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Lyon la droitière peut-elle accoucher de députés de gauche ?

actualisé le 30/10/2013 à 16h38

Avec quatre circos dans la ville, Lyon aura donc quatre élections ce dimanche 10 juin, ce qui rend le jeu bien plus ouvert que ne le laissent supposer les résultats des 22 avril et 6 mai derniers, lors de la présidentielle. La gauche peut-elle l’emporter ici ? En 2002, Lyon avait conservé ses quatre députés de droite alors qu’elle s’était donnée l’année précédente un maire de gauche.

La présidentielle de 2012 aura occasionné au moins un tournant dans l’histoire électorale des quatre circonscriptions lyonnaises (il y en a 14 au total dans le Rhône). Depuis qu’elles existent sous leur forme actuelle (redécoupage de 1986-1987), c’est la première fois que la totalité des forces de gauche devient majoritaire dans l’une d’elles au premier tour (figure 1 ci-dessous).

 

 

 

Premier tour de la présidentielle 2012 dans les circonscriptions lyonnaises

 

 

 

Dans la 2e (pour la composition des circonscriptions lyonnaises, se reporter à notre précédent article), l’addition des suffrages de la gauche non communiste (François Hollande), du Front de gauche (Jean-Luc Mélenchon), de la gauche écologiste (Eva Joly) et de l’extrême-gauche (Nathalie Arthaud et Philippe Poutou) atteint les 51,8 %. La gauche manque de peu la majorité absolue dans la 3e.

Un tournant, certes, mais pas de quoi remettre en question les équilibres dans ces deux secteurs qui ont basculé à gauche lors des législatives de 2007. Cependant, en cinq ans, les rapports de force se sont totalement inversés. Alors qu’au premier tour de la présidentielle de 2007 la gauche n’arrivait en tête que dans la 2e, talonnée par le total des voix de droite (Nicolas Sarkozy, Jean-Marie Le Pen, Philippe de Villiers et Frédéric Nihous), à 39,5 contre 38,9 %, elle est cette fois-ci première dans trois circonscriptions sur quatre, y compris la 1ere qui est encore représentée par un député UMP, Michel Havard (figure 2 ci-dessous).

 

 

 

Présidentielle de 2007 dans les circonscriptions lyonnaises

 

 

 

Les fronts se sont renversés, mais le glissement à gauche ne semble pas atteindre la 4e circonscription, le fief taillé sur mesure pour Raymond Barre (notre article précédent). Atteignant 47,8 % des exprimés lors de la présidentielle de 2007, le total des droites pointe encore à 47,7 % en 2012.

A la lecture de ces deux cartes, la cause semble entendue… L’UMP devrait perdre la 1ere circonscription le 17 juin, mais conserver facilement la 4e. D’autant plus facilement que Najat Vallaud-Belkacem, candidate socialiste en 2007 et aujourd’hui ministre du gouvernement Ayrault, qui semblait la mieux placée face à l’UMP, ne se présente pas, « jurisprudence Juppé » oblige…

 

577 élections en une

Mais l’extrapolation des résultats des législatives à partir de ceux de la présidentielle est un exercice risqué dans de très nombreuses circonscriptions. Celles de Lyon ne font pas exception.

La figure 3 ci-dessous représente les rapports de forces au premier tour des législatives de 2007. Même si les équilibres sont les mêmes, avec à chaque fois l’UMP en première position, le total des voix de droite dépasse celui de la présidentielle de quatre à sept points, celui de l’UMP seule de sept à neuf points par rapport au résultat de Nicolas Sarkozy.

 

 

 

Législatives de 2007 dans les circonscriptions lyonnaises

 

 

 

Rien d’exceptionnel à cela. La baisse de la participation, de 25 à 27 points selon les circonscriptions, et le cantonnement de l’offre électorale à une portion de territoire sont les principales causes de cet accroissement du poids de la droite : plus l’abstention est élevée et plus l’aire électorale est petite (pays pour la présidentielle, grande région pour les Européennes, département pour les régionales, circonscription pour les législatives, canton pour les cantonales, commune ou arrondissement pour les municipales), plus les forces dominantes se renforcent. En l’occurrence ici la droite parlementaire, qui détenait les quatre circonscriptions avant le second tour.

La gauche non communiste, soit principalement le PS et ses alliés PRG (parti radical de gauche) et MRC (mouvement républicain et citoyen), subit une érosion de un à quatre points, sauf dans la 3e où elle se maintient au même niveau.

 

Démobilisation des électorats anti-système

Le tassement du centre et de l’extrême-droite ne constituent pas une surprise. Les législatives suivant immédiatement un scrutin présidentiel sont marquées par un effet « 3e tour », qui a tendance rebipolariser les enjeux, notamment en démobilisant les électorats les plus anti-système. Sur ce dernier point, les 10 et (le cas échéant) 17 juin seront un véritable test de résistance pour le Rassemblement Bleu Marine.

La gauche écologiste, si elle stagne dans les quartiers est, remonte un peu dans l’ouest, surtout dans la 2e circonscription où les Verts ont su se tailler quelques fiefs. Il s’agit du même phénomène, miniaturisé, que pour l’UMP, évoqué plus haut, de remontée de voix. Ajoutons aussi que la présidentielle est très peu favorable à la gauche écologiste, dont la culture politique se situe très loin de ce type de scrutin.

 

Quand l’offre électorale complique la donne…

Les élections législatives se diffèrent des présidentielles sur au moins trois points : les enjeux (et donc la question posée aux électeurs), les électeurs (en 2007, plus de 85 % des électeurs lyonnais inscrits sont allés aux urnes pour la présidentielle, mais moins de 65 % pour les législatives), et surtout l’offre électorale.

C’est ce que certains analystes pressés d’effectuer des projections en sièges à partir d’enquêtes d’opinions réalisées sur des échantillons de moins de 1000 électeurs ont du mal à comprendre. Le 10 juin, tout comme les 22 avril et 6 mai, on ira de nouveau voter. Non pas une fois, mais 577 fois. Dans 577 territoires avec chacun leur propre offre électorale.

Il ne s’agit plus de M. Sarkozy, ni de M. Hollande ou Mme Le Pen pour ne citer que le trio de tête de la présidentielle, mais de leurs représentants locaux, avec différentes combinaisons de dissidences, d’apparentements, de désistements, et avec en prime des forces absentes lors du scrutin présidentiel. Avec également et surtout leur équation personnelle.

 

Rien que le nombre de candidats peut introduire une distorsion entre les scrutins. Dans la 1ere, on en compte treize, dans la 2e dix-huit, dans la 3e vingt-et-un et dans la 4e treize. Bien sûr certains, investis par des micro-partis, ne sont là que pour permettre à leur formation d’engranger les financements prévus par la loi.

Les seules statistiques fiables sur lesquelles s’appuyer sont les résultats de 2007.

 

La dissidence de droite… à gauche

Dans la 1ere, la division de la gauche est plus flagrante que celle de la droite, entre Philippe Meirieu (EELV) investi par le PS et ayant pour suppléante la maire du 1er arrondissement Nathalie Perrin-Gilbert, et Thierry Braillard (PRG), soutenu par le maire Gérard Collomb. Pour la droite, le terrain semble davantage dégagé, le député UMP sortant Michel Havard ne devant affronter, outre un candidat de DLR, la candidature de Gauthier Blin, divers droite soutenu par Lyon Divers droite, le Centre National des Indépendants et Paysans, le Mouvement Pour la France et le Parti Chrétien Démocrate.

Dans cette circonscription, la dissidence se situe plutôt traditionnellement à droite (Michel Havard VS Anne-Marie Comparini en 2007, cette dernière s’étant opposée à la députée UDF sortante Bernadette Isaac-Sibille en 2002).

Si l’on applique le différentiel présidentielle-législative de 2007 aux résultats de la présidentielle de 2012, et compte tenu de la candidature Blin, Michel Havard devrait pouvoir compter sur environ 36 % des exprimés.

Cependant, la dynamique se situant plutôt à gauche, un résultat inférieur ne serait pas improbable, à pondérer toutefois avec une prime au sortant en général maximale à la fin d’un premier mandat.

A gauche, Philippe Meirieu et Thierry Braillard pourraient se partager entre 31 et 40 % des suffrages. Le tout étant de savoir comment ils se les distribueront…

L’hypothèse d’un second tour gauche-gauche (et droite-FN) demeurant très peu probable, Michel Havard conserve de fortes chances de sortir en tête. A gauche, tout dépendra du poids électoral de son concurrent, et surtout des blessures laissées par l’affrontement Meirieu-Braillard…

On peut répéter l’exercice pour les trois autres circonscriptions.

 

Au doigt mouillé…

Dans la 2e, le député socialiste sortant Pierre-Alain Muet pourrait peser au moins 40 % (compte tenu de la dynamique de gauche), voire même plus si la prime au sortant joue.

C’est la circonscription la plus difficile pour la droite. L’UMP a investi l’ancien député Emmanuel Hamelin, mais il trouvera sur sa route la radicale Fabienne Lévy, dont l’implantation locale est réelle et qui a fait alliance avec le MoDem, et le leader de Lyon Divers droite Denis Broliquier, maire du IIe arrondissement.

Pierre-Alain Muet aura vraisemblablement assez facilement raison d’une droite affaiblie et divisée, surtout s’il dépasse les 40 %. Dans cette configuration, Fabienne Lévy, en fédérant droite et centre, serait la moins mal placée.

Dans la 3e, le député sortant Jean-Louis Touraine, toujours en prenant compte de la dynamique de gauche, pourrait mobiliser dans les 39 %, peut-être plus selon la règle de la prime au sortant.

A droite ce sera moins compliqué que dans la 2e. Laure Dagorne (UMP) devrait avoir les coudées plus franches face à la radicale Laetitia Chabanole et au divers droite Maxime Caminale, dont l’assise semble moins forte que celle de Mme Lévy et M. Broliquier. Elle pourrait atteindre les 29 %, ce qui rend cette circonscription un peu plus ouverte pour la droite.

Nous sommes partis sur une hypothèse de dynamique à gauche dans les 2e et 3e, selon le principe que les forces dominantes sont favorisées quand l’aire électorale est plus petite et la participation moindre. Dans la 4e, au contraire, les droites se sont bien maintenues, leur total de la présidentielle de 2012 étant à peu près égal à celui de 2007.

Il ne serait pas complètement étonnant de retrouver les mêmes scores qu’en 2007 pour l’UMP, à savoir au moins 45 %. Le PS pourrait faire entre 25 et 35 %, compte tenue de la progression de près de 10 points du total des gauches entre les présidentielles de 2007 et 2012. Si la candidate du PS Anne Brugnera, qui a remplacé Najat Vallaud-Belkacem au pied levé, devait se trouver dans la partie supérieure de la fourchette, cela rendrait le jeu un peu moins fermé.

Ce rapide tour d’horizon, forcément un peu au doigt mouillé (mais pas davantage que les extrapolations d’après la présidentielle) puisqu’on ne peut prédire l’avenir, démontre toutefois que le jeu pourrait s’ouvrir ailleurs que dans la 1ere. Mais il ne serait pas complètement étonnant que les rapports de forces demeurent strictement inchangés au soir du 17 juin. Ce ne serait pas exceptionnel. En 2002, Lyon avait conservé ses quatre députés de droite alors qu’elle s’était donné l’année précédente un maire de gauche.

 

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Emmanuel Saint-Bonnet
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