Politique 

Nathalie Perrin-Gilbert : une opposition à gauche de Collomb

actualisé le 13/05/2014 à 09h29

Challenger / Alors que s’amorce la campagne présidentielle en ce début 2012, certains à Lyon envisagent déjà les élections municipales de 2014. C’est le cas de la maire socialiste du 1er arrondissement, Nathalie Perrin-Gilbert qui, en même temps qu’elle a fêté ses 40 ans, vient de créer son club de réflexion, baptisé le GRAM. Portée puis bannie par Gérard Collomb, elle franchit un pas de plus dans l’opposition au maire de Lyon, et montre même qu’elle ne craint pas un éventuel affrontement avec lui.


Crédit photo : Maxppp

Depuis la fin du premier mandat PS de Gérard Collomb (2001-2008), la maire socialiste du 1er arrondissement de Lyon s’illustre par des sorties régulières et des critiques particulièrement virulentes sur la politique municipale. Nathalie Perrin-Gilbert a commencé en octobre 2006, en se prononçant en faveur du principe de précaution, relatif à l’installation des antennes-relais de téléphonie mobile sur les toits des écoles primaires, alors que la mairie centrale bottait en touche.

La maire qui, à l’époque, a 35 ans, continue sa fronde en déclarant avoir hébergé des sans-papiers dans sa mairie, et en brocardant la politique « de la patate chaude » menée par le Grand Lyon, sur les squats et les bidonvilles de Roms.

Le début du second mandat de Collomb marque une accélération de la part de celle qui se sent de plus en plus légitime pour dire ce qu’elle pense. Elle vote contre le fameux projet de Grand Stade dédié à l’Olympique Lyonnais.

Entre temps, celle qu’on appelle NPG (pas pour dire « nouveau parti de gauche ») prend de l’ampleur en rejoignant les instances nationales du PS, où elle est nommée secrétaire nationale au Logement. En 2011, à l’aise, elle s’abstient lors du vote du budget du Grand Lyon, dont Gérard Collomb est président. Enfin, en décembre dernier, Nathalie Perrin-Gilbert assoit à nouveau ses positions, et vote comme la majorité des écologistes, contre la révision du plan local d’urbanisme qui doit permettre de débloquer le dossier du Grand Stade.

Gérard Collomb est assez tranquille en sa baronnie : la droite moufte relativement peu, il parvient à peu près à museler sa gauche, écologiste ou communiste, par le biais de quelques élus dans sa majorité. NPG tient-elle alors le rôle de véritable opposante au maire ? Elle s’en défend avec force :

« J’ai les deux pieds dans la majorité municipale. »

Mais elle est la seule à y faire connaître son opinion. A Lyon, dans la majorité de Collomb, la gauche est aussi représentée par le GAEC, le PCF et Europe Ecologie-Les Verts (EELV). Pour les premiers, aucun conflit, aucun mot plus haut que l’autre. EELV et le PCF comptent quelques coups d’éclat à leur actif, que certains élus se sont autorisés en cas de gestion trop « centriste » de la part de Gérard Collomb. Etienne Tête, élu EELV en a fait les frais en se faisant exclure du cercle des adjoints au maire.

Émeline Beaume (EELV) et Nawel Bab-Hamed (PCF), sont toutes les deux conseillères dans l’arrondissement de Nathalie Perrin-Gilbert, mais aussi conseillères communautaires. Elles considèrent que leurs partis jouent des rôles d’opposants et de débatteurs autant que Nathalie Perrin-Gilbert. Finalement, la différence entre les positions de la maire du 1er arrondissement et celles de ces partis ne serait qu’une question de « médiatisation ». Nawel Bad Hamed explique :

« Il y a la figure emblématique et médiatique de Nathalie Perrin-Gilbert. Et les autres. Sur le logement par exemple, il y a des élus communistes de l’agglomération qui se battent tous les jours contre les expulsions locatives et ce n’est pas médiatisé. Idem quand on s’oppose à la politique de Gérard Collomb. J’ai voté en décembre contre le Grand Stade. Mais on n’a retenu que Nathalie Perrin-Gilbert qui votait contre et pas les élus communistes ».

Il faut dire que le vote du groupe communiste a manqué de clarté, divisé entre ceux qui se sont abstenus, quelques « pour » et quelques « contre ».

Des valeurs de gauche… « non négociables »

Les choix politiques de NPG au sein du parti socialiste se sont toujours faits en opposition à Gérard Collomb, qui a pourtant développé un art tout particulier à tuer dans l’oeuf toute tentative de dissidence. Au Congrès de Reims, NPG choisit Delanoë ; Collomb penche pour Royal. Pour les présidentielles, elle a fait la campagne des primaires pour Martine Aubry, il supporte François Hollande à défaut de DSK.

Mais NPG est claire : elle ne veut pas être dans le conflit avec Gérard Collomb, pas plus qu’elle ne se prononce sur une future « candidature à la candidature » à la mairie de Lyon. L’élue ajoute, sans ciller, que Gérard Collomb pourra « puiser dans cette boîte à idées » que constitue son club flambant neuf, baptisé Groupe de Réflexions et d’Actions Métropolitaines (GRAM), et qu’elle définit comme « une plate-forme de débats de gauche, ancrée dans le territoire lyonnais ».

Pour le moment, le lancement début décembre de la structure n’a permis que de mettre en évidence des « axes de travail » : gouvernance, transformation des modes de vie, sens de la ville et développement économique. L’idée pour Nathalie Perrin Gilbert est d’en faire « une boîte à idées », une expression quasi figée pour définir les micro-partis régulièrement lancés par des élus de gauche et de droite :

« On va piocher dans tout ce qui a pu s’écrire ou se faire sur le territoire d’innovant. On va faire des propositions. On ne veut pas être uniquement dans la réflexion. »

Et à y regarder de plus près, les premières propositions enfoncent toutes Gérard Collomb. Lorsqu’on lui demande un exemple concret des idées que son GRAM pourrait faire ressortir, NPG évoque le concept de « ville réversible » : une ville où l’on recycle les bâtiments, notamment à des fins culturelles. Peu intimidée, à la parole elle joint le geste : le Lavoir qui jouxte les bains-douches du 1er arrondissement est un « site patrimonial » qui doit devenir le lieu de résidence de la compagnie du metteur en scène Olivier Rey à partir de ce début d’année.

Cette idée de recyclage des friches et des lieux vacants était au coeur de la politique culturelle du premier mandat de Gérard Collomb. Depuis, elle a été abandonnée pour une politique tournée davantage vers l’événementiel. NPG prend soin de le souligner, en dévoilant cette première action qu’elle considère comme fondatrice et symptomatique de ce qu’elle souhaite accomplir.

Gérard Collomb, c’est la « ville excluante »

Autre thème que Nathalie Perrin-Gilbert a bien l’intention de porter : l’encadrement des loyers au niveau local. Elle s’appuie sur sa position de secrétaire nationale du PS en charge du Logement et communique prioritairement sur ce terrain-là. Car, selon elle, la politique de Collomb mène à construire petit à petit « une ville excluante » :

« On a vendu au bailleur privé ANF une partie de la rue de la République. Cela va contribuer à renchérir les loyers. Avec le GRAM, nous allons voir à Paris ce que Delanoë veut mettre en place pour encadrer les loyers ».

Son propos frôle parfois la grandiloquence. NPG le dit tout net, avec e GRAM, elle porte des « valeurs républicaines de gauche » et c’est « non négociables ».

« J’ai été de celles et de ceux qui ont été dans la désobéissance civile. Car, à partir du moment où des valeurs fondamentales sont attaquées, c’est de notre responsabilité de les défendre. »

Pour illustrer, elle évoque « ce qui se passe autour des Roms », qui est « indigne de la République ». Du national, elle passe au local, en distribuant tous les mauvais points à Gérard Collomb, qu’elle appelle parfois « le chef » :

« Avec le chef, il y a des choses qui ne sont pas négociables : la privation de l’espace public impliquée par le Grand Stade et les Droits de l’Homme. En la matière, la politique menée par Collomb vis-à-vis des Roms et les prostituées n’est pas une bonne politique. »

Au sein du microcosme socialiste lyonnais, elle suscite des sentiments mitigés. Ils ne sont pas rares, ceux qui considèrent que le « chef » tient souvent des positions abusives. Mais ils restent silencieux. NPG préférant de toutes façons faire cavalier seul, on la qualifie alors d’« allumée du bocal, à tendance hystérique ». Sur laquelle il s’agit toutefois de toujours garder un oeil.

Quelles options pour NPG, très isolée ?

La maire du premier arrondissement de Lyon se montre sereine : « J’avance tranquillement, à mon rythme ». Mais en réalité, il ne lui reste plus que l’option municipale. Les portes du national se sont fermées depuis la victoire aux primaires du champion de Gérard Collomb, François Hollande, et la défaite de Martine Aubry, pour laquelle NPG a mené campagne sans relâche, se réjouissant même d’avoir réussi à donner un tract au maire de Lyon sous l’oeil de la presse.

Sur le sujet « NPG », Gérard Collomb est passé de l’agacement, de la colère même, à une indifférence feinte. Feinte car malgré tout, le maire de Lyon a fait pression auprès de Pierre-Alain Muet, député PS sortant de la Croix-Rousse, pour qu’il ne prenne pas Nathalie Perrin-Gilbert pour suppléante, en vue des prochaines élections législatives. De la même manière, Gérard Collomb avait posé des coins et obtenu que NPG ne figure pas en bonne position aux dernières élections régionales. La maire du 1er doit revoir son plan de carrière. Elle a beau défendre l’idée que la politique n’est pas un métier, elle en a fait son activité à plein temps depuis 2001.

Son « club de réflexion », le GRAM, doit lui permettre de faire naître des idées. Mais aussi de créer un réseau qui la rendrait incontournable, avec quelques figures de la société civile, magistrats, lobbyistes, médecins, militants associatifs, qui se sont tous montrés au lancement du GRAM début décembre. À moins qu’il ne lui faille franchir un nouveau pas dans l’opposition. Emeline Beaume, chez EELV, lui ferait presque un appel du pied :

« Il arrivera un moment où il faudra qu’elle choisisse entre la ligne du PS et une autre structure dont les idées lui correspondent davantage. »

Une option inimaginable pour NPG qui raconte à qui veut l’entendre qu’elle a décidé de faire de la politique, quand elle a vu à la télé le mouvement d’enthousiasme suscité par l’élection de François Mitterrand. Elle avait dix ans. Et trente ans plus tard, bien que les issues soient étroites et peu nombreuses, elle ne compte pas décrocher les gants.

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