Politique 

Le ministre de la Ville expérimente les Minguettes

Depuis un an, la politique des banlieues a un nouveau visage. C’est l’ex-communiste, aujourd’hui Nouveau Centre, Maurice Leroy, ministre de la Ville, qui s’y colle. Il était ce jeudi à Vénissieux, dans le quartier des Minguettes pour « renouveler » sa politique. Rien de moins.


Crédit photo : Mickaël Draï

L’idée que Maurice Leroy a repris à son compte est l’une des principales critiques portées à la politique de la ville. Censée apporter plus aux quartiers qui ont moins, la politique de la ville ne faisait que compenser, au mieux, les faiblesses des politiques de droit commun (éducation, emploi, police). Maurice Charrier, ancien maire de Vaulx-en-Velin et actuel vice-président du Grand Lyon en charge de la politique de la ville, le dit avec ses mots :

« Rien n’était dit. Mais sous prétexte de politique de la ville, on nous donnait moins. »

Dans le discours, le ministre est clair : la politique de droit commun est insuffisante. Pour rectifier le tir, 33 sites ont été sélectionnés pour « prioriser les territoires et les publics ».
Parmi ces quartiers qui vont recevoir plus d’argent que les autres, les Minguettes, à Vénissieux.

 

« Avec Maurice Leroy, c’est Noël avant l’heure »

Sa première visite pour défendre ces Contrats Urbains de Cohésion Social (CUCS) expérimentaux ressemblait à Noël avant l’heure.
Et puisque le ministre voulait apporter des cadeaux sur le terrain, il a demandé à faire un tour des Minguettes. C’est ainsi qu’une cinquantaine d’élus, de techniciens des politiques sociales, des responsables de la préfecture et des journalistes sont montés dans un car.
Au micro, Michèle Picard, maire de Vénissieux (PCF) décrivait les « réussites d’une ville à l’attractivité retrouvée » : un tram qui dessert le plateau des Minguettes, les immeubles en accession à la propriété et des petites maisons. En lieu et place des tours démolies.

 

« Les visites de ministres, ça sert à ça »

La petite troupe a foncé dans le nouveau cinéma Gérard Philippe où le ministre voulait rencontrer des vraies gens. Chômage, pauvreté, Maurice Leroy a écouté le panel de militants associatifs et de travailleurs sociaux spécialement invités par la mairie, lisant leur témoignage sur un bout de papier.
Il y a quand même eu quelques ce matin quelques interpellations inattendues. Une jeune femme dont une amie s’est fait entendre dire à l’agence de Pôle Emploi qu’elle devait aller chercher du travail à l’étranger. Titulaire d’un master, cette jeune diplômée travaille comme animatrice pour l’aide au devoir. Mais il n’y a pas de manuels pour les enfants.
Ni une, ni deux, les services de Pôle Emploi et l’inspecteur d’académie ont été sollicités par le ministre pour régler ces problèmes :

« Dans le CUCS que je vais signer, il y a un volet éducation très fort. On va mettre le paquet sur l’éducation. Les visites de ministre, ça sert à ça. Je ne serai pas venu pour rien, si ça sert à avoir des manuels ».

 

Les heureux élus

Retour à la mairie pour signer les CUCS. Après un crochet par l’entreprise Veninov où il a écouté pendant dix minutes, à huis clos, les représentants syndicaux de cette usine occupée, il a déroulé son discours sur le droit commun. La maire de Vénissieux, Michèle Picard a aussi déroulé le sien :

« L’avenant expérimental que nous paraphons aujourd’hui, répond à l’une de nos préoccupations majeures : faire en sorte de mobiliser plus efficacement les moyens de droit commun, en faveur des habitants. L’éducation, l’insertion, l’emploi, la prévention et la sécurité forment les axes forts du nouveau CUCS, élargis à la santé et à la culture. (…) Ce sera un outil efficace à condition que l’Etat maintienne ses missions régaliennes et sa présence sur l’ensemble du territoire ».

Là est le principal risque. Dans un contexte de finances publiques plus que contraint, l’accent mis par l’Etat sur 33 quartiers va se faire au détriment d’autres. Ce que critiquait, en avril, dans un communiqué, le maire de Grenoble, Michel Destot, en tant que président de l’Association des maires des grandes villes de France.

« Au-delà des 33 quartiers retenus, les Maires de grandes villes s’interrogent sur les autres territoires non éligibles à ces expérimentations, qui sont en train de connaître des baisses significatives des crédits de l’Etat et pour lesquels la solidarité nationale doit pouvoir également s’appliquer ».

Heureux les habitants des Minguettes, Mermoz (Lyon 8e), Rillieux, Vaulx-en-Velin, La Saulaie (Oullins). Pour les autres, comme les quartiers de Lille, il faudra repasser.

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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