Société 

Paroles de flics : « une police en état de décrépitude avancée »

Mais que fait la police ? Partout en France, ils ne s’arrêtent plus de manifester, toujours à la limite de leur devoir de réserve. Les policiers en ont ras le képi et témoignent. Pour la septième fois, une cinquantaine de policiers s’est réunie devant la préfecture du Rhône, à Lyon. Nous republions les témoignages de policiers recueillis au cours des différents rassemblements.

Manifestation de policiers en colère à Lyon le 11 mai 2012

Rassemblement de policiers à Lyon le 11 mai 2012, à l’appel du syndicat Alliance

Le vendredi 11 mai, des policiers se sont rassemblés  à l’appel du syndicat Alliance. C’était la sixième manifestation. Toute la semaine du 7 mai, les syndicats ont en effet tenté de reprendre en main un mouvement initié sans aucune étiquette syndicale. Ces « policiers en colère », comme ils se sont nommés, manifestent suite à la mise en examen pour homicide volontaire d’un policier qui avait tué un délinquant en fuite à Noisy-le-Sec.

Les syndicats-ennemis de la police nationale ont, naturellement, organisé, chacun de leur côté, leur journée d’action, bien qu’ils appellent tous à « l’unité ».
Jeudi, c’était Unité SGP Police (rattaché à FO, réputé proche de la gauche, majorité) qui appelait à des rassemblements. Ils étaient environ 80 devant la Bourse du travail lyonnaise.

Ce vendredi, Alliance (rattaché à la CGC, proche de l’UMP, numéro 2) convoquait à faire du bruit devant les préfectures. A Lyon, une centaine d’agent a sorti cornes de brume et fumigènes pour se faire entendre du préfet du Rhône.

Si on tend le micro, l’affaire de Noisy-le-Sec n’a servi que de « révélateur », de « détonateur ». Voici les paroles recueillies, anonymement (devoir de réserve oblige), auprès du « simple flic ».

 

Frédéric*, agent de la Police secours
« On doit attendre une demi-heure pour avoir une voiture »

Nous avons rencontré Frédéric lors de ces rassemblements « spontanés ». Il travaille au 17, dans une unité de police secours. C’est un policier en tenue qui fait « les 3×8 ». Il en a gros « contre les patrons ». Par « patron », il faut entendre, les commissaires qui forment l’encadrement de ces policiers de base.

« A police secours, on est la dernière roue du carrosse. Quand on prend notre service, il faut attendre une demi-heure pour avoir une voiture. Parce que, évidemment, il y a des voitures, comme les Renault Scénic, qu’on ne peut pas toucher car elles coûtent trop cher.
On travaille en sous-effectif avec du matériel de merde.
Sur 30 radios, 10 marchent comme il faut. Du coup, c’est le système D.
On n’a pas accès directement à Internet. On est obligé d’utiliser nos smartphones personnels pour trouver l’adresse de notre intervention. »

Eric, membre d’une brigade d’investigation de la Sécurité publique
« On est pressurés »

Eric était également présent lors d’un rassemblement « spontané ». Il pointe surtout le sous-effectif chronique et des revenus insuffisants rapportés à son investissement :

« Dans ma brigade, on devrait être 21. On est que 18. Conséquence, les chefs n’arrêtent pas de nous solliciter pour des heures supp’, non payées évidemment.
Je travaille dans un service où on rentre après une sélection. On est ultra-motivés. On est des « flicards dans la peau », comme on dit. Mais les chefs arrivent à nous fatiguer. Ils nous rappellent le soir, le week-end. A force, c’est pénible. Ce serait moins pénible si on avait une rallonge des revenus. On ne touche que 2000 euros, primes comprises ».

 

René, agent dans un service de suivi à l’hôtel de police
« On nous demande de faire du chiffre »

Rencontré au rassemblement d’Unité SGP Police, cet agent est arrivé il y a sept ans dans un « service généraliste ». Il cumule actuellement trente ans de service. Il constate une police dans un état de « décrépitude avancée » :

« Dans notre service, on est deux et demi au lieu de cinq. Ce qui nous pose de gros problèmes en matière de suivi. Même si nous ne sommes pas les plus à plaindre. Dans les commissariats, c’est pire. »

Reprenant le discours du syndicat dont il se sent proche, il dénonce surtout la « politique du chiffre » :

« On a entendu « travailler plus pour gagner plus ». Le problème est que la hiérarchie nous demande de faire plus avec moins de moyens.
Par dessus le marché, en dix ans, il y a eu une multiplication de lois. Il faut toujours se former aux nouveaux textes, de plus en plus complexes.
On nous demande de faire du chiffre mais c’est impossible de quantifier la délinquance. Donc on nous assomme avec les statistiques. Aujourd’hui, c’est omniprésent.
On demande plus de considération de nos supérieurs hiérarchiques. Qu’ils prennent en compte le véritable travail et non des stats. Nos commissaires sont plus des technocrates que des policiers, alors que nous ne sommes pas des fonctionnaires comme les autres ».

 

Guillaume, membre d’une Brigade Anti-Criminalité (BAC)
« On n’est pas soutenu par notre hiérarchie »

Interviewé au rassemblement d’Alliance, il demande surtout le « respect », c’est-à-dire, pour lui, la « reconnaissance du métier de policier ». Pour cet agent qui travaille depuis 20 ans dans des BAC, cela doit passer par un soutien de la hiérarchie :

« Notre hiérarchie devrait faire tampon avec les magistrats et les médias pour nous protéger quand nous sommes mis en cause  On est considéré comme des bandits. Pas mieux. Quand on fait usage de notre arme, on est vu comme des criminels. Il n’y a pas de présomption d’innocence.»

Devant un tribunal, il estime que la parole d’un policier devrait valoir davantage que celle d’un prévenu :

« Il suffit que le délinquant dise que ça ne s’est pas passé comme ce qui est écrit dans le PV de l’agent de police, pour que les magistrats nous convoquent. Même si trois PV disent la même chose, les juges veulent nous ré-auditionner. On doit aller à l’audience. Et on se retrouve en tenue au milieu de trente délinquants. A ce moment-là, notre hiérarchie est aux abonnés absents. »

Dans les rassemblements « spontanés » ou organisés par les syndicats, on s’est promis de continuer le mouvement. Jusqu’à être entendu par le nouveau gouvernement.

*Tous les prénoms ont été changés
>Mise à jour le lundi 21 mai à 14h40 à la suite du septième rassemblement de policiers à Lyon devant la préfecture du Rhône.

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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