Société 

Olympique Lyonnais : la méthode discount

actualisé le 21/06/2016 à 17h32

« On s’fait chier, on s’fait chier, on s’fait chier », c’est par ce chant élégant que les Bad Gones ont pris l’habitude de manifester leur ennui les soirs de match. Ambitions à la baisse, coupe d’Europe au rabais, effectif limité, mercato apathique : pas de quoi faire vibrer les nostalgiques des années fastes. Quelle saison les Lyonnais vont-ils pouvoir assurer?

Après une décennie de suprématie nationale et de rêve tout éveillé, le retour à la réalité est difficile à avaler pour les supporter de l’OL. Et si les dernières saisons ont déjà laissé un goût bien amer dans la bouche de certains, celle qui s’ouvre dans quelques jours ne laisse rien présager de meilleur.

Cette année il va falloir serrer les dents. Avec des comptes déficitaires à hauteur de 9,3 millions d’euros par rapport à 2011. Il s’agit pourtant du 2e budget de ligue 1 (145 millions d’euros), mais pas question pour le club d’investir en masse sur un marché des transferts qu’il a toujours largement animé.

 

Toujours pas de recrue

Quelques cibles potentielles ont certes été évoquées, mais rien de ronflant : Benjamin Corgnet, une seule saison de ligue 1 à son actif ; Leo, défenseur méconnu de Cruzeiro (Brésil).

Ou encore Steed Malbranque, ancien lyonnais avant son départ pour l’Angleterre voilà onze années déjà. C’est toutefois en sa faveur que l’OL serait prêt à finaliser sa première acquisition de la saison. En faveur d’un joueur qui sort d’une saison blanche après une arrivée-départ rocambolesque à Saint-Etienne l’année dernière. Tout un symbole de la puissance et de l’attractivité en berne de l’ancien ogre du championnat de France.

Car si l’OL éprouve les plus grandes difficultés à se renforcer, la saignée au sein de l’effectif professionnel a, elle, bien commencé. Ederson, Mensah et Källström sont partis, et les départs programmés de Michel Bastos (Emirats Arabes Unis), d’Aly Cissokho (Naples ?) voire d’Hugo Lloris (Tottenham) pourraient rapidement suivre.

D’autres noms plus séduisant tels que Sakho ou Chantôme (PSG) étaient pourtant revenus avec insistance, mais de l’aveu même de Bernard Lacombe, conseiller du président lyonnais, les deux joueurs resteront Parisiens cette année. Toutefois, selon les dernières rumeurs, Paris pourrait céder aux jérémiades de Jean-Michel Aulas, en laissant Milan Bisevac rejoindre les rangs lyonnais… en prêt.

 

Pâle figure

Il faut se rendre à l’évidence : l’OL a du mal à attirer de grands joueurs.

Et si à une époque il a été facile pour le sextuple champion de France de mettre la main sur les meilleurs joueurs de L1, voire certaines figures du foot européen, ce temps est désormais révolu. Les joueurs approchés préfèrent signer chez les nouvelles têtes de gondoles du foot français : le Lille OSC, le PSG, voire Montpellier.

Et bien qu’il soit impossible de rivaliser avec Paris, et son mercato pharaonique à 100 millions d’euros, il n’est pas interdit de regarder du côté de Lille qui réussit un marché de qualité (Marvin Martin, Salomon Kalou, Steve Elana…), grâce à la vente d’un seul joueur, Eden Hazard, parti à Chelsea pour 40 millions d’euros.

Lyon a longtemps réussi de nombreux « gros coups », en vendant à prix d’or ses top-players sur le marché des transferts (Diarra et Benzema, 26 et 35 millions d’euros au Real Madrid, Essien et Malouda, 38 et 21,5 millions d’euros à Chelsea, Abidal, 16 millions d’euros vers Barcelone…). Mais le club ne semble aujourd’hui plus en mesure de réaliser la moindre plus-value sur un joueur de son effectif, devant même se résoudre à vendre à perte.

Ne reste donc pour le club qu’une solution pour se renforcer cette saison : faire confiance aux jeunes du centre de formation. Cette méthode discount, instituée sous l’ère Garde par le président Aulas pour mettre un terme au train de ministre que le club s’était habitué à mener après des années de succès, semble porter ses fruits.

 

Appolon Tiraspol plutôt que Real Madrid

Lacazette, Pied, Gonalons, Grenier, ou encore Umtiti et Benzia ont vu la porte s’ouvrir de plus en plus largement au sein du groupe pro, et ont réalisé la saison dernière, des prestations parfois largement au dessus de celles de leurs ainés, Cris, Gourcuff ou autre Gomis. De quoi laisser augurer d’un retour au premier plan pour l’OL ?

En championnat, le pari jeunes joueurs/cadres revanchards, sur le modèle du Montpellier de la saison précédente, pourrait paraitre judicieux. Malheureusement, les attentes légitimes pour l’OL ne s’arrêtent pas à de simples victoires contre Lorient, Brest ou Sochaux. Ce qu’ils veulent, c’est «taper» le Real Madrid à la maison. Et là, difficile de garantir le marquage de Cristiano Ronaldo par Umtiti, ou de miser sur un triplé d’Alexandre Lacazette.

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas cette année que le public de Gerland pourra le vérifier. Pour la première fois depuis douze ans, la Ligue des Champions ne passera pas par Lyon. Les FC Barcelone, les Milan AC ou Bayern Munich, ce sera sur Playstation. Car cette saison, place aux ternes rencontres de la Ligue Europa, la compétition réservée aux seconds (voire aux quinzièmes) couteaux européens. Appolon Tiraspol, Shamrock Rovers, Videoton FC ou CFR Cluj (les bains), voilà quelques clubs qu’aura peut-être à affronter l’OL cette année. Ça fait rêver.

 

Un grand stade pour la ligue 2?

L’OL fait déjà tellement rêver que les revenus issus de la billetterie ont baissé de 1,3 million d’euros l’année dernière, tout comme les produits de la marque, qui accusent un manque de 5,8 millions d’euros par rapport à l’exercice précédent. Des chiffres qui ne vont sûrement pas s’améliorer cette année au vu de l’avant saison très moyenne que réalise l’Olympique Lyonnais : une défaite, deux nuls et deux victoires arrachées aux tirs au but après des prestations assez poussives.

Comment ne pas se demander si l’équipe attirera toujours autant de spectateurs à l’heure où le Stade des lumières, et ses 58 000 places, doit voir le jour fin 2014. Au rythme auquel l’OL décline sportivement, rien n’empêche aujourd’hui d’imaginer un scénario catastrophe à la « Le Mans », ou à la « Grenoble », qui, au plus fort de leur développement, avaient lancé la construction de leurs nouvelles enceintes. Des enceintes aujourd’hui quasi-désertes pour ces clubs relégués en Ligue 2 et en CFA, suite à leur gestion hasardeuse.

Si l’OL semble plus solide financièrement et administrativement que ces confrères, la stabilité et la nervosité semble gagner les esprits au rythme des médiocres résultats sportifs.

 

Aulas dézingue à tout va

Même son président, Jean-Michel Aulas, longtemps protecteur à l’égard de ses joueurs et de son club, jusqu’à en frôler parfois le ridicule, en vient à s’attaquer frontalement à ses protégés :

« La saison dernière, un certain nombre de joueurs ont pourri le vestiaire. Ils n’ont pas joué le jeu alors qu’il y avait de la place pour gagner le titre et la Coupe de la ligue. Il y a eu une pression néfaste des pharaons ou des dinosaures de vestiaires. Je ne veux plus de ça. »

Déçu de l’attitude et du manque de performance, le boss de l’OL s’est lâché dans la presse. En première ligne le «policier» Cris, plus proche aujourd’hui du gendarme en pré-retraire que du justicier des surfaces :

« Cris ne peut plus rester avec nous. […] Claude Puel l’avait fait re-signer car il le craignait. Le duo Koné-Lovren n’a pas trouvé ses marques car Cris a freiné leur évolution. »

Et le président ne s’arrête pas là, en planifiant même le départ de ses joueurs :

« Il paraît qu’Aly Cissokho a changé d’agent et que ça va aller mieux, alors il va partir. »

Cet OL 2012 pose plus de questions qu’il n’apporte de certitudes. Reconquérir le championnat de France ? L’espoir fait vivre, mais après une saison et une trêve aussi mornes, pas dit que cela soit pour demain.

 

 

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L'AUTEUR
Frederic Bonzom
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