Sa carrière démarre véritablement à partir de 1950.

Cette année-là, il décroche des rôles importants dans Les Forbans, de Jules Dassin aux côtés de Richard Widmark et dans La salamandre d’or, de Ronald Neam avec Anouk Aimée et Trevor Howard. Du fin fond de la distribution, Lom commence à gravir les échelons. Il est même en tête d’affiche dans L’assassin a de l’humour (Guy Hamilton, 1952) dans lequel il incarne un notaire tellement véreux que même la police rechigne à le protéger quand des lettres de menaces arrivent sur son bureau.

Petite parenthèse au théâtre lorsqu’en 1953, Herbert monte sur les planches dans la comédie musicale Le roi et moi, au Drury Lane Theatre de Londres, avec le rôle du Roi de Siam qu’il va tenir durant 926 représentations.*

Tuer Clouseau !

En 1955, dans le formidable Tueurs de dames (Alexander MacKendrick), Lom croise pour la première fois la route du presque débutant Peter Sellers (et celle d’Alec Guinness, en prime). Suivent L’enfer des tropiques (Robert Parrish, 1957) avec Robert Mitchum et Rita Hayworth, et surtout Spartacus (Stanley Kubrick, 1960) où il fait grande impression. En 1961, il incarne un inquiétant capitaine Némo dans L’île mystérieuse (Cy Enfield) et apparaît dans Le fantôme de l’opéra (Terence Fisher, 1962), une production de la Hammer pour lequel il obtient le rôle-titre.

« Jouer un tel rôle a été une merveilleuse expérience » expliquait-il. « Mais j’ai été déçu par le résultat. Cette version du fameux livre de Gaston Leroux était un peu barbante. Le Fantôme n’avait pas grand chose à faire mais au moins, pour une fois, ce n’était pas moi le méchant. »

En 1964, il est engagé par Blake Edwards comme souffre-douleur de l’inspecteur Clouseau dans Quand l’inspecteur s’emmêle. Dans le rôle du commissaire Dreyfus, il apparaîtra dans les quatre épisodes suivants tournés jusqu’à la mort de Sellers en 1980, ainsi que dans Le fils de la Panthère Rose en 1993. « J’étais ravi qu’on m’offre ce rôle » raconta Lom. « Mais il est devenu une sorte d’épée à double-tranchant car on n’a plus jamais cessé de m’associer à ce personnage. » De film en film, Dreyfus deviendra de plus en plus obsédé à l’idée de tuer Clouseau, jusqu’à être interné en asile psychiatrique. Dans le dernier film tourné avec Sellers, La malédiction de la Panthère Rose (1978), devenu une sorte de super-méchant à la James Bond, Dreyfus menaçait de faire péter la planète si on ne lui offrait pas la possibilité d’exterminer le policier gaffeur.

Une gentille fin de carrière

Son physique, inquiétant durant la première partie de sa carrière, va lentement s’adoucir et lui permettre d’aborder des personnages plus sympathiques, plus tendres et même des personnages de héros. Durant les années 70, Lom s’offre quelques frayeurs dans une série de films d’épouvante tels que Asylum (1972), And now the screaming starts ! (1973) et dans Les nuits de Dracula (Jesus Franco, 1970) où, dans le rôle du professeur Van Helsing, il affronte le légendaire Christopher Lee.Entre deux épisodes de la Panthère Rose, Herbert revient à des rôles plus sérieux. Il incarne notamment le Dr. Amstrong dans l’adaptation du bouquin d’Agatha Christie Dix petits nègres (Peter Collinson, 1974), puis le médecin de Christopher Walken dans Dead Zone (David Cronenberg, 1983) avant de jouer dans une autre adaptation de Dix petits nègres (Alan Birkinshaw, 1989), cette fois dans le rôle du Général. Les rôles de méchants sont toujours au programme, notamment dans des nanars tels que Allan Quatermain et la cité de l’or perdu (Jack Lee Thompson, 1985).

A la télévision, on va le retrouver durant les années 60 dans des séries telles Disney parade, Human Jungle (durant deux saisons), Des agents très spéciaux ou encore Hawaï Police d’état. En dehors des plateaux, Lom avait une passion pour l’histoire et l’écriture, ce qui le poussa à commettre deux livres, Enter a spy : the double life of Christopher Marlowe, en 1971, puis un second sur le thème de la révolution française, Dr Guillotin, The eccentric exploits of an early scientist en 1992. Lom était parvenu à en vendre les droits pour des adaptations cinématographiques mais à ce jour, aucun des deux bouquins n’a été adapté.

Herbert Lom est mort dans son sommeil à 95 ans, à Londres, le 27 septembre 2012. Et l’inspecteur Clouseau n’y est pour rien.

Ça vous paraît beaucoup ? A Broadway, Yul Brynner l’a joué 4525 fois entre 1952 et 1985…

 

 

 

 

 

 

 

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Jeff Riviere
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