Appartement 16
  • 8:27
  • 3 septembre 2012
  • par Rue89Lyon

Roms : petit manuel administratif pour une expulsion réussie

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Rue89Lyon s’est procuré le compte rendu des réunions de préparation du démantèlement du camp de Roms de La Tronche (Isère) le 26 juillet dernier, entre les services de la préfecture, ceux de la mairie et les entreprises impliquées. Ce document interne à la commune décrit comment il faut procéder pour réussir une expulsion.

Compte-Rendu-Expulsion-Roms-La-Tronche-Isere

Depuis l’arrivée au pouvoir de François Hollande, près de 3000 Roms ont été expulsés de leur squat ou de leur bidonville, sans que l’on sache précisément comment s’organisent ces évacuations. D’où l’intérêt du document interne à la ville de Tronche (Isère) que nous nous sommes procuré et qui retrace la préparation et l’évacuation d’un bidonville d’une centaine de personnes, le 26 juillet.

C’est à la Tronche, petite ville (maire UMP) de 6000 habitants de l’agglomération grenobloise, au pied du massif de la Chartreuse, que s’est déroulée l’une des premières expulsions de camps de Roms depuis la prise de fonction du nouveau gouvernement. Elle est intervenue le lendemain des déclarations du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, sur « l’obligation de prendre des décisions de démantèlement de campements roms ».

Le document, intitulé « Compte rendu journée du 26 juillet 2012 : expulsion du camp des Roms » (voir le pdf au bas de l’article), est une compilation des réunions entre la préfecture de l’Isère, la municipalité, la police et les « entreprises intervenantes » en amont de l’expulsion, à laquelle a été adjointe la « main courante » qui reprend minute par minute le déroulement du jour-J. Ce briefing contient plusieurs recommandations.

1/ Limiter les images de l’expulsion

Le contrôle de la communication de l’opération est la première préoccupation de Jean Rampon, directeur de cabinet du préfet de l’Isère si l’on en croit la chronologie des discussions retranscrites dans le compte rendu d’une réunion de préparation une semaine avant le démantèlement. Alors que les participants évoquent le déroulement des opérations le jour de l’évacuation, le bras droit du représentant de l’État dans le département donne ses recommandations pour que le démantèlement se déroule en deux temps.

« Le Directeur de cabinet du Préfet souhaite que l’évacuation précède de quelques heures la sécurisation. En effet il souhaite éviter l’effet amalgame évacuation/pelleteuse. Cette dernière ne débutera que vers 14 heures. Les engins de chantier seront positionnés à proximité », relate le document.

Pour sa défense, il convient de préciser qu’une opération similaire le 1er septembre 2011 avait eu mauvaise presse. Les images tournées ce jour-là par l’équipe de France 3, notamment, montraient les caravanes englouties sous les yeux de leurs anciens occupants. Hors de question de faire la même erreur de communication pour le camp de La Tronche.

En montant le démantèlement en deux temps, moins de risque de voir diffuser des images similaires. Mais par précaution, le collaborateur du préfet souhaite également limiter l’accès des journalistes au site.

« Ce dernier ajoute qu’il serait bien de sensibiliser les habitants du Manhattan (une résidence en copropriété voisine du camp, NDLR) à ne pas permettre aux journalistes de pouvoir entrer chez eux afin de réaliser des reportages qui pourraient nuire à l’opération », note le compte rendu.

2/ Tenir bon face à la pression médiatique

En ultime recours, si les journalistes en manque d’images et de témoignages du voisinage cherchent à contacter les élus, Jean Rampon leur glisse un dernier conseil que retranscrit le document.

« D’une manière générale, la préfecture a souhaité faire passer le message selon lequel il était nécessaire d’être prêt et de tenir bon face notamment aux diverses pressions qui en découleront ».

Contactée par Rue89Lyon pour réagir à la publication de ce document, la préfecture affirme que « le jour de l’intervention, la presse audio, TV et radio à pu faire son travail, y compris dans le périmètre concerné par l’opération ». Des déclarations contredites par le témoignage d’un premier journaliste arrivé en milieu de matinée sur les lieux et qui se souvient avoir été bloqué à quelques dizaines de mètre du camp. D’autres journalistes arrivés plus tôt dans la matinée sur place avaient cependant pu se rapprocher.

« Lorsqu’on est arrivé, la rue était fermée, le directeur de cabinet du préfet nous a fait passer mais nous n’avons pas eu accès au camp directement », détaille Faïza Garel de France 3 Alpes.

3/ Evacuer la question du relogement

C’était une promesse de campagne de François Hollande. Il n’y aurait plus de démantèlement de camp sans solution d’hébergement. La circulaire en la matière, préparée mercredi dernier lors de la réunion interministérielle est entrée en application seulement mardi. Elle demande aux préfets « l’anticipation et l’accompagnement des opérations d’évacuation » grâce à « un travail coopératif (avec les associations engagées dans les actions d’insertion) afin de dégager pour les personnes présentes dans ces campements des solutions alternatives » en matière de scolarisation, de soins, d’hébergement et d’insertion professionnelle.

Mais pour cette opération datant du 26 juillet à La Tronche, aucune circulaire n’était à ce moment-là en vigueur. Et le directeur de cabinet du préfet ne se soucie que très brièvement du relogement des familles :

« Il nous demande si la commune a prévu un hébergement pour les Roms qui seront expulsés du site. C. (du service Urbanisme de la mairie de La Tronche NDLR) explique que la commune ne dispose d’aucun terrain susceptible de les accueillir ».

L’échange entre la préfecture et la mairie de la Tronche en restera là.

 Le bidonville de La Tronche quelques heures après son évacuation. La pelleteuse entre en action. Photo extraite de la « main courante ».

4/ Empêcher les expulsés de s’installer ailleurs

Puisqu’il n’y a pas de solution d’hébergement, il faut faire en sorte que le bidonville se déporte ailleurs sur la commune ou sur les communes environnantes. Un intervenant de la Police nationale conseille un dispositif de surveillance :

« Nécessité de mettre en place une sorte de vigie sur la semaine suivant l’évacuation auprès de l’ensemble des services qui tournent sur la commune ».

Lors d’une réunion suivante concernant le « calage technique », le commissaire de police en charge de l’opération donne ses ordres à la société de gardiennage qui assurera la sécurité des lieux après l’expulsion.

« La société REFLEX, prévue pour la surveillance de nuit [patrouillera] à partir de 13 h 00 sur les terrains qui pourraient être squattés, puis une présence sur site après 17 h 00, en plus d’une présence jour et nuit sur le premier week-end ».

Une fois la « vigilance accrue sur les terrains inoccupés », il convient également d’informer les communes voisines du démantèlement pour éviter que les personnes expulsées ne s’y installent. Une consigne respectée, 10 heures après le début de l’expulsion selon la main courante de l’opération.

« 16 heures : Contact [avec les] villes de Corenc et Meylan pour les informer de l’expulsion ».

Après plusieurs heures d’errance, le groupe de 120 Roms expulsés se dispersera finalement pour s’installer dans divers squats de l’agglomération grenobloise, dans des maisons inoccupées de la commune de La Tronche et dans un bâtiment désaffecté en face de la Maison de la Culture de Grenoble.

5/ Se soucier du confort des forces de l’ordre

Lors de la précédente opération, de recensement cette fois-ci, sur ce camp de Roms de La Tronche au mois de mai dernier, les conditions climatiques étaient difficiles. La pluie était venue tremper ce terrain où l’on pataugeait déjà dans la gadoue alors que les forces de l’ordre dénombraient 141 personnes dont 2 personnes en situation irrégulière. Une trentaine d’obligations de quitter le territoire (OQTF) avaient également été distribuées.
Alors, pour éviter de renouveler cette situation marécageuse, la police a pris ses dispositions.

« Le Directeur de la Sécurité Publique de l’Isère demande s’il est possible que la commune mette à la disposition de la Police Nationale les deux chapiteaux dont elle dispose », relate le compte rendu de la réunion de préparation du démantèlement.

Deux toiles qui seront installées au moment de l’opération en travers de l’impasse, pour que les forces de l’ordre forment sous cet abri anti-intempéries, le dernier sas de contrôle pour la file de familles expulsées et leur unique bagage autorisé.

« Tant qu’il y a des affaires à faire sur le terrain, les personnes évacuées vont rester à proximité », prévient au passage le commissaire en charge de l’opération avant de conclure « Prévoir le café pour les policiers. »

6/ Suivre minute par minute l’expulsion

La Ville de La Tronche a joint à son document interne la « main courante » de l’expulsion qui reproduit minute par minute l’évacuation du terrain où l’on apprend que les militants associatifs présents sur place sont qualifiés d’« anarchistes »ou de « lesbiennes » et que la Police Nationale appelle du renfort à 18h15 pour faire « éclater les groupes qui se sont constitués ».

Le suivi méticuleux du traitement médiatique de l’évacuation est une nouvelle fois mis en exergue. Le dispositif présent sur place note qu’en milieu de matinée, l’équipe de « France 3 s’est installé sur le toit du Manhattan », malgré les recommandations du directeur de cabinet du préfet.

L’annotation « 3 appels de riverains satisfaits de cette opération », vient conclure le minutage de l’opération.

7/ Epilogue : Récupérer le terrain « squatté » pour en faire une aire de jeux

L’expulsion de ce terrain ne s’est pas fait suite à une procédure judiciaire initiée par son propriétaire, aux abonnés absents, mais après plusieurs mois de procédures entamées par la municipalité. Un cas suffisamment rare pour être souligné. D’autant que la municipalité devrait récupérer la possession du site si le tribunal civil en décide ainsi.

« La mesure d’expropriation est en cours pour abandon de terrain, nous envisageons de construire une petite aire de jeux et un parking », annonce déjà à Rue89Lyon Hervé-Jean Bertrand Pougnand, Maire (UMP) de la ville de La Tronche, un mois et demi seulement après le démantèlement.

http://www.rue89lyon.fr/wp-content/uploads/2012/08/Compte-rendu-Expulsion-26-07-OK2.pdf


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19 Commentaires postés

  1. Le démantèlement du camp de La Tronche est un des derniers cadeaux d’au revoir, avec, par ailleurs, un paquet d’OQTF, du préfet Le Douaron, qui a finalement été remplacé.
    On ne le remerciera jamais assez pour son obéissance servile aux ordres du gouvernement sarko et de son ministre de l’intérieur Guéant, sans parler d’une municipalité toute acquise à ces méthodes, elle qui a longtemps refusé d’inscrire les enfants du camp dans les écoles 🙁

    Quelle aurait été la différence si l’expulsion avait eu lieu après la parution de la circulaire Valls ? Une méthode plus humaine ? un relogement ? … ?????????

    • @Bidou : merci de respecter la charte des commentaires du site Rue89Lyon.

      • Ah oui, la charte qui vous assure de pouvoir censurer tout commentaire qui n’irait pas dans le sens de l’idéologie du parti, j’avais oublié que je m’étais égaré sur un infâme site de propagande gauchiste, mes excuses, je retourne m’informer et m’instruire ailleurs.

  2. @DoumiaM Votre commentaire a été modéré. Merci de renvoyer directement au JT de France 2 s’il vous paraît apporter quelque chose au débat.

  3. Pour les quelques milliers de Roms, il y a quand même une première circulaire interministérielle qui change (un peu) les choses et il est certain qu’il y a peu d’OQTF et encore moins d’expulsions. Mais pour les autres « sans papiers » (plusieurs centaines de milliers ?), de très nombreux préfets continuent leur obéissance servile aux ordres du gouvernement précédent : on m’a par exemple parlé du cas d’un étranger qui a fait une demande de régularisation depuis plus d’un an dans les Yvelines et qui attend toujours une réponse alors qu’il est passé depuis 5 mois devant la commission, qu’il remplit les conditions prévues par le Code des étrangers et qu’il y a des interventions d’élus socialistes dans son dossier.

  4. J’habite à côté de cet ancien bidonville, c’était insupportable au quotidien… Je suis bien content qu’ils se soit fait virer….

    • Pour ma part, j’habite à côté de la maison de la culture à Grenoble, là où une partie des personnes expulsées s’est réfugiée dans un entrepôt. Je peux comprendre que l’on se plaigne du bruit que peuvent faire ces personnes, cela dit, je reste choquée de voir des petits enfants traîner toute la journée devant l’entrepôt squatté par leurs familles, jouer avec des bouts de ferraille et à proximité du boulevard où passent beaucoup de voitures. Expulser ces gens d’un terrain et détruire le peu de biens qu’ils possèdent est pour un moi un signe d’inhumanité, on ne fait que déplacer le « problème » comme on dit. Mais bon, chacun pour sa gueule, ces gens n’avaient qu’à naître dans le bon pays et la bonne ethnie n’est-ce pas?

      • C’est une question de mode de vie, et non d’ethnie. Si une personne d’origine roumaine ou bulgare vient en France et s’adapte à notre mode de vie, elle ne posera aucun problème, vous voyez du racisme là où il n’y en a pas. Sans doute êtes-vous vous-même raciste ou intolérant car c’est bien connu, on voit toujours la paille dans l’oeil de son voisin et jamais la poutre dans le sien.

      • C’est simple banane, prenez une famille ou 2 chez vous, ce sera un signe d’humanité et vous participerez ainsi à ce magnifique avenir du grand vivre tous ensemble.

    • Insupportable ? c’est drôle, c’est le mot employé par vos voisins quand on leur interroge sur vous et le voisin que vous êtes

    • A Klappa : Insupportable ? c’est drôle, c’est le mot employé par vos voisins quand on leur demande comment c’est de vivre à côté de vous.

  5. @Anastasia. Votre commentaire a été modéré. Merci de respecter la charte des commentaires de Rue89Lyon.

    • Anastasia, votre commentaire est stupéfiant de bêtises, de méconnaissance de la situation, et de racisme. Et comme le chante françois Béranger, Anastasia l’ennuie m’anesthésie.

  6. @El Baradi : merci de respecter la charte des commentaires du site Rue89Lyon.

  7. La lecture de tout ça me donne la nausée, j’ai tellement honte d’être française dans ces cas là. Ou plutôt j’aimerais que l’on puisse retirer la nationalité française à Le Douaron, au maire de la Tronche et à leurs associés dans le crime.

  8. Si lors d’un diner en ville vous sortez une phrase du style « moi j’aime pas les arabes/juifs/noirs », vous devriez vous attirer des réactions outragées (enfin il faut espérer!)
    Par contre lancez un « moi j’aime pas les roms », je doute qu’on réagisse beaucoup, ou alors pour aller dans votre sens.
    Y a encore du boulot pour la lutte anti-raciste

  9. Dans les deux cas, vous tombez sous le coup de la loi.

  10. Je travaille de nuit et je peux pas me garer sur mon parking pour rentrer chez moi dormir.. Comment je fais !!?? Si ils en ont visiblement rien à foutre de ma geule franchement moi!! J en ai strictement rien à battre de la leur!!! Qu’ils dégagent !!!