Environnement  Société 

Woopa : l'immeuble qui réveillera le Carré de Soie ?

actualisé le 24/10/2013 à 14h57

Woopa n’est pas le nom du dernier restaurant à la mode mais celui d’un bâtiment implanté au Carré de Soie de Vaulx-en-Velin. Conçu comme une vitrine du développement durable et de l’économie sociale, l’édifice présente une caractéristique majeure : il produit plus d’énergie qu’il n’en consomme.

Woopa, un des premiers bâtiments à énergie positive / Christine Chaudagne

Au Carré de Soie, à Vaulx-en-Velin, la façade vitrée d’un immeuble flambant neuf étincelle au soleil, tranchant avec les grues des chantiers environnants. Un temps idéal pour les 1600 m2 de panneaux photovoltaïques qui seront installés à terme sur ses toits.

Inauguré ce jeudi 28 juin en grande pompe par le maire de Lyon, Gérard Collomb et le président de la région, Jean-Jack Queyranne, le site a été présenté par Bruno Lebuhotel, l’enthousiaste président de Quadriplus Groupe (un réseau de coopératives) à l’origine du projet ainsi :

« Il s’agit d’un des bâtiments les plus performants d’Europe ».

Rien de moins.

Autre « élément clef » selon le président de Quadriplus, quatre immeubles accueilleront à terme 85 logements sociaux dont la moitié en location. De quoi « faire vivre » le quartier de la Soie, encore peu habité.

L’arrivée de nouveaux résidents pourrait également bénéficier au centre commercial du Carré de Soie qui a encore du mal à décoller. Si plusieurs entreprises devraient s’installer sur les sites des anciennes usines Tase et Yoplait, l’équilibre entre habitations, commerces et entreprises n’a pas encore été trouvé, malgré des atouts économiques certains.

Le projet s’appuie en effet sur les prix fonciers assez bas pratiqués sur ce secteur. Si l’on ne connaît pas exactement le prix auquel le Grand Lyon, ancien propriétaire, a cédé le terrain à Woopa, les prix de location des nouveaux bureaux restent suffisamment bas. Bruno Lebuhotel, qui estime que le quartier a « un bel avenir devant lui », détaille :

« Nous louons 160 euros/m2, alors qu’à la Confluence, c’est près de de 230 euros/m2. »

En avance de huit années

Affublé du doux nom de « Woopa », l’immeuble n’est pas seulement peu gourmand en électricité. Il en produit également, et même plus qu’il n’en consomme.

Il existerait actuellement en France une centaine de bâtiments à énergie positive (Bepos), estimait le journal Les Echos en juin. Selon la réglementation thermique 2012 (RT2012), entrée en vigueur en octobre 2011, les constructions neuves doivent être des bâtiments basse consommation (BBC). Plus précisément, leur consommation d’énergie ne doit pas excéder 50kWh/m2/an, notamment grâce à une optimisation de l’isolation.

Un bâtiment à énergie positive se situe environ au même niveau de consommation. Mais, différence de taille, il est abondamment pourvu en moyen de production. De l’énergie solaire pour l’essentiel. Les Bepos ne deviendront la norme qu’avec la RT2020. En avance de huit ans, Woopa préfigure en réalité aujourd’hui ce qui deviendra la règle demain.

Colza et soleil

L’immeuble est d’abord estampillé « Zéro Carbone ». Comprendre par là qu’il n’émet pas de dioxyde de carbone et n’utilise que des énergies renouvelables. Puits de lumière, façades à ossature bois, système d’éclairage économe, tout a été pensé pour réduire au maximum les besoins énergétiques.

« Le chauffage est réglé pour l’ensemble du bâtiment, vous ne trouverez aucun thermostat dans les salles. Mais, même quand il faisait -15° cet hiver, nous avions 20° ici ».

L’été, la fraîcheur est également assurée par la nappe phréatique sur laquelle est construit l’édifice. L’eau « à 16° au mois d’août » refroidit le bâtiment via un système de canalisations coulé dans une dalle de 40cm d’épaisseur. Une clim’ écologique autant qu’économique.

Seconde étape : la production d’énergie. Le chauffage est assuré par la cogénération (production simultanée de chaleur et d’électricité) à l’huile de colza et des chaudières à granulés de bois. Clef du dispositif : 1600m2 de panneaux solaires représenteront près de 60% de l’électricité produite.

Le modèle est-il reproductible ? 

Le choix du solaire s’est très vite heurté au moratoire sur les aides publiques à l’énergie solaire de 2010, explique Bruno Debuhotel :

« Nous avions déjà établi notre plan de financement et le prix de rachat de l’électricité par EDF est passé de 42 à 12 centimes d’euros par kilowattheure (kWh). Du coup, un de nos investisseurs s’est retiré car le projet n’était plus assez rentable. Nous avons dû trouver 950 000 euros supplémentaires ».

Cette vitrine constitue-t-elle alors un modèle généralisable ? « Sans doute », répond Bruno Debuhotel pour qui le coût de construction d’un bâtiment à énergie positive n’est supérieur « que de quelques pourcents » à celui d’un bâtiment basse consommation (BBC) :

« Nous sommes aux environs de 1550 euros/m2 de coût, hors parking et photovoltaïque, contre environ 1350 euros/m2 pour une construction standard ».

D’après les Echos qui citait alors un rapport non publié de l’Agence du Développement et de la Maîtrise de l’Energie (Ademe), le surcoût d’une construction Bepos varierait pourtant « de 10 à 25% ». Un chiffre atteint si l’on prend en compte le coût des panneaux solaires.

Si l’écart de prix est conséquent, c’est qu’édifier un tel bâtiment nécessite des prouesses techniques souvent onéreuses,  comme le montre la vidéo de présentation ci-dessous.

Une « vitrine de l’économie sociale »

Autre bémol lié à l’originalité de Woopa : l’immeuble ne consomme pas l’électricité qu’il produit, du fait de « difficultés techniques ». Trop compliqué : suivant les saisons le bâtiment aurait ainsi pu manquer d’énergie ou au contraire en surproduction. L’option de la revente s’est donc imposée.

Contournant EDF et ses contrats sur vingt ans, Woopa achète et revend son énergie à Enercoop, une autre coopérative de négoce d’électricité 100% verte :

« Ils nous rachètent notre production 10 centimes d’euro/kWh, soit moins qu’EDF, mais permettent des contrats d’un an, plus souples ».

Au-delà de la performance technique, le projet se présente comme « un totem pour l’économie sociale », explique le communiqué.

Le site regroupe en effet des entreprises comme la société financière coopérative La Nef, qui y a installé son siège, ou le réseau Biocoop qui y ouvrira un magasin. Des sociétés d’ingénierie et des bureaux d’études organisés en coopératives, comme Agora ou Quadriplus Groupe, se sont également installées dans les locaux.

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L'AUTEUR
Mathieu Perisse
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