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Réseaux sociaux : Rhône-Alpes n’existe pas

actualisé le 14/09/2013 à 16h19

Selon une étude sur les communications par téléphone portable, la région s’apparente davantage à la juxtaposition des zones d’influences de quatre agglomérations : Lyon, Grenoble, Saint-Etienne et Valence.

 

C’est sans doute la première carte de France des échanges virtuels. Elle a été dressée dans le cadre d’une étude menée par une équipe de chercheurs de l’université de Louvain (Belgique), du MIT (Massachusetts Institute of Technology) et d’Orange Labs, le laboratoire de l’opérateur de téléphonie mobile.

 

Présentée à Lyon les 12 et 13 décembre, lors du colloque « Réseaux sociaux: des structures à la politique », organisé par le CNRS, elle s’appuie sur le dépouillement de 1,5 milliards de communications (voix et SMS) entre 17 millions de clients, six mois durant en 2007 (Le Monde du 16 décembre). Et au grand étonnement des chercheurs, qui s’attendaient plutôt à voir les Français communiquer à l’intérieur de chaque département (pour ceux qui lisent l’anglais, synthèse ici) 85 % des échanges virtuels s’effectuent dans les limites des régions administratives.

 

Régions « téléphoniques mobiles » françaises (extrait de Paris Tech Review)

 

 

Mais la carte ci-dessus démontre que toute règle recèle des exceptions… Et la non moindre d’entre elles se situe en Rhône-Alpes, où émergent quatre zones: Lyonnais, Dauphiné-Savoie, Drôme-Ardèche et vallée de la Loire, cette dernière englobant le sud-est de l’Auvergne.

 

Des flux orientés par la carte scolaire et l’armature urbaine

 

Les échanges téléphoniques semblent souligner la topographie tourmentée de la région, coincée entre Alpes et Massif Central, traversée de vallées, de plaines et de plateaux. La division en deux académies, Lyon et Grenoble, joue sans doute un rôle, la carte scolaire orientant fortement les flux d’interactions entre individus, selon Zbigniew Smoreda, sociologue à l’Orange Labs cité par Le Monde.

 

Les communications suivent également les armatures urbaines. La carte ci-dessous, extraite du site de l’Insee, indique le zonage en aire urbaines (PDF téléchargeable ici). Par bien des aspects, elle est le décalque de la partie rhonalpine de la première carte.

 

 

 Zonage en aires urbaines de la région Rhône-Alpes (extrait de l’Insee)

 

Un derby des ondes Lyon – Saint-Etienne

 

La zone lyonnaise correspond à peu près à l’aire urbaine du Grand Lyon. Elle englobe les agglomérations de Vienne, Mâcon, Bourg-en-Bresse et Oyonnax, jusque dans le département du Jura, mais reste peu avancée en Nord-Isère. Dans ce dernier secteur, qui abrite l’aéroport de Grenoble, porte d’entrée économique vers les stations de sports d’hiver, les flux sont encore tournés vers le sud.

 

Pour sa part, Grenoble communique avec les deux Savoies et la partie est du Bugey (Pays de Seyssel et Valromey), qui regarde davantage vers la rive savoyarde du Rhône. La zone Dauphiné-Savoie annexe également le canton drômois de Saint-Jean-en-Royans, plus proche de Saint-Marcellin que de Romans, ainsi que celui de La Grave, dans les Hautes-Alpes, constituant le fond de la vallée de la Romanche, qui arrose l’Oisans.

 

Assez cohérente, la zone Drôme-Ardèche déborde vers le sud. Fort logiquement, elle englobe l’enclave vauclusienne de Valréas, survivance de l’annexion des Etats pontificaux d’Avignon après la Révolution, mais aussi le canton de Bollène, tourné économiquement vers la centrale nucléaire du Tricastin. Elle est légèrement attaquée par les régions voisines sur ses marges les moins peuplées: le canton de Séderon, qui est davantage bas-alpin que drômois, et celui de Saint-Etienne-de-Lugdarès, le seul en Ardèche desservi par la ligne SNCF Montpellier – Clermont-Ferrand, et abritant des lotissements de l’agglomération lozérienne de Langogne.

 

Le derby Lyon – Saint-Etienne se joue également sur les ondes… La préfecture de la Loire attaque même le département du Rhône, sur le versant ouest du Beaujolais, davantage attiré par Roanne que par Lyon. Mais surtout, sa zone de communication s’étend sur une bonne partie de la Haute-Loire. On savait Yssingeaux tournée vers Saint-Etienne, mais on assiste en réalité à un véritable arrimage de l’aire urbaine du Puy à l’agglomération stéphanoise, jusque dans la partie orientale de la Margeride (canton de Saugues) et dans le Haut-Vivarais (Saint-Agrève) tourné géographiquement (et confessionnellement) vers le plateau du Lignon.

 

Difficile pour autant de tirer des conclusions définitives d’une telle étude, qui ne porte que sur un seul aspect qui devrait cependant faire saliver les pros du marketing. Elle peut aussi bien démontrer l’absence de cohérence au sein d’une région géographiquement et électoralement très contrastée, qu’une réelle homogénéité, un véritable équilibre entre Lyon et les autres pôles urbains. Ce qu’on ne retrouve pas dans une région très polarisée, comme Midi-Pyrénées, où les périphéries sont davantage attirées par les régions voisines.

 

 

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Emmanuel Saint-Bonnet
Emmanuel Saint-Bonnet
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