Environnement  Politique 

L’écologie radicale se déchire : « décroissance de gauche » contre « décroissance de droite »



actualisé le 24/10/2013 à 14h57

Dans un contexte de croissance molle à désespérer un gouvernement, on en oublierait presque qu’il y a des candidats aux législatives qui prônent la décroissance. Déjà ultra minoritaires, ils se divisent entre « gauche » et « ni gauche, ni droite » (« donc de droite » précisent certains) particulièrement à Lyon, l’une des terres de la décroissance.

La décroissance se déchire législatives 2012

Les candidats labellisés « décroissants » n’ont jamais dépassé la barre des 1% aux élections nationales. Et depuis un an, beaucoup de leurs forces sont perdues dans des querelles de chapelles, entre les tenants d’une « décroissance de gauche » et ceux qui prônent une décroissance qui ne serait « ni de gauche, ni de droite ».

Ces vifs débats agitent le microcosme décroissant depuis la rupture, à l’été 2011, entre Vincent Cheynet, le rédacteur en chef du mensuel La Décroissance, et le politologue Paul Ariès.

Sur le fond du fond, les « objecteurs de croissance », comme ils veulent se faire appeler, sont en accord : il faut sortir de la « religion » ou du « mythe » de la croissance. Une fois cela dit, ils restent globalement d’accord sur l’articulation des niveaux individuels et collectifs de leur engagement :

  • la « décroissance individuelle » autrement appelée « simplicité volontaire » consiste à limiter l’usage des biens de consommation et à réduire l’empreinte écologique de chacun.
  • Au niveau collectif, il s’agit de participer à des actions alternatives, comme le développement des circuits courts de production-consommation, notamment à travers les AMAP.

 

Mais quand on arrive au niveau de l’engagement politique, les choses se compliquent…

 

Aux législatives, trois familles de décroissants

 

1/ Les indépendants très à gauche

Les deux pôles de la décroissance indépendante, le Mouvement des objecteurs de croissance (MOC, tendance libertaire) et le Parti pour la décroissance (PPLD) ont signé un accord en mars 2011. Ils présentent une quarantaine de candidats sur la base d’une plateforme ancrée à l’extrême gauche :

« Le programme des objecteurs de croissance est radicalement anti-capitaliste, anti-productiviste, écologiste, féministe, et internationaliste. Il propose des solutions à la fois justes socialement et soutenables écologiquement, notamment le revenu inconditionnel). »

Parmi ces candidats, certains ont conclu des accords avec le NPA, particulièrement en région Rhône-Alpes, dans la Drôme et en Ardèche.

A Lyon, Noura Mebtouche se présente dans la 1ere circonscription du Rhône, sous l’étiquette du Parti pour de la décroissance.

A noter que Paul Ariès soutient ces candidats sur la base de la plateforme signée entre le MOC et PPLD.

 

2/ Les indépendants « ni gauche, ni droite »
Ils considèrent que la décroissance n’appartient ni à la gauche, ni à la droite.
Ils sont notamment représentés par l’EPOC, un mouvement qui vient d’être créé notamment par Clément Wittmann, qui avait tenté de se présenter, à vélo, à la campagne présidentielle.

A Lyon, ce courant est surtout incarné par Vincent Cheynet, rédacteur en chef du mensuel La Décroissance, qui se présente pour la quatrième fois dans la 2e circonscription du Rhône. Il déclare :

« Je pense que cette question de la décroissance est transversale à l’arc politique. »

Ce dernier a rompu avec l’EPOC après la publication d’un tract intitulé « François Hollande criminel contre l’humanité ? » pour ne pas cautionner ce « type d’outrances ».

Electron libre de la décroissance, anciennement proche de Vincent Cheynet, Marc Chinal se présente au nom de « Voter-a-m » pour « une civilisation de l’après-monnaie », dans le 3e circonscription du Rhône. Il n’a pas hésité à brûler des billets (étrangers) de banque devant les rédactions lyonnaises pour faire parler de lui.

Marc Chinal Voter-a-m brule des billets de banque

Marc Chinal, qui se revendique de la décroissance, brûle des billets de banque devant Rue89Lyon

3/ Les « Objecteurs de croissance » du Front de gauche
Les idées de la décroissance traverse l’ensemble des partis de gauche, jusqu’au PS, avec le courant Utopia, en passant par Europe Ecologie-Les Verts.

Mais c’est essentiellement au sein du Front de gauche que les candidats s’affichent « objecteurs de croissance ».
Le lyonnais Paul Ariès, l’un des penseurs de la décroissance, est le principal artisan de la diffusion de ces idées. Directeur du Sarkophage (« journal des gauches antiproductivistes »), il a lancé avec Jacques Testart un appel « pour un Front de gauche antiproductiviste et objecteur de croissance » qui a obtenu un certain succès au sein de la coalition.

Dans le Rhône, ceux qui se réclament de l’objection de croissance, ne sont pas des inconnus. On trouve outre Anne Charmasson-Creus de la Gauche unitaire (dans la 2e circonscription), Bernard Genin, le maire PCF de Vaulx en Velin (dans la 7e circo) et René Balme, le maire Parti de gauche de Grigny (dans la 11e circo).

 

Les « ni… ni… » sont-ils de droite ?

Paul Ariès Sarkophage

Paul Ariès

Chef de file de la décroissance de gauche, Paul Ariès est tranchant :

« Cette décroissance du « ni droite ni gauche », donc de droite, est pour moi une hérésie ».

 

Il s’oppose à cette « décroissance de droite » qui prône l’austérité devant nécessairement advenir après le pic du pétrole :

« Je travaille à la convergence des objecteurs de croissance des gauche et amoureux du Bien Vivre. Mon dernier ouvrage s’intitule « le socialisme gourmand », ce qui est tout de même un positionnement clair ».

Paul Ariès tire surtout à boulet rouge sur Vincent Cheynet et son journal La Décroissance, dont il fut pourtant lui-même pendant dix ans l’un des principaux collaborateurs. Après avoir co-signé en mai 2011 une lettre ouverte à Vincent Cheynet lui demandant d’être moins sectaire, il s’est trouvé exclu du journal.

Depuis, Paul Ariès n’a de cesse de marquer très durement sa différence avec son ancien compagnon de route, entraînant dans son sillage une grande partie des « objecteurs de croissance ». Pour lui, « Cheynet rend aujourd’hui un très mauvais service à la décroissance » :

« Il est impossible d’asseoir autour de la même table toutes les familles de la décroissance. Je suis de gauche, lui pas. Je suis partisan du mariage homosexuel et défenseur des droits LGBT, lui pas. Je suis contre la valeur travail et pour la réduction du temps de travail (les 32 heures tout de suite), lui pas. Je ne considère pas que le PCF soit le diable absolu, lui si. Je combats pour la gratuité et le revenu garanti, c’est au coeur même du projet de la décroissance… Cheynet et ses proches considèrent que ces combats ne sont pas ceux de la décroissance. »

 

« Une rhétorique stalinienne »

Vincent Cheynet La Décroissance

Vincent Cheynet

Systématiquement, Vincent Cheynet répond que Paul Ariès use d’une « rhétorique stalienne », comme il nous le reprécise :

« Je sais que le débat est piégé tant ce clivage droite-gauche peut fonctionner comme un système religieux au sens marxiste du terme : la gauche devient alors une mystique, une incantation permettant de s’affranchir de la réalité et d’excommunier des contradicteurs gênants. Elle dégénère en une sorte de foi inconsciente à laquelle on demande d’adhérer sans réserve sous peine d’un renvoi à l’hérésie. Le pire étant la rhétorique stalinienne du type « ni droite, ni gauche donc de droite donc d’extrême droite ». Mais ce débat est complexe car cette rhétorique du ni droite ni gauche est aussi celle d’une partie de l’extrême droite. En tous cas, elle n’est pas la nôtre ».

Pour Vincent Cheynet, « il n’y a jamais eu de différends politiques, juste un problème personnel maquillé en problème politique ».

A l’appui de sa thèse (« la représentation de la décroissance traverse l’arc politique »), le rédacteur en chef de La Décroissance réaffirme son humanisme et met en avant son récent engagement, datant de six mois, au Front de gauche et la présence à ses côtés, comme suppléante, de Florence Leray, « une personne qui défend une décroissance affichée comme de gauche ».

« Contrairement à lui (Paul Ariès), je crois qu’il est prioritaire de s’engager personnellement en politique en se présentant dans la sphère électorale, davantage que de plastronner à des émissions de bavardage à la télévision. »

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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