Politique 

Les femmes du gouvernement Ayrault cantonnées à des « fonctions maternantes »

Edito/ Act Up qui épingle la jeune porte-parole du gouvernement Ayrault, des femmes ministres cantonnées à des fonctions maternantes… La lecture que l’on peut faire de la composition de l’équipe autour de François Hollande, à l’aune des luttes féministes et homosexuelles, n’est pas forcément idéale.  François Hollande avait promis, durant la campagne des élections présidentielles, un gouvernement resserré, afin de limiter les dépenses de l’État. Peine perdue : ce ne sont pas moins de trente-quatre ministres ou ministres délégués qui ont été nommés hier.

Il avait également assuré que, si les Français le choisissaient, son gouvernement serait « paritaire ». Cet engagement-là, en revanche, a bien été tenu, puisque, pour la première fois, le gouvernement français compte autant d’hommes que de femmes (dix-sept hommes et dix-sept femmes).

Mais, en parcourant la liste des heureux détenteurs d’un maroquin ministériel, on s’aperçoit vite qu’en dehors du ministère de la Justice (qui échoit à l’ancienne candidate à la présidentielle de 2002 Christiane Taubira), tous les postes régaliens ont été confiés à des hommes : la Défense pour Jean-Yves Le Drian, les Affaires étrangères pour l’ancien Premier ministre (1984-86) Laurent Fabius, l’Économie, la Finance et le Commerce extérieur pour Pierre Moscovici, l’Intérieur pour Manuel Valls.

À l’inverse, les femmes se retrouvent très largement cantonnées à des fonctions «maternantes», proches du concept anglais de care (protection, soin) défendu en 2010 par la Première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry.

 

La difficile déconstruction du genre…

Ainsi, Marisol Touraine est nommée ministre des Affaires sociales et de la Santé, Valérie Fourneyron ministres des Sports, de la Jeunesse, de l’Éducation populaire et de la Vie associative, Geneviève Fioraso ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Aurélie Filippetti ministre de la Culture et de la Communication, Nicole Bricq ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie…

Preuve sans doute que, si la cause des femmes progresse, le travail de déconstruction du genre n’est pas encore achevé au Parti socialiste !

L’une des nominations les plus remarquées (quoique aussi l’une des plus attendues) est celle de Najat Vallaud-Belkacem : la conseillère municipale de Lyon et conseillère générale du Rhône devient ministre du Droit des femmes et porte-parole du gouvernement.

La benjamine du gouvernement s’est fixée comme chantiers prioritaires «l’égalité salariale et la précarité» et a déclaré que sa première mesure consisterait à «réparer le vide juridique laissé par l’abrogation de la loi sur harcèlement sexuel (par le Conseil constitutionnel, NdlR)».

Le 29 mars dernier, dans le cadre des «Rendez-vous de la présidentielle» organisés conjointement par la Lesbian & Gay Pride de Lyon, le bar féminin Le Domaine et Hétéroclite, elle avait défendu les propositions de François Hollande concernant l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels, la gestation pour autrui ou encore la prostitution.

 

« Najat Vallaud-Belkacem fait le choix du sida et de la précarité« 

C’est sur ce dernier point que la position du Parti socialiste a déclenché la fureur d’Act-Up Paris. Le 10 mai, l’association de lutte contre le sida a publié, en se basant sur l’interview de Najat Vallaud-Belkacem parue dans Hétéroclite de mai 2012, un communiqué virulent contre la logique abolitionniste qui prévaut largement rue de Solférino, mais aussi contre le refus de François Hollande d’abolir les franchises médicales mises en place par la droite dans les années 2000.

Pour Act-Up Paris, «Najat Vallaud-Belkacem fait le choix du sida et de la précarité», car une pénalisation des clients des prostituées aurait des conséquences sanitaires désastreuses pour les travailleuses du sexe.

Une heure seulement après l’annonce du nouveau gouvernement, mercredi 16 mai, l’association a également publié un autre communiqué pour déplorer que la Santé ne soit pas confiée à un ministère spécifique (elle fait partie des attributions de la ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine).

Enfin, pour ce qui est de l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels, le premier gouvernement de Jean-Marc Ayrault semble décidé à tenir cet engagement de François Hollande : la nouvelle ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti, a ainsi déclaré au micro de France Info, jeudi 17 mai, à l’occasion de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie, que:

« La famille, ou les familles, sous leurs formes multiples, classiques, recomposées, homoparentales ou monoparentales, doivent pouvoir avoir les mêmes droits et le même regard de la société. »

 

Par Romain Vallet

logo-heteroclite

 

 

Partager cet article