Vu de mon canapé
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Elémentaire…

Vue de mon canapé, la résurrection cinématographique de Sherlock Holmes, débutée en 2009 et confirmée l’année dernière (avec un nouveau projet pour 2014), a quelque chose de rassurant en cette période de recrudescence de super héros. L’idée qu’un détective londonien du dix-neuvième siècle et son compère toubib accèdent aux sommets du box office avec pour seuls atouts leur sens de la déduction et une loupe, est plutôt rafraichissante. Mais cela donne envie d’en savoir plus sur certaines des précédentes adaptations du personnage imaginé par Sir Conan Doyle en 1887. Car avant que le réalisateur Guy Ritchie ne dépoussière le mythique duo Holmes-Watson en le faisant interpréter par les désinvoltes et bondissants Robert Downey Jr. et Jude Law, les précédentes incarnations des deux héros ont rarement laissé place à la fantaisie.

Tout commence véritablement en 1939 avec la première adaptation du Chien des Baskerville par Sidney Lanfield. Basil Rathbone, grand échalas guère sympathique, commence sa longue carrière dans le rôle de Sherlock Holmes, épaulé par Nigel Bruce dans celui du bon Dr. Watson. Le duo va faire équipe jusqu’en 1946 et se séparer après quatorze films dont les histoires n’auront parfois qu’un lointain rapport avec les romans de Conan Doyle. Ainsi, dans Sherlock Holmes And The Secret Weapon (1946), Holmes et Watson doivent retrouver une arme avant qu’elle ne tombe entre les mains… des nazis.

En 1959, Terence Fisher (et les productions Hammer, célèbres dealers de films d’horreur) nous livrent une formidable version du Chien des Baskerville avec un Peter Cushing véritablement habité par le personnage. Le Dr. Watson apparaît sous les traits rondouillards et rassurants d’André Morell et le résultat continue, aujourd’hui encore, de donner la chair de poule même si l’affreux toutou (qui n’apparaît vraiment qu’à la fin du film à l’instar du requin des Dents de la mer) fait un peu sourire en raison d’effets spéciaux que l’on pourrait qualifier de naïfs, c’est à dire résolument foireux. En 1968, Cushing retrouve Sherlock dans une série de 16 téléfilms produits par la BBC avec Nigel Stock dans le rôle de Watson. Il y apparait hélas fatigué et amaigri, une sorte de Holmes à la retraite qui enquête sans jamais mettre le nez dehors, le budget de la série ne devant pas permettre de tourner ailleurs que dans d’exigus studios, d’où cette impression de théâtre filmé un peu étouffante et cheap.

Bien que Conan Doyle n’ait jamais lancé Holmes sur la piste de Jack l’éventreur dans ses romans, deux films vont s’en charger avec des fortunes diverses. Dans Sherlock Holmes contre Jack l’éventreur (James Hill, 1965) John Neville incarne le détective d’une façon très théâtrale et guindée, flanqué d’un Watson bedonnant plutôt grincheux et inutile (Donald Houston). On étudie ici l’hypothèse selon laquelle le fameux Jack, assassin de quatre prostituées dans le quartier de White Chapel, aurait été le dernier rejeton d’une grande et noble famille, mis à l’écart par ses proches pour cause de dinguerie et porté sur l’équarrissage des femmes de petite vertu, comme on disait alors. Sur le même thème, Meurtre par décret (Bob Clark, 1979) avec un éblouissant Christopher Plummer, étudie la thèse d’un tueur membre de la famille royale. Dynamique, passionné, faisant preuve d’une grande sensibilité mais doué pour la bagarre, Plummer peut cette fois compter sur un excellent Watson (James Mason), toujours présenté comme un bon pépère, mais un peu plus efficace et plus vif que ses prédécesseurs.

Deux films explorent la vie privée du célèbre détective et peuvent prétendre au podium des meilleures adaptations de l’univers de Conan Doyle. L’on y décrit les travers du héros et son addiction à la drogue, des aspects jamais évoqués dans les précédents films, morale oblige. Le premier, La vie privée de Sherlock Holmes (Billy Wilder, 1970) flirte avec le chef d’oeuvre. Peter O’Toole et Peter Sellers furent envisagés pour incarner Holmes et Watson mais c’est finalement le ticket Robert Stephens / Colin Blakely, excellents tous les deux, qui va l’emporter. Les relations ambigües entre les deux personnages sont sciemment tournées en ridicule et l’intrigue réserve de belles surprises et quelques guest stars (le monstre du Loch Ness himself et Christopher Lee dans le rôle de Mycroft Holmes, frère de Sherlock). Dans Sherlock Holmes attaque l’Orient Express (Herbert Ross, 1976), titre idiot quand on sait que l’original est The seven per cent solution (rapport à la cocaïne que s’enfile le détective quand il s’ennuie), Holmes est un camé paranoïaque que le Dr. Watson envoie se faire soigner en Autriche chez Sigmund Freud. Confier le rôle de Watson à Robert Duvall était plutôt gonflé (un peu comme si Stallone jouait dans Orgueil & préjugés), mais l’on finit par s’y faire et le duo qu’il forme avec le tourmenté Nicol Williamson as Sherlock Holmes finit par convaincre, épaulé par un Laurence Olivier en fin de carrière dans le rôle de Moriarty.

L’originalité de la parodie Elémentaire, mon cher… Lock Holmes (Thom E. Eberhardt, 1988), est que Watson (Ben Kingsley) est le véritable enquêteur. Holmes n’existe pas, il n’est que le fruit de l’imagination du docteur pour préserver son anonymat. Mais lorsque la Reine demande à voir le célèbre détective en personne, Watson se voit contraint d’embaucher un acteur pour incarner Sherlock Holmes. Or l’acteur en question, joué par Michael Caine, se révèle être un abruti alcoolique totalement incontrôlable. Une version guère politicaly correct mais imaginative et drôlissime.

Enfin, en 2009 avec Sherlock Holmes et en 2011 avec Sherlock Holmes 2, Jeux d’Ombres, Guy Ritchie réussit l’exploit de respecter l’oeuvre de Conan Doyle tout en remisant au rayon des antiquités les adaptations précédentes, figées dans le temps comme des statues par une vision du personnage ultra académique et convenue, à l’exception des films de Billy Wilder et d’Herbert Ross. Indépendamment des prouesses techniques (et les films de Ritchie en regorgent), le Dr. Watson de Jude Law n’est plus un pré-retraité dont on entend grincer les articulations, mais un jeune médecin dynamique et téméraire, et il sera désormais bien difficile d’incarner Sherlock autrement que ne le fait Robert Downey Jr. : impertinent, bagarreur, manipulateur, menteur, dragueur, bordélique mais génial… Vivement Sherlock Holmes 3 !

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Jeff Riviere
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