Politique 

Marine Le Pen à Lyon, le meeting à 5 euros

Marine Le Pen a prononcé un discours dans la droite lignée de sa campagne ce samedi à Lyon, pour le plus grand plaisir d’une foule disparate de 3 000 sympathisants venus de toute la région et qui n’ont pas rechigné à payer cinq euros l’entrée au meeting. Reportage dans les travées du Front.


Crédit : Thomas Francillard 

Mêmes spots bleu-blanc-rouge, même type de musique de péplum à l’arrivée de la championne sur scène, même ferveur au moment de chanter la Marseillaise : en terme de mise en scène, le FN n’a rien à envier à l’UMP. En meeting à Lyon, Marine Le Pen a voulu montrer qu’elle tenait ses ouailles.

En préambule, Bruno Gollnisch joue les chauffeurs de salle, saluant les leaders locaux, les élus, les vieux routards. Seul le benjamin de l’assemblée régional Alexandre Gabriac, exclu du FN par Marine Le Pen pour une photo compromettante (mais présent récemment à Oullins pour saluer Jean-Marie Le Pen), n’a pas droit aux honneurs.

Jean-Marie Le Pen a déclaré être inquiet pour sa fille ? Qu’il se rassure : Marine Le Pen s’est présentée comme une « femme libre ». Pour la dernière quinzaine de la campagne, Marine Le Pen a voulu mobiliser les abstentionnistes, en vue d’un premier tour chargé d’incertitudes, où il convient selon elle de contrer la stratégie du « vote utile » brandie par les sarkozystes.

« Pas une voix ne doit manquer, pas un seul Français, avertit la candidate nationaliste. Celui qui veut que ça change n’a pas le droit de rester chez lui le 22 avril. »

 

« Arnaque »

Qu’importe si de nombreuses associations se sont rassemblées  ce samedi après-midi en centre-ville pour dénoncer les propositions du FN, notamment au matière d’avortement « de confort ». Qu’importe également si, dans l’assistance, certains convives n’ont pas totalement rompu avec leurs vieilles habitudes, agrémentant chaque fin de phrase du discours par des cris pour dénoncer les « Hébreux » de l’oligarchie, ou pour en appeler à l’esprit « gaulois » des Français.

Dans un propos vacillant entre dénonciation réactionnaire et discours de politique générale étayé, Marine Le Pen aligne les attaques franches et les propositions contre le « fascisme doré », le « descenseur social », les atteintes à la laïcité (musulmanes, il va sans dire), ou encore le « cauchemar d’une nation déconstruite » par l’Union Européenne, cette entité « sans âme ».

En une heure de discours, la frontiste dresse de nouveau l’inventaire de tous les « scandales », « magouilles », « arnaques », « escroqueries », « vols », « viols », « meurtres » subis par le peuple français depuis 30 ans. A commencer par la loi de 1973, dite « Pompidou-Giscard », responsable selon elle de la plus grande partie de la dette.

 

La réplique à Mélenchon

De la ratification des traités européens aux prestations sociales accordées « aux milliers de Mohamed Merah », tous les écueils de Le Pen fille y passent. Cerise sur le gâteau : la proposition annoncée dans le Progrès le matin même, à savoir l’interdiction des grandes surfaces dans les communes de moins de 30 000 habitants.

Tout le monde en prend pour son grade, notamment Sarkozy. Mais la nouvelle cible est résolument Jean-Luc Mélenchon, qui semble prendre le pas sur elle d’après les derniers sondages. Un « triple idiot utile », selon Marine Le Pen, qui renvoie ainsi l’ascenseur après d’être fait traitée de « semi démente ».

Dans les travées, le public est conquis. Pour Thierry, agriculteur de 49 ans, Marine Le Pen est « magnifique ». Anne, commerçante retraitée, explique qu’avant :

« On votait Jean-Marie Le Pen, mais on n’était pas à 100 %. Avec sa fille, on l’est. Et puis c’est une femme. On assume mieux de dire qu’on vote FN avec Marine. »

 

« Je sais qu’il ne faut pas être trop raciste, mais bon… »

« Je sais qu’il ne faut pas être trop raciste, mais bon… Moi, je ne les aime pas », lance Georges, routier retraité de 63 ans, au sujet des Arabes. « À Oullins, ils respectent rien, ils sont sans gêne, ils se garent n’importe où, ils crachent », s’inquiète-t-il.

Pour Paul, plombier-chauffagiste :

« L’immigration est mal faite. On doit faire venir que les gens dont on a besoin, sinon on crée de la misère au détriment des Français. Et puis, il y a un problème de religion, d’islamisme radical. Il faut arrêter de le laisser s’installer. Avec l’Europe, on pensait l’islamisme allait diminuer au profit de l’immigration européenne. Ca n’a pas marché, on a même ruiné l’Europe. »

Pour Melchior, élève en terminale, la limitation de l’immigration est indispensable. Il explique avoir été agressé « gratuitement » près de chez lui par des « racailles ». Il l’affirme que dans son entourage, « Marine Le Pen a réussi à convaincre beaucoup de jeunes » en liant immigration et insécurité. En revanche, la sortie de l’euro lui paraît « difficilement réalisable ». Son cœur balance toujours entre Le Pen et Sarkozy (qu’il a vu en meeting à Eurexpo il y a deux semaines).

 

« Sarkozy n’est pas amoureux de la Nation »

A ses côtés, une élève en prépa’ de commerce à la fac catholique de Lyon se réjouit du déremboursement des « avortements de confort ». « Je suis militante anti IVG, catholique, et pour moi l’IVG est une atteinte à la vie. » Un peu plus loin, un militant du Beaujolais n’accepte même pas que ce sujet soit abordé.« Cette question n’a pas de sens, les femmes qui utilisent l’avortement comme un moyen de contraception doivent arrêter. Marine le Pen est une femme, donc elle défend les femmes. Celles qui ne sont pas contentes n’ont qu’à porter la burqa. »

Pour la majorité, difficile d’envisager autre chose qu’un vote « FN » au second tour. En cas de duel Sarkozy/Hollande, nombreux sont ceux qui promettent de s’abstenir, de voter blanc, ou de voter nul. Pour certains, il faut laisser Sarkozy perdre, et serrer les dents pendant cinq ans. Objectif 2017.

« La dernière fois, j’ai voté Sarko au deuxième tour. Mais là, s’il n’y a pas Marine, je m’abstiens et je vais me prendre une cuite », assène Georges.

Deux anonymes confient en revanche qu’il y aura plus de reports sur l’UMP, même si Marine Le Pen assure que « celui qui a été président pendant (ces) cinq (dernières années) n’est pas amoureux de la Nation ». Les électeurs du FN referont-ils l’élection de Nicolas Sarkozy, ou le lâcheront-ils en rase campagne ? Verdict dans moins d’un mois.

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L'AUTEUR
Igor Gauquelin
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