Société 

Rifkin à Lyon: « Vous allez vivre la troisième révolution industrielle »

Troisième type / Pour ce spécialiste de prospective et auteur de best-sellers, il ne fait aucun doute que la jeune génération connaîtra la « troisième révolution industrielle », du nom de son dernier livre. L’essayiste américain Jeremy Rifkin donnait samedi une conférence à Lyon sur le sujet, dans le cadre du festival Nuits Sonores. Nous l’avons rencontré.

Jeremy Rifkin en conférence à Lyon le 19 mai dans le cadre des Nuits sonores. Crédit : Maxppp

 

Tous les deux ans, l’essayiste à succès produit des livres en forme de prophétie : « la fin du travail » (1995) ou le Siècle biotech (1998).
Depuis le début des années 2000, il a recentré son discours sur les conséquences de la combinaison des énergies renouvelables, d’Internet et l’hydrogène. Ce qu’il nomme la « troisième révolution industrielle ».
La première étant fondée sur la vapeur et le train ; et la seconde sur le pétrole et l’automobile.

 

Mais pour qu’elle advienne, et que le monde entier ne reste pas coincé dans la civilisation du pétrole, il faut réunir plusieurs conditions.
D’où un intense travail de lobbying mené par Jeremy Rifkin auprès des grands de ce monde, auxquels il prodigue de précieux conseils (rémunérés).

Les « cinq piliers »

La « troisième révolution industrielle » consiste dans un changement de production et de distribution de l’électricité. Le principe, selon Rifkin, est le suivant : grâce aux énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque,…), nous allons tous être producteurs. En gros, chaque immeuble aura une éolienne ou des panneaux solaires. Ensuite, on pourra échanger cette électricité via Internet.

« A Lyon, vous allez produire de l’énergie solaire et vous allez le revendre ailleurs où il fait nuit et où ils ont des pics d’utilisation. C’est pour cela qu’il faut des milliers et des milliers de ces pôles qui produisent de l’énergie et le partage grâce au système informatique ».

Cette infrastructure a besoin de « cinq piliers » :

  • « Passer d’un régime d’énergie fossile fondée sur le carbone à un régime d’énergie renouvelable ».
  • « Nous avons 191 millions de bâtiments dans l’Union européenne (UE). Il faut convertir les nouveaux bâtiments pour qu’ils puissent produire de l’énergie ».
  • « Il faut stocker toute cette énergie. Car le soleil ne brille pas tout le temps et le vent ne souffle pas tout le temps. Il y a des systèmes à base d’hydrogène qui permettent de le faire ».
  • « Utiliser Internet pour convertir le réseau électrique en réseau intelligent, auquel des millions de personnes pourront renvoyer l’énergie verte produite ».
  • « Ré-équiper la flotte mondiale des moyens de transport avec des véhicules à pile, à combustible ou branchables alimentés par les énergies renouvelables ».

 

Le nucléaire, « c’est le début de la fin »

Le problème de la théorie de Jeremy Rifkin est que de nombreux pays, au premier rang desquels la France, font le pari du nucléaire plus que des énergies renouvelables pour réduire leur dépendance au pétrole.
Mais ça ne trouble pas l’essayiste américain car, pour lui, nous vivons le « début de la fin du nucléaire » :

« La fin du nucléaire a commencé dans les années 80 avec les premiers accidents : Three mile Island, Tchernobyl et maintenant Fukushima. Ensuite, toutes les centrales sont vieillissantes et ne contribuent qu’à 6% de l’énergie mondiale. Pour avoir un impact sur l’environnement, il faudrait que ça représente 20% de l’énergie mondiale. Donc il faudrait remplacer les 400 centrales existantes et construire 1400 nouvelles centrales. Ce n’est pas possible sur un plan économique. Par ailleurs, on ne sait pas comment traiter les déchets alors que cela fait plusieurs décennies qu’on utilise la technologie nucléaire. Enfin, l’AIEA nous dit qu’on va bientôt manquer d’uranium. Pour finir, il faut savoir qu’en France, 40% de l’eau française est utilisé pour refroidir les centrales ».

François Hollande défenseur de la « troisième révolution industrielle »

Jeremy Rifkin nous assure qu’il a rencontré François Hollande il y a quelques mois. Celui-ci lui aurait donné son engagement en faveur de la « troisième révolution industrielle » :

« L’Allemagne est déjà partie dans la direction de la « troisième révolution industrielle ». La France va le faire. Les deux ensemble, ce serait un formidable moteur pour l’économie et l’emploi.
J’ai rencontré François Hollande et Arnaud Montebourg il y a quelque mois. Le PS a dit que la « troisième révolution industrielle » sera au centre de ses politiques. »

A entendre Rifkin, l’argent n’est pas un problème. Peu importe que les caisses soient vides et que Hollande parle de réduction de déficits :

« Il y a de l’argent. Regardez le PIB de la France mais également celui de l’Espagne et même de la Grèce. Mais on dirige les investissements vers les anciennes énergies fossiles. Les investissements doivent être réorientés. C’est pour ça qu’il faut un plan, avec des investissements privés et publics ».

L’Europe fait partie du « plan » de Rifkin. Depuis une vingtaine d’années, celui-ci prodigue des conseils rémunérés à la Commission européenne. En 2007, l’essayiste obtient gain de cause en faisant adopter par le Parlement européen une déclaration officielle par laquelle l’UE s’engage en faveur de la « troisième révolution industrielle ».

 

Le capitalisme à l’ère du partage

Cette « troisième révolution industrielle » va advenir. Notre penseur en est persuadé. Il l’est d’autant plus qu’elle correspond à une « vague » qui commence à déferler sur l’ancien monde.
Il y a eu les échanges « de pair à pair » avec la musique, il y aura le même type d’échange avec l’énergie.

« Vous les gens qui ont grandi avec Internet, votre cerveau est connecté autrement. Les jeunes générations ont déjà l’expérience et le goût pour le partage des connaissances, comme on le voit avec la musique. Ce système hiérarchique, de haut en bas ne peut plus marcher. Les jeunes Français ne vont plus accepter ce pouvoir centralisé. »

Pour Jeremy Rifkin, cette nouvelle révolution industrielle entraînera nécessairement un changement de civilisation. Le capitalisme deviendra « distribué », « coopératif » ou encore « latéral ». Bref, fini le pouvoir centralisé des grandes multinationales :

« Pour des gens de notre génération, le pouvoir vient d’en haut et nous sommes en bas.
Car l’énergie était chère et donc élitiste. Pour l’extraction, la transformation et le transport, il fallait énormément de capital centralisé. La Troisième révolution industrielle donne du pouvoir à tout le monde. Mais il faut un réseau pour le faire. Comme Internet.
Ça prend le meilleur du capitalisme. Car il faut un esprit d’entrepreneur. mais il faut le meilleur du socialisme. Car vous allez collaborer avec d’autres pour partager l’énergie. C’est une conscience qui est en train d’émerger. C’est un changement de culture dont on parle car le pouvoir est mis entre les mains de chacun ».

Jeremy Rifkin plaide pour qu’« une feuille de route » soit rapidement mise en place :

« Il faut que tout le monde ait compris le récit narratif. La France et l’Allemagne sont capables d’être les moteurs pour le changement. Pour les Etats-Unis, ce sera difficile. Même si la côte Ouest est très avancée. »

En attendant, il continuera à plomber son bilan carbone pour prêcher la bonne parole. N’y voyez aucune contradiction, la sobriété énergétique ne fait pas partie des « cinq pilliers » de la Troisième révolution industrielle.

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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