Politique 

Les louveteaux des partis politiques à l’épreuve des législatives : un tremplin ?

Ils sont tous responsables nationaux des mouvements « jeunesse » de leurs partis : Fanny Dubot (Europe Ecologie Les Verts), Jérémy Coste (Nouveau Centre) et Julien Rochedy (Front national) sont candidats aux législatives dans le Rhône. Entre les ambitions personnelles et l’enjeu partisan, ces militants juste sortis du nid essuient les premiers coups en se frottant au scrutin.

Ils ont entre 23 et 26 ans et se sont tous engagés en politique pour gravir les échelons, un à un, jusqu’à la tête des excroissances estampillées « jeunesse » au sein de leur parti. Faire de la politique autrement, avec de nouvelles méthodes, de nouveaux moyens de communication, c’est leur discours commun.

Mais Fanny Dubot (23 ans, Europe Ecologie les Verts), comme Jérémy Coste (26 ans, Nouveau Centre) ou encore Julien Rochedy (26 ans, Front National), ont toutefois du mal à se départir des codes de leurs aînés et des logiques d’appareil. Ils savent ce qu’il faut dire, moins dire, pas dire du tout, comment prendre la pose et décliner le discours. La jeunesse ne conduirait donc pas forcément au renouveau…

 

« A EELV, nous ne savons pas faire pour l’élection présidentielle »

Fanny Dubot est la candidate écologiste sur la 3e circo du Rhône. Elle a fêté ses 18 ans en 2007, année où elle a glissé pour la première fois bulletin dans l’urne. C’est un meeting de Dominque Voynet dans sa ville de Montpellier qui l’a convaincue :

« Ça m’a tout de suite parlé. Je me suis retrouvée dans tout ce qu’elle disait. Le soir, j’ai mangé avec le responsable des Jeunes Verts et dans la foulée j’ai créée les Jeunes Verts de Montpellier. J’ai attrapé le virus, je n’ai plus cessé de militer. »

En 2009, Fanny Dubot débarque à Lyon pour suivre des études à Science-Po. Elue aux instances nationales des Jeunes Verts, elle est aujourd’hui secrétaire fédérale des Jeunes Ecologistes, un poste qu’elle partage avec Wandrille Jumeaux.

« C’est un travail quotidien de militantisme. Je n’ai peut-être pas suffisamment de recul sur ces cinq années, juste le sentiment que les évènements ont conforté ma pensée. »

Pendant la campagne présidentielle de 2012, Fanny Dubot a activement soutenu Eva Joly. Tout en regrettant la tournure qu’a pris par la campagne. Un scrutin qui a tourné au désastre pour la candidate écologiste, très loin des scores d’EELV aux régionales et européennes.

« On ne retient que les petites phrases, les attaques personnelles. La plupart des Français sont convaincus par l’écologie mais ils ne sont pas encore convaincus par EELV. A nous de faire ce travail là. Après, il faut être réaliste, nous ne savons pas faire pour l’élection présidentielle. Cela ne correspond pas à notre idéal ».

 

« Bayrou, avec son vote Hollande, a détruit ce qu’il a construit pendant cinq ans »

Jérémy Coste, candidat Nouveau Centre, est lui aussi tombé très vite dans la marmite de la politique. A 16 ans, cet habitant de Vénissieux prend sa carte à l’UMP, où il reste deux ans. En 2007, il s’engage en faveur de Nicolas Sarkozy. À fond.

« J’ai vraiment crû en Sarkozy. En l’homme, en sa capacité d’action. J’ai vite été déçu. »

 

 

Dès la création du Nouveau Centre, après les législatives de 2007, il crée les Jeunes Centristes Rhône-Alpes dans la lignée de son engagement « modéré, européen et humaniste ». En 2010, il devient président des Jeunes Centristes.

Prônant depuis longtemps le rassemblement de tous les courants centristes, Jérémy Coste, diplômé de sciences politiques, a soutenu activement François Bayrou « le seul centriste » en 2012, allant même jusqu’à défendre une motion pro-Bayrou au congrès du Nouveau Centre, contre l’avis de la très grande majorité du parti hostile au Béarnais et ralliée au président sortant.

« Je ne regrette absolument pas d’avoir soutenu Bayrou. Le rassemblement du centre pour les législatives était en marche. Malheureusement, avec son vote Hollande, il a détruit ce qu’il a construit pendant cinq ans, un message différent, alternatif, raisonnable, au dessus des clivages. Un homme politique avec son talent intellectuel ne pouvait pas faire ce choix. Encore une fois, je respecte l’homme et ses idées, j’ai les même. »

 

Le pèlerin frontiste dans la « sphère patriote »

Julien Rochedy est sans aucun doute le plus connu, le plus médiatique. Il est candidat dans la 9e circonscription du Rhône. Ardéchois, il s’engage au FN en 2006 à 18 ans lors de son arrivée à Lyon pour mener la campagne de Jean-Marie Le Pen. « Dégouté par la politique », il ne reprend pas sa carte l’année d’après. Il en profite pour passer un Master de relations Internationales à Lyon III. Fin 2010, il se réengage au parti frontiste.

« J’ai toujours gravité dans la sphère patriote et on m’a proposé de revenir fin 2010 pour l’accession de Marine le Pen à la tête du FN. Marine m’a donné l’envie de me battre à nouveau. A partir de ce moment-là, je me suis engagé à fond».

Propulsé en août 2011 « Président des Jeunes avec Marine », l’Ardéchois a couru de plateaux télé en plateaux télé pour marteler le message de sa championne. Derrière un discours bien rôdé, dans la logique de la fameuse dédiabolisation prônée par la présidente du FN, il attire la curiosité mais aussi parfois les foudres de certains internautes. Mais cela ne l’atteint pas, ou plutôt plus.

« Au départ, les premiers articles, les premiers commentaires, ça fait du mal. Je ne vais pas le cacher. Voir sa vie totalement déformée avec des gens qui fantasment sur vous et vos idées, c’est assez particulier. Après, on prend du recul et aujourd’hui ça me fait plus rigoler qu’autre chose ».

Il fait notamment référence à une affiche de campagne des « Jeunes avec Marine » éditée début 2012. Ou l’opposition d’une France rurale, festive et dynamique et d’une France banlieusarde, ravagée par la misère et l’insécurité. Julien Rochedy ne voit pas le problème, il se voit en pèlerin, porteur d’une mission.

« J’ai senti avec toutes ces années, où la France a continué à décliner, le poids du devoir sur mes épaules. La politique pour moi, ce n’est pas forcément un plaisir. Je ferais bien autre chose mais je n’ai pas le choix. Si on vit sa vie uniquement de manière individualiste, on laissera le pays disparaitre tout simplement. Ca m’inquiète beaucoup, d’où mon engagement. C’est un devoir pour moi ».

 

« Personne ne veut aller vivre à Vénissieux, il y a bien une raison »

Pour se faire connaître, Jérémy Coste parcourt sa circonscription depuis des mois, tracte, colle des affiches, en parallèle de son job de conseiller parlementaire d’un établissement public à Paris. Sa campagne a connu une notoriété dont il se serait bien passé : son affiche a fait l’objet de moqueries sur le net, pour son détourage un peu approximatif et son style désuet. Pas de quoi entraver sa détermination.

 

Jérémy Coste s’est lancé à l’assaut d’une circonscription très difficile, la 14ème du Rhône (Vénissieux, Saint-Fons, Corbas, Solaize, Feyzin et une partie de Saint-Priest), sous l’étiquette Nouveau Centre. Le territoire est communiste depuis des années où règne en maitre le député André Gérin, qui ne se représente pas et a placé son héritière, la maire de Vénissieux, Michèle Picard. Surfant sur la vague Hollande, le candidat socialiste et maire de Feyzin, Yves Blein, a ici des chances de ravir au PC l’un de ses derniers bastions.

« Cela va être long, pour expliquer aux gens qu’une autre voie est possible que le socialisme ou le communisme. C’est le projet que je veux incarner. Comment faire pour que demain Vénissieux et Saint-Fons soient rattachés à la dynamique métropolitaine ? Il y a un vrai retard chez nous. En matière d’aménagements, de services. La preuve, personne ne veut aller vivre à Vénissieux, c’est bien qu’il y a une raison. »

Les centristes, eux, sont plus divisés que jamais. Il n’y a pas moins de quatre candidats qui se revendiquent du centre : Saliha Mertani (Centre pour la France, MoDem), Maurice Iacovella (Alliance Centriste), Djida Tazdaït (Parti Radical) et donc Jérémy Coste. Une division qui risque d’émietter considérablement leurs voix, dans un territoire déjà peu favorable aux idées centristes.

« Chacun est dans sa logique. Je regrette la désunion. Si je me suis engagé à Vénissieux, c’est pour changer les choses sur le très long terme. Pour les dix, vingt, trente ans à venir. On sera là aux prochaines échéances, je ne dis pas en tête de liste, mais j’y serai. On sera partout. Notre équipe, notre projet, notre vision. Ça paiera ».

 

Le Beaujolais, « une terre bien française »

Julien Rochedy, candidat sous étiqueté Rassemblement Bleu Marine, a quant à lui jeté son dévolu dans le Beaujolais, sur la 9ème circonscription du Rhône. Territoire très rural, traditionnellement très à droite, Marine Le Pen y a réalisé plus de 20% des voix, devançant notamment François Hollande. Les espoirs d’accéder au deuxième tour sont réels pour l’Ardéchois de naissance, qui bénéficie donc d’un parachutage dans une circonscription favorable.

« Je voulais aller absolument dans le Beaujolais, c’est une terre que j’aime beaucoup, c’est une terre bien française. C’est une terre très à droite. Ici, les gens votent contre la gauche.»

Dans cette circonscription, l’UMP règne toutefois depuis des années. C’est l’un des territoires jugés imperdables par les hauts dirigeants du parti de droite.

« Mon but, c’est d’expliquer aux gens que la seule opposition pendant le prochain quinquennat digne de ce nom, ce sera nous. Tous les gens votent UMP ici pour des raisons frontistes. Seulement, ils s’imaginent que les députés de droite défendent des idées patriotes et protectionnistes, alors qu’ils se trompent totalement. Le Beaujolais est une terre qui adhère à nos idées à 70%. »

Pour la campagne, le jeune frontiste de 24 ans sillonne les routes de campagne avec une camionnette louée pour l’occasion. Après avoir fini ses études, il a été embauché pendant un an par Marine Le Pen dans le but de préparer la campagne présidentielle. Aujourd’hui au chômage, il devrait prendre la direction du Front National de la Jeunesse en septembre. En attendant, il se dédouble entre ses obligations nationales et sa campagne personnelle locale.

« Lors des prochaines campagnes électorales que je ferai, j’essayerai de trouver d’autres modes de communication. J’ai constaté sur les marchés que les gens prennent vos tracts et vous sourient. Mais on les ennuie. Ce phénomène de tractage, je le sens dépassé. Les gens en ont marre. »

Pour la première fois, Julien Rochedy fait campagne sur son nom. Il assure n’en tirer néanmoins aucune satisfaction personnelle. Trop focalisé sur l’objectif de faire entrer au Parlement des députés Front national. Il concède toutefois être très fatigué des campagnes successives. D’un train à l’autre.

« On sort d’une année très politique et enchainer direct avec les législatives, c’est très éprouvant. Mais bon, il faut y aller, donc on y va. Souvent, on se dit : vivement juillet, vivement les vacances… Mais nous n’avons pas envie que ça se termine ».

 

Vendre de l’air

Fanny Dubot a elle été investie par EELV dans la circonscription où elle habite depuis trois ans, où elle fait ses études, la 3ème circonscription du Rhône (3ème, 7ème, 8ème arrondissements de Lyon). A l’heure de se lancer dans le grand bain des législatives, elle n’a pas hésité. Elle aussi gagnée par « le devoir ».

« C’est une étape dans ma vie de militante. Une campagne pas chère, originale et un peu décalée par rapport à ce que font les « vieux » écolos habituellement ».

Par exemple, pour lancer sa campagne, Fanny Dubot a organisé un scénario en plein Lyon pour sensibiliser la population sur la pollution de l’air. Se projetant en 2022, la candidate, accompagnée de militants, organisait une vente aux enchères d’ « air pur » protégée par des gardes. Une manière de se différencier dans une circonscription où le député socialiste Jean-Louis Touraine devrait être, assez facilement, réélu.

Dépasser les 5% serait déjà une bonne performance pour Fanny Dubot, qui sait néanmoins que la dynamique ne lui est pas favorable.
« L’important, c’est de se projeter. De répéter inlassablement notre message. Quel monde voudrait-on en 2072 ? Certaines décisions se prennent dès maintenant. Il faut penser à long terme et pas seulement pour une échéance électorale. »

 

Pas un « facho en bottes noires »

Julien Rochedy se projette déjà. Après des vacances bien méritées, l’ambition première de l’Ardéchois est de construire « le plus grand mouvement jeune de France». Boosté par de très bons sondages chez les jeunes, il espère rassembler tous ceux qui ont envie de changement, « du vrai changement ».

« Il y a un vrai conflit de générations. Les jeunes veulent retrouver des valeurs fortes, défendre leur pays ».

Julien Rochedy ne veut pas être pris pour un « facho avec des bottes noires ». La politique, ce n’est de toutes façons pas une fin en soi pour le candidat de « Marine ». Ce n’est pas ce qu’il préfère dans la vie. Il n’exclut pas de faire autre chose dans quelques années, lorsque l’heure du devoir sera révolue. Fanny Dubot ne voit pas les choses de la même manière. Pas seulement du point de vue des idées. L’écologiste a bien du mal à se projeter :

« Je suis une militante, au service des mes idées. Franchement, ce n’est pas de la langue de bois. Je n’ai pas d’ambition personnelle. Je ne suis pas là pour devenir une professionnelle de la politique. »

 

S’implanter soi-même pour réunir les autres

La secrétaire nationale des Jeunes Ecolos est toutefois consciente que son statut actuel lui confère certaines prédispositions. Et peut lui ouvrir la voie à d’autres responsabilités dans l’avenir. Mais encore une fois, pas question d’individualiser le combat. Tout pour le collectif. Et surtout, ne jamais montrer en public une quelconque ambition individuelle.

Jérémy Coste compte, lui, se battre pour rassembler toutes les chapelles centristes. Avec le président brondillant des Jeunes Démocrates, François-Xavier Pénicaud, 28 ans, le jeune candidat Nouveau Centre imagine réussir là où « les aînés » ont échoué. Un rassemblement, des radicaux aux démocrates, en passant évidemment par les membres du Nouveau Centre.

Localement, le président des Jeunes Centristes compte s’implanter sur la ville de Vénissieux, où il vient d’acheter un appartement.

Comme les deux autres jeunes candidats, il s’installe, avec la ferme intention de durer.

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