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Tribune : Sarkozy tout seul ne pourra pas faire trébucher Hollande

actualisé le 14/09/2013 à 16h19

A un peu plus d’une semaine du premier tour de la présidentielle, si les sondages lui sont toujours défavorables, Nicolas Sarkozy n’a pas encore perdu. Mais un éventuel renversement de vapeur ne dépendra pas que de sa seule candidature.

 

A un peu plus d’une semaine du premier tour de l’élection présidentielle, les derniers sondages laissent peu de place à une surprise. Nicolas Sarkozy (UMP) et François Hollande (PS) devraient se qualifier pour le second tour. Assez loin derrière (entre 10 et 16 points selon les enquêtes), Marine Le Pen (FN) et Jean-Luc Mélenchon (FG) se disputent la troisième marche du podium, tandis que François Bayrou (MoDem) semble avoir décroché, un peu en deçà de la marge d’erreur.

 

 

Bref pas de quoi, a priori, ménager un grand suspense pour ce 22 avril, les seuls enjeux portant sur les première et troisième place. Quant au second tour, même s’il est toujours hasardeux d’en parler avant que le premier n’ait eu lieu, il demeure favorable au candidat socialiste, avec un écart variant de 6 à 12 points sur le président sortant.

 

 

L’unique fenêtre de possible victoire, pour Nicolas Sarkozy, reste une arrivée en tête au premier tour afin de créer une dynamique nouvelle entre le 22 avril et le 7 mai. Mais sera-t-elle suffisante pour renverser la vapeur ?

 

 

L’ordre d’arrivée pourrait être décisif, tout comme les écarts entre les cinq « grands » candidats. Car derrière cette apparente cristallisation et cette relative stabilité se dissimule une volatilité inédite : 52 % de l’électorat sondé a, depuis le début de la campagne, changé soit d’intention de vote pour un candidat, soit d’avis entre la participation et l’abstention, selon une étude d’Ipsos-Logica pour le Cevipof, la Fondapol, la Fondation Jean-Jaurès et Le Monde, qui en rapporte les résultats dans son édition Internet du 6 avril dernier.

Plusieurs scenarii se dessinent dans ce contexte.

 

 

 

Le PS et l’UMP autour des 50 %

 

 

Sur les treize dernières enquêtes d’opinion rapportées par le site Sondages en France, dix donnent Nicolas Sarkozy en tête au premier tour. Dans cette hypothèse, le socle sera décisif. Le président de la République atteindra-t-il les 30 % ? Seul l’institut CSA le place à ce niveau, fin mars et début avril. S’il parvient à ce résultat, il ne sera pas loin de son socle de 2007 : 31,2 %. En exprimés, car l’abstention attendue ne lui laisse qu’un très mince espoir d’attirer, comme il y a cinq ans, près de 11,5 millions d’électeurs.

 

A 30 % et plus, l’impact psychologique sera déterminant. Le chiffre 3 en tête de score apporte un avantage incontestable à celui qui l’obtient au premier tour. Surtout, cela laissera supposer que le crédit de Nicolas Sarkozy demeure intact, ou presque, et changerait la donne du second tour.

 

 

L’hypothèse du « vote caché pour Sarkozy » semble peu crédible, selon Gaël Sliman, directeur adjoint de BVA, qui estime que « les sondeurs l’auraient vu et le redresseraient en conséquence » (Marianne du 31 mars).

 

 

Pour François Hollande, s’il arrive second, l’écart s’avérera décisif. A moins de deux point derrière Nicolas Sarkozy, et à condition que ce dernier n’approche pas trop près de son niveau de 2007, le scénario de second tour écrit depuis des mois par les sondages n’aurait pas trop de mal à se réaliser.

 

 

Dans ce contexte, la surprise serait une première position du socialiste, avec un écart de plus de deux points, voire-même 30 % des exprimés. Les dernières vagues placent François Hollande entre 26 et 29 %, pas si loin donc et surtout au-dessus du niveau de Ségolène Royal en 2007 (25,9 %). L’écart s’annonce par conséquent serré. Mais une nette avance de François Hollande, autour des 30 %, refléterait un réel rejet de l’opinion envers le président sortant, et « plierait » d’autant le second tour en faveur du candidat du PS.

 

 

A moins que… les deux candidats de tête, représentant les deux plus grands partis de France, n’attirent pas à eux deux la moitié des participants. Dans les dernières vagues sondagières, la somme de leurs estimations respectives oscille entre 54 et 59 %. On n’est donc pas complètement à l’abri d’un duo minoritaire, 25 et 23 % par exemple. L’autonomisation d’un centre dont le candidat joue la carte du candidat « contestataire intégré » rend cette hypothèse tout à fait possible et raisonnablement probable.

 

 

 

Après le père sous-estimé, la fille surestimée ?

 

 

Sans toutefois ressortir du placard l’épouvantail du 21 avril 2002, ce scénario braquerait les projecteurs vers le trio se disputant la troisième place.

 

 

Après avoir approché cet hiver Nicolas Sarkozy, dans la marge d’erreur (21 % pour 23 % pour le président sortant), Marine Le Pen se situe désormais dans la tranche des 13-17 %. Pour l’héritière du FN, cette première élection constitue un véritable baptême du feu. L’enjeu, alors que la parole sur le vote FN semble s’être libérée, sera de savoir si, à l’instar de son père, les estimations la concernant sont sous-estimées. Ou bien si, au contraire, la fin d’un certain « vote FN honteux » a provoqué trop de redressements de la part des sondeurs, qui du coup surestiment le phénomène.

 

 

Deux données devront être prises en compte par Marine Le Pen : l’écart entre de résultat avec les enquêtes d’opinion, et l’écart en pourcentages avec le score de 2002 de Jean-Marie Le Pen (16,9 %). Un niveau supérieur à 17 %, couplé à un faible écart avec Nicolas Sarkozy, la placerait en bonne position pour participer à une éventuelle recomposition de la droite. Mais un score plus faible renverrait le FN à son éternel statut de « vote inutile », d’autant plus que les législatives suivant immédiatement la présidentielle n’ont jamais été favorables aux force protestataires.

 

 

Mais il y a un autre péril dont devra se garder la candidate du FN : Jean-Luc Mélenchon. Longtemps scotché à 6 % d’intentions de vote, le candidat du Front de Gauche a presque multiplié par deux et demi ce chiffre depuis le début de l’année. Il se place désormais entre 12 et 15 %, et CSA, Ipsos, et LH 2 l’estiment devant Marine Le Pen. Dans la plupart des cas, la marge d’erreur est présente.

 

 

Une troisième place de Jean-Luc Mélenchon serait problématique pour François Hollande, mais pas dramatique. Certes, un gauchissement de son discours, consécutif à un FG fort, ferait fuir la frange des électeurs de François Bayrou disposée à voter pour lui. Selon l’enquête LH2 menée les 30 et 31 mars, et estimant le candidat du MoDem à 12 %, 44 % des électeurs de Bayrou se reporteraient sur François Hollande contre 32 % sur Nicolas Sarkozy et 24 % d’abstentionnistes. Le 17 mars, ils étaient 47, 14 et 39 %. Le candidat centriste était alors à 12,5 %.

 

 

Il est difficile de tirer des conclusions de telles données, mais l’érosion de François Bayrou pourrait révéler un noyau dur typiquement centriste, moins bien disposé vis-à-vis de la gauche. Une vague Mélenchon avec un Bayrou faible aurait peu d’impact sur les reports vers François Hollande. En revanche, un gauchissement du discours du PS entre les deux tours avec un centre fort aurait pour effet de geler davantage de suffrages bayrouistes en faveur de Nicolas Sarkozy. Et encore, la tendance semble plutôt indiquer une augmentation de l’abstention.

 

 

Quant à l’hypothèse d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui se réfugieraient en masse dans l’abstention après des négociations d’entre-deux-tours difficiles, elle semble peu résistante face au rejet de la politique du président sortant qui caractérise cet électorat. Dans la même enquête LH2 citée plus haut, qui elle aussi place Mélenchon à un haut niveau (15 %), les électeurs du FG se reportent à 85 % sur François Hollande et choisissent à 9 % l’abstention. Dans la précédente vague, datant du 17 mars, Hollande est à 89 % et l’abstention 7 % ce qui, compte tenu de la marge d’erreur, tient davantage de la stagnation qu’autre chose.

 

 

Pour Nicolas Sarkozy, la seule fenêtre de tir ouverte par une arrivée en tête au premier tour ne suffira pas. Il lui faudra, pour au moins faire trébucher François Hollande, creuser suffisamment l’écart avec ce dernier, et également une percée mélenchoniste, ainsi qu’un électorat Bayrou le moins résiduel possible. Une équation qui dépend de trop de facteurs extérieurs à sa candidature pour être totalement maîtrisée.

 

 

A retrouver sur Atlaspol, un blog Rue89Lyon.

 

 

 

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Emmanuel Saint-Bonnet
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