Société 

Changement climatique : Lyon, c’est déjà le Sud…

actualisé le 21/06/2016 à 17h50

Bien que cela énerve les habitants des communes en dessous de Valence, Lyon est plus que jamais la porte du Sud. Les cigales chantent, les rues sont désertes sous le soleil de midi… Non, nous ne sommes pas en Provence, mais bien dans le Rhône. En 30 ans, les températures relevées dans la région ont considérablement grimpé pour s’établir à des niveaux observés dans plusieurs grandes villes du Sud dans les années 80. Une conséquence directe du changement climatique qui fait progressivement remonter la frontière du climat méditerranéen vers le Nord.

Rechauffement Lyon Rue89Lyon

C’est ce que pointe un rapport d’études menées par l’INRA-CNRS de Montpellier, portant sur les relevés de 14 stations météorologiques du Sud-Ouest et Sud-Est, dont celle de Lyon-Bron dévoilé vendredi dernier à la préfecture du Rhône.

Réalisé dans le cadre du projet CLIMFOUREL (Climat-Fourrages-Elevage), le rapport « Evolution du climat du Sud de la France 1950-2009 » a pour objectif initial de « comprendre et améliorer l’adaptation des systèmes fourragers aux changements climatiques actuels ». Mais au delà de ses visées en terme d’organisation agricole, il met en évidence la réalité du réchauffement climatique dans la région.

Ainsi, depuis 1978, un « changement climatique rapide » est à l’œuvre et l’étendue géographique du climat méditerranéen (températures douces en hiver et des étés particulièrement chauds et secs) a progressé de 70 à 100 kilomètres en direction du Nord et du Nord-Ouest. Avec pour caractéristique première une hausse moyenne des températures générales de 1,5 °C et de 2,4 °C pour la période estivale (mai, juin, juillet et août). Durant l’été, il fait donc plus chaud à Lyon actuellement, qu’à Avignon ou à Montpellier il y a 30 ans. Un constat, et des conséquences sur la biodiversité qui ont été observés par Julien Bouniol, technicien à la Frapna (Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature) :

« Cela fait plusieurs années que l’on constate une remontée vers le Nord des espèces animales et végétales. C’est surtout le cas pour les insectes, les oiseaux et certaines espèces de plantes des zones plus chaudes. »

Une tendance particulièrement marquée sur le bassin méditerranéen et ses régions périphériques, avec la hausse des températures supérieure à la moyenne mondiale , à l’échelle du siècle (+0.74°C, +1°C pour la France).

 

L’eau, une ressource qui se raréfie

Au niveau régional, ce phénomène est, de surcroit, accentué par les effets combinés de plusieurs facteurs, dont une pluviométrie en baisse de 10% par rapport à 1978. Une augmentation de 20 à 25% des effets évaporant du climat (liés à l’humidité, à la température de l’air, au rayonnement solaire et au vent) est également mise en avant par le rapport, contribuant à accroitre l’aridité dans le Sud de la France, caractérisée par des périodes de sécheresses. Elles sont donc de plus en plus fréquentes et sévères, particulièrement en cette dernière décennie (2003, 2005, 2006, 2009, 2011).

Les études menées par l’INRA-CNRS pointent également le rapport entre évolution du climat et mutation de la production agricole dans le Rhône. Des changements climatiques « assez importants pour avoir déjà modifié structurellement les ressources et les activités agricoles », et matérialisés par des récoltes fruitières et viticoles de plus en plus précoces et des pénuries fourragères chroniques. Suite à la l’épisode de sècheresse de l’été 2011, les éleveurs ont ainsi dû se résigner à s’approvisionner en fourrage à l’étranger, la production moyenne annuelle en France ayant baissé de 40 à 50% cette année là.

 

La « nécessité » de repenser l’agriculture

Changer les comportements est donc impératif, selon Julien Bouniol, pour s’adapter aux nouvelles contraintes liées au réchauffement climatique :

« On doit reconsidérer les activités humaines qui agissent sur le changement climatique, se demander comment consommer moins d’énergie. Cette agriculture, dont traite le rapport, doit être plus économe en eau car il est évident qu’à moyen terme cette consommation ne tiendra plus. Avec le niveau des nappes phréatiques qui baisse inexorablement, les crises de l’eau comme celle de l’été 2011 vont se généraliser »

Mais si il propose des solutions, telles que la mutation vers des cultures plus adaptées aux ressources locales, il reconnaît que changer les habitudes des agriculteurs est une tâche difficile :

« Cette composante climatique est aujourd’hui bien prise en compte par les agriculteurs, mais les usages et les savoir-faire sont fortement ancrés et c’est compliqué de les changer. C’est bien de se pencher sur ce secteur aujourd’hui, mais c’est un regard plus global qu’il est indispensable de porter sur l’évolution du climat ».

 

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