Société 

Romain, l’entarteur de Jean-Pierre Raffarin, entarté par la Justice

Il avait écrasé sur le visage de l’ancien premier ministre une assiette recouverte de chantilly, en février dernier. Jean-Pierre Raffarin n’avait pas porté plainte mais l’entarteur, qui se revendique du collectif Al Quaïtarte, a été interpellé. Romain, 24 ans, a refusé ce vendredi matin la qualification de « violence avec arme » pour son geste qu’il qualifie de pacifique, artistique et humoristique.

Romain, 24 ans, n’imaginait pas que sa deuxième opération d’entartage le mènerait jusque dans le bureau d’un procureur. L’audience ce vendredi matin en CRPC (comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité), autrement dit le plaider-coupable, n’a pas abouti. Son avocat, Sylvain Cormier, imaginait l’issue de l’entrevue avec le procureur :

« Être poursuivi pour violence avec arme, pour un acte justement revendiqué comme non violent, c’est disproportionné. L’audience de plaider-coupable, c’est comme un joker avant procès, mais là, elle est assortie d’une qualification pénale excessive. Il encourt jusqu’à dix ans de prison. »

L’ancien premier ministre de Jacques Chirac se rendait dans une librairie du centre-ville à Lyon pour signer son livre récemment paru « Je marcherai toujours à l’affectif ». Un comité d’accueil inattendu l’a reçu avec un plat de chantilly.

Romain s’est fait attraper ; il ne nie rien. Il se revendique d’un groupe nouvellement formé à Lyon, Al Qaïtarte, sur le modèle du mouvement de l’entarteur belge Noël Godin, également surnommé Georges Le Gloupier (qui a notamment entarté Jean-Pierre Chevènement, Bill Gates, etc.) et spécialisé dans l’attentat pâtissier.

« Je voudrais que mon geste soit requalifié en acte humoristique. L’idée c’est de désacraliser ces personnages. Raffarin essaie de donner à la droite une face sympathique, à travers lui c’est Sarkozy aussi que l’on touchait. Mais ça peut être un mec de droite, de gauche. Ils se donnent tous une prestance, une image. Je veux faire tomber le rideau. »

Avant de s’attaquer à Jean-Pierre Raffarin, Romain avait réalisé son premier fait d’arme sur Ben, l’artiste auquel le musée d’art contemporain de Lyon avait consacré une vaste rétrospective en 2010.

Romain peut éventuellement se féliciter d’une chose : dans le dossier, les photographies de la « scène de crime », selon les termes ironiques de Sylvain Cormier, sont assez cocasses. Une assiette en carton gît sur le trottoir. Plus loin, une masse de chantilly fond. En gros plan : la bombe de chantilly.

« De marque Casino, je l’ai reconnue, et elle est très bonne, en plus, celle-là », note Sylvain Cormier.

 

Terroriste pâtissier

Etudiant en anthropologie, ce « terroriste pâtissier », comme il se définit lui-même, n’a pas en bouche un discours tellement ficelé. Il part d’abord sur une charge contre l’UMP avant de préciser, quand on le lui demande, que personne parmi les hommes politiques n’obtient sa faveur. Pour lui, ce n’est pas forcément « tous des pourris », mais plutôt « tous des clowns ». Il ne regrette pas son acte, mais n’est pas prêt à réitérer demain. « Trop dans la lumière, déjà. »

Avec sur le sommet du crâne une micro tresse, des Ray-Ban dans la poche intérieure de son blouson, Romain portait ce matin au tribunal quelques uns des attributs d’un manifestant frichard squatteur moins de vingt cinq ans fêtard artiste du dimanche et du mardi militant propriétaire de chien, etc. Ça ou autre chose.

« On a dit de moi que j’étais un anarchiste, un militant d’extrême-gauche. Je dirais plutôt que je suis un penseur, libre. Oui, un penseur libre. »

Le jeune homme, originaire de la Drôme et habitant à Lyon depuis cinq ans, explique s’insurger contre d’autres phénomènes, tels que la société de consommation, la globalisation…

Ce matin, Romain a peut-être aussi vu la contradiction qu’il y avait à répondre aux caméras groupées devant lui, pour dénoncer les « tartuffes » médiatisés.

« Je ne veux pas être le centre de tout ça, le porte-parole d’un mouvement. Mais pour en faire parler, je réponds. »

Il assure ne pas vouloir mettre de lumière sur lui, mais il se plie au jeu. Il attend le 30 mai prochain avec une certaine angoisse, date de sa convocation devant le tribunal correctionnel, pendant laquelle l’affaire sera cette fois audiencée publiquement. Quand on le prend en photo et qu’il se cache derrière le Libé du jour, et le portrait de Loana, il nous demande :

« Vous direz bien que je souriais derrière le journal. »

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L'AUTEUR
Dalya Daoud
Dalya Daoud
Redchef à Rue89Lyon.
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