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Quoi de neuf pasteur ?

actualisé le 14/09/2013 à 16h13

Dans l’esprit embrumé de tous les trentenaires nostalgiques, Kirk Cameron est à jamais Mike Seaver, l’adorable sauvageon de la sitcom Growing Pains (Quoi de neuf docteur ? en français). Que les thérapeutes en herbe se rassurent : l’ado turbulent a muté en messie castrateur et donneur de leçons.

Kirk Cameron découvre Dieu à l’âge de 17 ans, au zénith de sa gloire au sein de la sitcom qui le vit grandir. Rapidement, le born again christian vire évangéliste, et se sent investi d’une mission prosélyte : il se servira de sa renommée pour propager la parole divine au plus grand nombre, avec l’inconditionnel appui de son épouse Chelsea Noble (rencontrée sur le plateau de Growing Pains). Le plan est en place, Kirk a Dieu de son côté, les années 90 seront siennes. Sauf si, bien sûr, Cameron enchaîne les choix de carrière hasardeux et ne tait rien de ses intentions à qui veut l’entendre… C’est bien simple, dans cette décennie de labeur, ses deux plus gros succès seront les (atroces) téléfilms Growing Pains, séquelles tardives d’un show qui n’avait déjà plus rien à dire.

Les années 2000 seront plus florissantes. Kirk s’acoquine avec les pontes de Cloud Ten Pictures, un studio indépendant spécialisé dans les productions de films chrétiens – un nouveau marché alors en pleine expansion avec le succès surprise du thriller The Omega Code.

Kirk Cameron prend la tête du casting de la trilogie Left Behind, annoncée comme le plus ambitieux des projets cinématographiques chrétiens. L’adaptation de la saga littéraire de Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins, racontant la lutte d’une poignée de justes pour sauver l’humanité de l’Antéchrist, dans un monde traumatisé par le Ravissement biblique.

Le premier épisode fait penser, dans sa conception, aux transpositions fleuves des romans de Stephen King pour le petit écran : des téléfilms plats, aux scènes “d’action“ désespérément anti-spectaculaires, où des personnages vulgairement dégrossis tentent de résumer des enjeux ravalés à de poussives caricatures. Les scènes illustrant le Ravissement sont à ce titre des sommets de grotesque, qui peinent cependant à justifier la vision de cet invraisemblable pensum mou du genou. Kirk Cameron, raide comme la justice, campe un reporter intrépide, prêt à tout pour exposer la vérité sous le regard énamouré de son épouse Chelsea Noble, qu’il a réussi à caser dans le casting. Après une pénible série d’épiphanies religieuses, le film jette l’innocente Chelsea dans les griffes de l’Antéchrist, le politicien Nicolae Carpathia.

Le deuxième épisode, Tribulation Force (2002), est de très loin le plus pénible de la série. Les personnages passent leur temps à discuter à bâtons rompus de leur foi, tentent de convaincre les esprits égarés de reconnaître Jésus-Christ comme leur sauveur pour le salut de leur âme. En dehors d’un hilarant craché de boule de feu par deux rabbins devant le Mur des Lamentations, quasiment tout est à jeter. MAIS SECOUE-TOI, KIRK, la douce Chelsea succombe au charme musqué de l’Antéchrist…

Comme son titre le laisse supposer, dans World at War (2005), on ne rigole plus. On fait même appel à Louis Gossett Jr, le héros des Aigle de Fer et des Dents de la Mer 3, pour jouer le Président des Etats-Unis. L’action s’emballe enfin, n’importe comment, mais qu’importe. Les bondieuseries des personnages principaux se font encore plus solennelles, l’Antéchrist roule toujours plus des mécaniques, Chelsea revient dans le droit chemin, Kirk est juste, non, il EST la justice. C’est même lui qui convertit le Président à la fin, c’est dire. La trilogie Left Behind est achevée (reconnaissant la piètre qualité des films, Cloud Ten Pictures annonce un remake depuis quelques années), mais curieusement, le pire reste à venir.

Dans Fireproof (2008), Kirk Cameron est Caleb Holt, pompier émérite de la ville d’Albany. Il a beau se la donner sévère au boulot, à la maison, ce n’est pas la joie. Il passe son temps devant Internet pour ne pas affronter les acrimonies de son épouse. A force de battre de l’aile, son mariage finit par se crasher, et les deux époux consentent à divorcer. Tandis que sa future ex femme se fait dragouiller par un médecin anti-sexy au possible, Caleb se confie à son père, qui lui conseille de soumettre son union à un ultime test de 40 jours. Avec l’aide de son born again christian de paternel, d’un collègue croyant et de la Bible, Caleb repart à la conquête de sa femme. D’une intolérable durée de deux heures, Fireproof accumule les scènes au ton docte, au sérieux pontifiant, et aux envolées mystiques moralisatrices. Le film se voudrait touché par la grâce, il n’est qu’assommant et puissamment ridicule – en témoigne cette scène où, franchissant un cap crucial, Caleb fracasse son pauvre PC à coups de batte de baseball après avoir hésité à cliquer sur un spam coquin.

Aujourd’hui, Kirk Cameron est un télévangéliste aussi doucereux qu’hargneux dans le talk show religieux The Way of The Master. Il part régulièrement en croisade contre quiconque semble s’opposer aux voies impénétrables du Seigneur : ses cibles s’étendent de Stephen Hawking (cet enfoiré de scientifique niant régulièrement l’existence de Dieu) à John Lennon (ce salopard qui a osé chanter « Imagine there’s no heaven, it’s easy of you try »). Invité récemment sur CNN par Piers Morgan, il a réaffirmé son opposition au mariage gay, et à l’homosexualité en général.

Il vient de produire le documentaire Monumental, un retour aux sources de SON Amérique, hommage très personnel aux fameux Pères Fondateurs ou à d’emblématiques monuments. La bande-annonce, entamée par un discours fédérateur de Ronald Reagan, nous dévoile Kirk Cameron dans toute sa cauchemardesque beauté mégalomane. Sûr de lui, arrogant, intolérant, sectaire jusqu’à l’autisme, apôtre exalté de sa vision du monde et contempteur farouche des restes de l’humanité, Kirk est finalement devenu Nicolae Carpathia, celui qu’il combattait dans les Left Behind. Et il ne fait aucun doute que le Mike Seaver de Quoi de neuf docteur ? se foutrait bien de sa gueule avant de reprendre un Coca.

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François Cau
François Cau
Expendable chez So Film.
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